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SYSTÈME D’ARISTOTE

(liviie i.

On ne peut , en général , d’après les cosmogonies égyptienne et orientale , ainsi que d’après la version grecque de ces mêmes cosmogonies , attacher aucun sens défini à ces mots : « destruction du monde; » car, tantôt ils paraissent s’étendre à notre système planétaire tout entier, tandis que d’autres fois ils semblent s’appliquer seulement à quelque révolution de la surface terrestre.

Opinions# Aristote. — D’après les ouvrages qui nous sont restés d’Aristote, et d’après le système de Pythagore qui vient d’être exposé, il est aisé d'apercevoir

seulement le système d'une succession éternelle de catastrophes violentes et universelles et de périodes de repos , mais aussi la doctrine des révolutions périodiques résultant de l’action continue des causes ordinaires, n’a rien d’incompatible avec la mythologie hindoue; en effet, Brahma, Vishnu et Schiva, la première, la seconde et la troisième personne delà Trinité hindoue, représentaient chacune séparément les pouvoirs créateur, conservateur et destructeur de la divinité. La coexistence de ces trois attributs agissant tous simultanément, pouvait très-bien s’accorder avec l’idée de changements perpétuels, mais partiels, et susceptibles de produire à la longue une révolution complète. Quant à la fiction exprimée dans les vers de Manou que nous avons cités plus haut, fiction relative aux retours alternatifs et constants des heures de veille et de sommeil du Grand Être, elle parait se rapporter au système des grandes catastrophes générales suivies de créations nouvelles et de périodes de repos.

CHAP. II

SYSTÈME D’ABISTOTE.

que ces deux philosophes ont considéré les causes de changement actuellement existantes dans la Nature, comme propres à déterminer, par la suite des siècles , une révolution complète. Aristote va même jusqu’à regarder les catastrophes accidentelles qui de temps à autre se manifestent, comme contribuant chacune pour sa part au cours régulier et ordinaire de la Nature. Le déluge de Deucalion,dit-ii. qui n’affecta que la Grèce, cette partie, entre autres, qu’on appelait Hellade, fut occasionné par les inondations considérables qui eurent lieu durant un hiver pluvieux. Mais ces hivers extraordinaires, ajoute-t-il. quoique revenant à certains intervalles, ne se reproduisent pas toujours dans les mêmes lieux (*).

Censorinus rapporte que, suivant l'opinion d'Aristote, le globe était sujet à des inondations générales . alternant avec des conflagrations; que le déluge constituait l’hiver de la grande année, ou cycle astronomique; tandis que la conflagration, ou destruction par le feu, formait l’été, ou l’époque des plus grandes chaleurs de cette même période (**). Si, comme le suppose Lipsius, cette citation de Censorinus est la reproduction exagérée d’un passage du Traité des Météores, elle doit être considérée comme une reproduction

O De Meteor. Lib I, rap. 12.

(") De Die Nat.

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aussi grossière qu’infidèle de la doctrine du philosophe de Stagyre; car, dans ce traité, le but général de son raisonnement tend évidemment vers une direction opposée. Il rapporte plusieurs exemples de changementspareils àceux qui, denos jours, continuent à s’accomplir d’une manière constante, et insiste avec une certaine emphase sur les grands résultats que, dans le cours des siècles, ces changements peuvent produire. Il cite des lacs qui se sont desséchés, et des déserts qui, à la longue, sont devenus fertiles, par l'influence des rivières qui y ont établi leur cours. Il signale l’accroissement du delta du Nil depuis Homère, jusqu’à l’envasement du Palus-Méotide qui eut lieu soixante ans avant le temps où Aristote vivait. Bien que dans le même chapitre l’auteur ne dise rien des tremblements de terre, d’autres parties de son traité indiquent qu’il n’était pas étranger aux effets résultant de ces phénomènes (*). C’est ainsi, par exemple, que faisant allusion à l’apparition d’une des îles Eoliennes qui précéda une éruption volcanique, il s’exprime de la manière suivante : « Les révolutions du globe sont si lentes , comparativement à la durée de notre vie , que leurs progrès sont tout à fait insensibles d’un

autre côté, les migrations des peuples, après de violentes catastrophes, et leur éloignement des lieux où

(*) De Meteor. Lib. U, cap. lt, 15 et 16.

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la scène s’est passée, occasionnent souvent l’oubli de grands événements (*).»

Les connaissances que possédait Aristote sur les pouvoirs destructeur et reproducteur de la Nature se laissent apercevoir dans ses divers ouvrages; mais c’est surtout dans l’introduction et à la fin du douzième chapitre de son Traité des Météores, qu’elles se montrent dans toute leur étendue, ainsi que l’on peut en juger par la manière dont est conçue la première phrase de ce traité : « Il estcertainspaysoù la distribution des terres et des mers n’est pas en tous temps la môme ; c’est-àdire que telle partie qui à une époque était terre, devient mer ensuite ; et que telle autre qui faisait partie de la mer devient terre à son tour. De plus, il y a tout lieu de croire que c’est d’après une certaine loi , et dans le cours d’une période déterminée, que s’opèrent ces changements. » En concluant, il ajoute : «Comme le temps ne périt jamais, et que l’univers est éternel, on ne peut supposer que le Tanaïs et le Nil aient toujours coulé. Les lieux où ils prennent naissance durent être secs jadis; leur existence bien certainement a des bornes , car le temps seul n’en a pas. Toutes les autres rivières subissent le même sort; toutes naissent et toutes meurent; la mer n’a pas plus de constance : sans cesse nous la voyons abandonner

(’) Dp Melcor. Lib II, cap. 14, 15 et 16.

3'» SYSTÈME D’ARISTOTE. (livre i,

certains lieux et en envahir d’autres. La terre ne présente donc pas toujours le même aspect; là où nous foulons aujourd hui un sol continental, la mer a séjourné et séjournera encore; la région où elle est à présent fut jadis, et redeviendra plus tard, encore un continent. Le temps modifie tout. »

Ces remarques d’Aristote donnent tout lieu de croire que non-seulement les Grecs avaient emprunté à leurs devanciers la théorie relative aux révolutions périodiques du monde inorganique, mais qu’en outre, leurs propres observations les avaient en partie conduits à ces mômes idées. Quant à ce qui regarde les anciens changements de la nature organisée, rien ne peut faire supposer qu’ils s’en soient occupés. La circonstance même des débris marins renfermés dans des roches solides, quoique observée par quelques-uns, et bien qu’ayant servi de base à certaines spéculations géologiques, n’éveilla jamais l’attention des naturalistes, ni ne les guida dans leurs recherches. Il serait très-possible que la théorie de la génération équivoqueeût contribué pour beaucoup à l’indifférence qui régnait à cet égard ; peut-être aussi qu’en donnant lieu de supposer que le monde organique était sujet à la plus grande instabilité et à un état incessant de fluctuation, la croyance de la production spontanée d’êtres vivants provenant de la terre ou de la matière corrompue, empêcha les phénomènes qui indiquent d’anciens

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