POPULATION BOVINE ACTUELLE
La population bovine du Sud-Est de la Haute-Marne n'est rien moins qu'homogène. On y rencontre des représentants d'un assez grand nombre de races qui ont étendu leur aire jusque dans cette région
La diversité des sujets d'un même troupeau prouve nettement le peu d'importance que les cultivateurs attachent à l'idée pourtant capitale de la sélection. Pour ma part j'ai vu un troupeau de dix vaches comprenant : cinq vaches se rattachant à la race tachetée de l'Est, trois au bétail brun de Suisse et deux à la race Hollandaise. Il est impossible d’exploiter d’une manière rationnelle un troupeau dont les éléments ont des exigences aussi différentes.
La principale race que l’on rencontre dans cette région est la race tachetée de l'Est. Elle possède un livre zootechnique provisoire qui ne comprend à l'heure actuelle qu'un nombre restreint d'animaux malgré la quantité imposante de bêtes bovines. Cela tient au fait que seuls les animaux bien conformés, non tarés, répondant en tous points à la description du Herd-Book et fournissant un rendement supérieur à un minimum, y sont inscrits. La plupart des autres sujets ressemblent plus ou moins au type de la race, notamment par
la robe, mais ils présentent une mauvaise conformation soit générale, soit locale. C’est une race convexiligne, dont les sujets ont un poids moyen de 550 kilogs. Elle possède tous les caractères, atténués il est vrai, de l’ancienne race taurache. Les principaux caractères de la race bovine tachetée de l'Est sont les suivants :
Tête moyenne, face assez longue, chignon peu saillant.
Cornes blanches et fines, dirigées en dehors, puis en avant avec la pointe en haut.
Mufle épais, sans pigment, lèvres fortes.
Dos et reins larges et bien droits, croupe horizontale et ample, hanches écartées.
Cuisses bien musclées, fesses bien descendues sur une jambe courte et jarret droit.
Queue non proéminente à la base.
Poitrine haute et profonde.
Fanor peu volumineux.
Robc allant du pie-froment au pie-rouge franc avec prédominance de blanc à la tête et aux extrémités.
Elle doit posséder en outre tous les caractères de la vache laitière et beurrière : hanches écartées, bassin large, poitrine mince, encolure longue et mince.
Squelette fin.
Peau fine, souple et mobile, poil fin, court, brillant et onctueux, cornes eflilées.
Mamelle bien développée.
Cette description type et toutes ces qualités se rencontrent chez un nombre infime de sujets. La raison principale en est le manque de sélection. On n'a jamais pris aucun soin dans le choix des reproducteurs et même maintenant rares sont les propriétaires qui y attribuent une grande importance.
Un certain nombre d'animaux sont à éliminer, bien qu’ils se rattachent à la race bovine tachetée de l'Est. Ce sont tout d'abord ceux qui présentent des défauts dans leur conformation générale et dont le rendement n’est pas suffisamment élevé. Puis viennent ceux qui sont issus du croisement avec des races étrangères. Ils ne possèdent pour la plupart qu'un huitième ou un seizième de sang étranger mais les proprié-
RS je
taires devraient cependant les écarter de la catégorie des reproducteurs. Il y a également un grand nombre de métis qui devraient être remplacés par des sujets de la race -pure.
Certains propriétaires ont pensé que le croisement de la race hollandaise avec la race locale donnerait de bons résultats et améliorerait le rendement en lait. Si certains ont réussi à l’augmenter d’une quantité appréciable, la plupart n'ont obtenu que des résultats déplorables. La rusticité, qui est une des grandes qualités de la race locale, en avait été trop amoindrie. Les animaux issus de ces croisements se reconnaissent généralement à la présence fâcheuse de taches noires au milieu d'une robe pie-rouge et pie-froment.
On a cherché également à faire du croisement avec les vaches normandes, mais on a rencontré les mêmes inconvénients. Les métis Normands-Tachetés sont en voie de disparition et il est excessivement rare de rencontrer les fameuses bringeures.
On constate également des croisements avec la race Schwitz, mais ils n'ont donné aucun résultat.
Outre la race tachetée de l'Est, on trouve dans la région d’autres races à l’état pur, mais elles ne sont représentées que par un nombre restreint de sujets. La cause en est qu'il leur est très difficile de s'adapter à un milieu tout différent de celui auquel leur race est habituée. On a essayé en effet, en dehors des croisements signalés plus haut, d’introduire dans la région quelques Normandes, mais surtout des Hollandaises. Ces races assez délicates se sont mal acclimatées et leur rendement a été très inférieur à celui qu’elles auraient fourni dans leur milieu natal. Cet échec doit être imputé aux conditions climatériques de la Haute-Marne, très différentes de celles de la Normandie et de la Hollande; en hiver un froid intense et prolongé entraîne en effet une stabulation bien plus longue; les pâturages sont moins riches et certainement aussi l’éleveur n’est pas très bien renseigné sur les exigences de ces races qu'il introduit. Cette dernière lacune pourrait être facilement comblée; il suffirait de faire l'éducation du propriétaire, mais à elles seules les deux autres raisons, contre lesquelles on ne peut lutter, suffisent à s’opposer à la pénétration de ces races dans notre région.