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CRÉATION DES ESPÈCES

changements d’exciter une vive curiosité. Les Égyptiens, il est vrai, et les Stoïciens après eux, avaient enseigné que la terre, jadis, avait donné naissance à quelques animaux monstrueux, dont l’espèce s’était ensuite perdue. Toutefois, il paraît que l’opinion dominante admettait qu’après chaque grande catastrophe les mêmes espèces d’animaux étaient de nouveau reproduites. Cette croyance est exprimée dans un passage de Sénèque, où, en parlant d’un déluge futur, il dit: « Tous les animaux seront recréés, et l’homme, affranchi du crime, sera rendu à la terre (*). «

Une vieille tradition arabe, relative à la théorie des révolutions successives du globe, semble faire exception à la règle générale. Cette tradition, qui a été reproduite en latin par Abraham Ecchcllensis (**), renferme l’idée de la création de divers genres et espèces. Suivant les Gerbanites, secte d’astronomes qui florissait quelques siècles avant l’ère chrétienne, « tous les trente-six mille quatre cent vingt-cinq ans, un couple d’animaux, mâle et femelle de chaque espèce, était créé,

(*) Omne ex inlcgro animal generabitur, dabiturque terris bomo inscius scelerum. (Quæst Nat. III, c. 29.)

(’*) Cet auteur était professeur de syriaque et d'arabe a Paris , où il publia une traduction latine de plusieurs manuscrits arabes, traitant de diverses branches de la philosophie. Cet ouvrage a toujours été considéré comme étant d’une très-grande autorité.

36 THÉORIE DE STRABON. (livre «,

ot donnait, en se reproduisant, de nouveaux habitants à la terre. Mais lorsqu’une révolution des orbes célestes, comprenant cet espace de 36,425 ans, se trouvait accomplie, d'autres genres et d’autres espèces succédaient aux premiers. Il en était de même des plantes et de toutes les autres productions : le premier ordre étant détruit , celui qui le remplaçait éprouvait , à son tour, le même sort , et ainsi de suite indéfiniment (*). »

Théorie de Slrahon. — De même que les Grecs nous

(') Gerbanitæ docebant singolos triginta sex mille annos quadringentos, viginti quinque bina ex singulis animalium speciebus produci , marem scilicet ac feminem, ex quibus animalia propagantur, huneque inferiorein ineolunl orbem. Absolutà autem eœlcslium orbium circulatione , quæ illo annoruin conGciiur spatio, iterum alia producuntur animalium gênera et species , queinadmodum et plantarum aliarumque rerum, et primus destruitur ordo, sicque in infinitum producitur. (Uistor. Orient. Suppl., per Abrahamum Ecchellensum , Syrum Maronitam, cap. 7 et 8, adcalcem Chronici Oriental. Parisiis, è Typ. regiâ, 1683, fol.)

J'ai reproduit ici la ponctuation telle qu'elle existe dans l'édition de Paris, où il n’y a pus de virgule après quinque; mais à l’instigation de Schlegel, j’ai fait rapporter le nombre vingtcinq à la période d'années, et non au nombre de couples des espèces créées au même moment, ainsi que je l’avais fait dans les deux premières éditions. Suivant l'interprétalion de Fortis, vingt-cinq espèces seulement auraient été créées ensemble; mais le sens du passage ne saurait admettre celte construction. (Mém. sur l’Hist. Nat. de l’Italie, vol. I, p. 202.)

chap. II.) THÉORIE DE STRABOX. 37

ont transmis par leurs ouvrages les doctrines d’un grand nombre de philosophes orientaux et égyptiens, de même aussi , les écrivains du temps d’Auguste et des siècles suivants nous ont mis à portée de connaître les opinions des anciens auteurs grecs. Strabon surtout, au second livre de sa géographie, se livre à d’assez longs développements sur les opinions d’Eratosthènes et de plusieurs autres Grecs, relativement à un des problèmes les plus difficiles de la géologie, savoir, les causes auxquelles doit être attribuée la présence d'un grand nombre de coquilles marines dans certaines couches très-élevées, et très-éloignées de la mer.

Il cite, entre autres, l’explication donnée à ce sujet par Xanlhus le Lydien. Ce philosophe prétendait que jadis les mers avaient eu une étendue plus grande que celle qu’elles offraient de son temps ; suivant lui, elles s’étaient desséchées en partie, c’est-à-dire, d’une manière moins complète que certains puits, certains lacs, et certaines rivières d’Asie, qui, de ses jours aussi, et durant une saison de sécheresse, s’étaient trouvés entièrement privés d'eau. Après avoir traité cette conjecture sans plus d’égards qu’elle n’en mérite, Strabon passe à l’hypothèse de Straton le physicien. Ce philosophe avait observé que la quantité de limon transportée dans le Pont-Euxin parles rivières qui s’v jettent était si grande, que son lit devait né-

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