PREFACE VII
couvrir sa tête charmante avec le voile des Sœurs Blanches. Mais entre l'éveil de la vocation et le vœu il y a toute la distance de la velléité à l'acte, et si la religieuse nous échappe, la jeune fille nous appartient. Comme je souhaiterais d'avoir rendu celle-ci aussi aimable, dans son ardeur un peu sombre, que moi-même je l'ai aimée tandis que je m'efforçais d'entrer dans ses sentiments.
Pour le missionnaire qui, avec Marie-Christine est le protagoniste de ce roman, je désire que l'ardente estime pour sa vocation et son caractère dont ces pages débordent, lui soit une consolation humaine à tant d'injustices, ignorantes ou volontaires, par où la pohtique l'a, ces temps-ci, éclaboussé.
C'est en 1890 que j'ai fait dans le Sahara algérien, au M'zab, la première connaissance de ces Pères Blancs qui sont sortis du grand amour que le cardinal Lavigerie nourrissait pour la France. J'arrivais au mois de juillet; l'école saharienne était, on le conçoit, déserte. Pourtant, sur ma demande, les Pères me laissèrent interroger un de leurs élèves, un enfant d'une douzaine d'années, qui était venu en même temps que moi leur rendre visite. Je demande la permission de citer textuellement cette page, empruntée à mon récit de voyage. Sa date (1890) lui enlève toute couleur de polémique et lui donne du même coup sa valeur de témoignage. Je demandai à l'enfant :
— Qu'est-ce que la reconnaissance ?
VIII préfacf:
11 répondit :
— C'e«t l'amour pour ceux qui nous ont fait du bien.
I^e petit M'zabite ne récitait pas un modèle d'écriture : il avait trouvé cette parole-là dans son cœur. Jo dis aux Pères :
— Vous devez être heureux ?
Ils m'ont répondu :
— Nous serons heureux le jour où il nous sera permis d'élever l'âme de ces enfants après leur intelligence, de travailler pour le ciel comme nous avons travaillé pour la France. A l'heure qu'il est, nous ne. sommes que des maîtres d'école qui ne mettons de prière ni au commencement de la classe, ni à la fin. {Au Sahara, p. 198.)
Les lecteurs qui ont suivi avec bienveillance les premiers récits de cette a Épopée d'Afrique », se souviennent peut-être que dans Je deviens Colon^ j'ai essayé de peindre l'état d'âme de l'homme neuf qui, sur une terre neuve, vient essayer une vie nouvelle. Gms de poudre m'a été un prétexte à ressusciter cette génération de soldats, déjà légendaires, auxquels nous devons la conquête de l'Algérie. Dans le MaUre deVHeurey j'ai voulu exposer la politique des flommes de Orandçs XeqteSi les (pçpqrs f(inatiauos
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des confréries musulmanes. On ne sera pas surpris que, à cette suite de tableaux, j'aie désiré ajouter le portrait, aussi typique et général qu'il m'a été donné de le produire, de ce Père Blanc dont la vocation est mêlée à l'histoire de l'Afrique du Nord, de la même façon que sa robe de missionnaire se fond dans la blancheur du sable.