XV
toutes circonstances, sans exclusivisme, simplement, loyalement, comme par une opération naturelle et de tous les instants. Ils n’auront plus l’intransigeance du sectaire instruit à ne voir et à n’aimer qu’un seul côté des choses. Ils seront ouverts à toutes les sensations et se laisseront aller, avec une fantaisie qui est la sagesse, à toutes les séductions du beau d’où qu’il vienne, où qu’on le rencontre.
Prenons la journée d’un esthète, d’un de ces hommes comme on souhaiterait l’être, qui, sans être artiste de profession, sans non plus sacrifier à l’art ses devoirs sociaux, cueille en passant, comme une distraction qui caresse sans absorber, les émotions du spectacle de la vie. Il n’a pas un programme de jouissances artistiques, mais il compte sur les hasards des rencontres, et il a la sensibilité, l’adresse qui les saisit. Affranchi du pédantisme qui ne comprend pas qu’on puisse se sentir ému, charmé à l’improviste, au tournant des circonstances, il s’abandonne et, dans l’analyse des incidents littéraires quotidiens, découvre ample matière à philosopher et à faire métier de critique, sinon pour l’éducation des autres, au moins pour sa distraction personnelle. Son existence entière s’imprègne ainsi de préoccupations élevées ou intéressantes; il a pris