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Londres. Quant aux fossiles de Bordeaux , ils offrent aussi la preuve que la mer dans laquelle ils ont vécu était plus chaude que celle où se formèrent les couches coquillières de la Sicile, quoique celte contrée soit, à son tour, de six ou sept degrés plus près de l’équateur que Bordeaux. Dans ces differents cas, on voit que l'excès d’ancienneté relative de ces diverses formations (celles de Paris appartenant à l'époque la plus reculée, et celles de la Sicile à la période la plus moderne) fait plus que compenser l'influence de la latitude; et par suite, on se trouve amené à reconnaître qu’un pareil phénomène ne peut qu’être l'effet d’un refroidissement graduel dans le climat.

Mammouths trouvés en Siü ric. — On a découvert des débris de certains quadrupèdes terrestres appartenant à des espèces éteintes, dans les dépôts superficiels de sable, de gravier et de marne que l’on rencontre presque partout en Europe, mais particulièrement dans les lieux où la matière qui a formé fallu vion semble avoir été déposée dans de petits lacs, ou dans les dépressions que présentent parfois les plaines voisines d’anciens lleuves. On retrouve aussi dans des fentes de rochers et dans des cavernes, quelques dépôts semblables dont les matériaux ont pu être apportés soit par des eaux provenant d’inondations terrestres, soit par des rivières qui s’y seraient

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engouffrées, par suite des changements que le sol de ces contrées a dù subir. Plus loin, j’exposerai avec détail les diverses circonstances sous l’influence desquelles ces ossements se sont conservés. Quant à présent, je me bornerai à établir que parmi les mammifères éteints ainsi enfouis, on trouve des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames, des ours, des hyènes, des lions, des tigres, et divers autres animaux appartenant, pour la plupart, à des genres qui, aujourd’hui, sont limités aux pays chauds.

On a pensé que l’extinction de plusieurs des quadrupèdes dont nous parlions tout à l’heure pouvait être en partie attribuée au même changement de climat qui, en occasionnant la diminution du nombre et de la grandeur de certaines espèces tropicales de testacés. ainsi que leur disparition absolue de la Méditerranée, est cause aussi que certains genres des collines'Subapennines, aujourd’hui presque exclusivement tropicaux, n’ont conservé aucun représentant dans les mers adjacentes. Néanmoins, quoiqu’il soit très-probable qu’à l'époque où ces animaux vivaient en grand nombre en Europe, le climat y était plus doux qu’acluellement , rien n’indique qu’il ait dù nécessairement être équatorial. Ainsi, par exemple, bien que l’hippopotame ne vive aujourd’hui que dans les rivières dont la température est élevée et presque uniforme, il n’en est pas moins

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vrai que les grandes espèces fossiles de ce genre ( fl. major , Cuv.) habitèrent l’Angleterre à une époque où l’on ne peut supposer que le climat fût très-chaud, puisque les testacés de cette contrée étaient alors à peu près les mômes que ceux qui y vivent à présent. M Strickland a découvert récemment à Cropthorn , près d’Evesham, dans le Worcestershire, les ossements d’un H. major, auxquels étaient joints ceux d’un ours et de divers autres mammifères, ainsi que vingt-trois espèces de coquilles terrestres et d’eau douce, qui, à l’exception de deux seulement, étaient toutes des espèces Britanniques. Ces différents fossiles ont été trouvés dans un lit de sable alluvien reposant sur le lias, et recouvert par des couches alternantes de gravier, de sable et de marne (*).

Le mammouth paraît aussi avoir vécu en Angleterre à une époque où la température ne pouvait pas être très-différente de celle qui y règne aujourd'hui. Comme preuve de cette assertion, je citerai les débris de cet animal que l'on a trouvés à North Cliff ( Yorkshire ) , dans une formation lacustre, dont toutes les coquilles terrestres et d’eau douce, au nombre de treize, peuvent être identifiées avec des espèces et des variétés actuellement vivantes dans

(*) Geol. Proccedings (Procès-verbaux de la Société Géologique de F.ondres) , N° 36, juin 1834.

«JAP. Vf.) MAMMOUTHS TR. EN SIBÉRIE.

ce comté. On a encore découvert dans la même localité, des os de bison, animal qui aujourd’hui habite les climats froids ou tempérés. Un autre fait démontre aussi de la manière la plus évidente que ces quadrupèdes et les espèces indigènes de testacés qu’on rencontre associés avec eux, vécurent contemporainement dans le Yorkshire. L,e Rév. Vernon Harcourt ayant fait creuser un puits de vingtdeux pieds (6m70) de profondeur, dans des couches non dérangées de leur position primitive, et que tout indiquait devoir s’être formées sous des eaux tranquilles, on y trouva des débris de mammouth auxquels étaient jointes des coquilles analogues à celles dont il vient d'être question (’).

11 est dans la vallée de la Tamise, certaines localités, telles entre autres que Grays et Ilford, en Essex, où se trouvent des couches renfermant des ossements d’éléphants et de rhinocéros accompagnés d’un trèsgrand nombre de coquilles d’eau douce, des genres l nio, Cyclas, Paludina, Valvata, Ancylus, et autres. Ces coquilles, dont quelques-unes seulement sont éteintes, font partie, pour la plupart, d’espèces vivant actuellement dans le district même où se trouvent les analogues fossiles. Parmi celles qui sont

C) Phi!. Mag. (Magasin Philosophique), sept. 1829 et janv 18:10

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éteintes, nous citerons une espèce de Cyrena, genre que l'on ne rencontre plus en Europe, et qui, aujourd'hui, est entièrement limité aux latitudes chaudes.

En réfléchissant aux divers phénomènes que nous venons de citer, le lecteur ne doit jamais perdre de vue que les. individus fossiles auxquels il a été fait allusion appartenaient à des espèces d’éléphants, de rhinocéros, d’hippopotames, d’ours, de tigres, et d’hyènes, différentes de celles qui, à l’époque actuelle, vivent sous la zone torride, ou dans le voisinage des tropiques. D’après la remarque très-judicieuse du docteur Fleming, qu’une certaine similitude dans la distribution géographique des animaux n’entraîne pas toujours entre eux une ressemblance parfaite à l’égard de la forme et de la structure ostéologique, on doit se tenir en garde contre la tendance qui nous porte souvent à juger, sans assez de réserve, des mœurs et des particularités physiologiques des espèces éteintes, d'après la simple analogie de leur structure anatomique. « Tandis que le zèbre, » dit cet auteur, « ne se plaît que dans les plaines brûlantes des tropiques, le cheval peut vivre au sein du climat glacial de l’Islande. De même que le zèbre, le buffle a besoin d’une température élevée, et souffre là même où le bœuf commun prospère. Quant au bœuf musqué, quoique ressemblant beau-

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coup au buffle, il s'accommode très-bien des maigres pâturages des régions arctiques, et peut, grâce à ses migrations périodiques, résister aux rigueurs ' des hivers du Nord. Le chacal ( Canin aurais) habite l’Afrique, les parties les plus chaudes de l'Asie, et la (îrèee, tandis qu’au contraire, l'isatis [ Cani< lagopus ) ne se rencontre que dans les contrées arctiques. Le lièvre d’Afrique et le lièvre polaire indiquent par les dénominations vulgaires qu’on leur a données, comment a lieu leur distribution géographique (*). » On sait enfin qu'il existe des ours, d'espèces diverses, à toutes les latitudes possibles.

Des investigations récentes ont mis hors de doute ce fait extrêmement important, qu'une certaine espèce de tigre, identique à celle du Bengale, est trèscommune dans le voisinage du lac d'Aral, près de Sussac, au 45e degré de latitude nord; parfois, aussi, on la rencontre en Sibérie, sous une latitude non moins septentrionale que celle de Berlin et de Hambourg (**). M. de Humboldt remarque que la partie de l’AsÙMTiéridionale qu'habile aujourd'hui celte cs-

(*) Fleming, Ed. New l’Iiil. Journ. (Nouveau Journal Philosopli ii| ne d'Edimbourg) N° 12, p. 282, 1821). Ce sont les parties extra-tropicales de l’Afrique que le zèbre habite principalement.

(") Humboldt, Fragments de Géologie et de Climatologie Asiatiques. Paris, 1831, tome II, p. 388. Ehrenberg, Ann. des Scicnr. Nat. , tome XXI , p. 387.

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