INTRODUCTION
Toute pensée affirme ou nie. Dé la négation, à raffirmatk)n le passage n'est pas plus possible qu'il ne l'est du néant à l'être. Un système n'est qu'ujti ensemble de pensées coordonnées d'après leur rajvport et leur enchaînement naturels, ayant un cei'tain point de départ et aboutissant à un, certain Pésultat. Par cela même tout système affirme ou nie, et toute doctrine philosophique est ou ^gnfatique ou sceptique. Entre le dogmatisme et le scepticisme il ne peut y avoir à la rigueur des doctrines intermédiaires. Seulement il y en aura qui, pour aijisi dire, pencheront vers l'un ou vers l'autre, et qui, tout en étant dogmatiques, par exemple, serviront comidk de transition au scepticisme. Mais c'est qu'alors legf affirmation n'est qu'apparente ; et elles; cachent au fond Une négation que le scepticisme ne fait que développer et mettre en évidence.
2 * PBOBLÈNE
De plusy toute pensée est vraie ou fausse. La connaissance est une pensée vraie^ l'erreur une perifiée fausse. Mais comme connaître c'est distinguer une pensée vraie d'avec une pensée fausse, il faudra un signe à l'aide duquel l'ctn puisse s'assurer de la vérité de ses pensées.
Enfin j toute connaissance est absolue ou relative. Toute connaissance relative dépend d'une connaissance absolue , et n'est valable que par elle ; de telle sorte qu'en niant la possibilité de la connaissance absolue, l'on nie par cela même la possibilité de toute connaissance relative.
Ainsi :
1® Pouvons-nous rien affirmer avec vérité?
2^ Possédons-nous un signe à l'aide duquel nous puissions reôonnaître le vrai?
3"^ Pouvons-nous atteindre a une connaissance absolue ?
A^oilà les trois ^questions qui constituent le problème de la certitude*
Au fon<^ les deux premières peuvent se ramener à la troisième. De fait, comme la connaissance n'est possible qu'à la condition de distinguer une pensée vraie d'avec une pensée fausse, et que de plus toute connaissance relative est soumise à une connaissance absolue, la copnaissance absolue suppose et contient les deux autres conditions, de sorte que ces dg^jiières ne sont qu'un développement de la prejoaière.
L'on renvoie en général le profelème de la certitude à la logique. Or, est-cefà la logique qu'il appar-
DE LA CBfiTIXUDB. 3
tient rëellement de le résoudre? C'est ce ()ue nous allbns etffiiiner.
Toutes nos connaissances nous viennent-elles de lexpérience? ou bien y en a-t-il que Texpërience explique e^ne produit pas? C'est là une question qui ^ se rattache intimement à celle de la certitude, puisque de sa solution dépend la poslâbilité de^Ia connaissance. Or, c'est. là une Question que la psychologie il^peift seule réspudre. , .,..•>
S^ùite , tcmte* pensée vraie doit exprimer une réalité, et une pensée absolue doit exprimer une absolue réalité. Or, ce qui fait la réalité des choses^ ce n'est pas la forme, mais l'être; et la logique, considérée comme science des simples formes de la pensée, ne peut nous donner l'être. Y a-t-il, par exemple, une existence absolue? C'est là une question que la logique n^ peut résoudre. Les moyens, en effet, dont elle dispose, sont la définition, le syllogisme et l'induction. Mais la i^iatière sur laqiiiielle opère l'induction c'est l'expérience, ^c'est le contingent let le relatif , et il est impossible de tirer de ces él^euts*une connaissance absolue. On ne peut non plus l'obtenir par la déduction; car alors ou il faudi'ait démontrer l'absolu par l'absolu lui-même, et, i eu ce cas, il y aurait cercle, ou bien par un autre JIbsolu, ce qui implique contradiction. Enfin, ce n'est pas par la défiifition que l'absolu peut être connu. Car d'abojrd la définition est une proposition identique dont le second membre n'est qu'une explication, un développement du premier, et qui, par
conséquent y n'ajoute rien d'essentiel à la connaissance. De plus, la définition suppose l'affirmation préalable de l!existence *du défini , affirmation qui éyidemitti|pt^ne peut être obtenue par définition. Ainsi considérée en elle-mém*e^ la dëémition ne va pas au delà d'une simple possibilité. Dieu est le bien absolu. ^Oui,^ si Dieu existe; mais Dienexiste-t-il? c'est ce^que la|définition ne' peut nous apprendre. Enfin, par cela même qu'elle se compose de plusieurs éléments, la définition ne donne pas la scifence* Car, 31 savoir c'est affirmer des réalités, l'affirmation des réalités,' soit qu'elle porte sur l'existence ou sur l'esseàice, est une affirmation simple*; et cette affirmation est précisément l'affirmation {H*éalable des éléments de la définition.
Ainsi donc le problème de la certitude ne peut être résolu par la logique. Voyons s'il peut l'être par la logique et la psychologie combinées ensemble.
Les rapports de^a psychologie et de la logique sont faciles à[déterminer-.
L'élément du raisonnemeut c'est la proposition, et les éléments de la proposition ce sont les idées. Telles sont les idées^ tels sont aussi la proposition et le raisonnement. Y a-t-il des éléments primitifs et absolus dans l'intelligence? Suivant que la psychologie résoudra affirmativement ou négativement^ cette question , la logique s'appuiera sur les données de l'expérience ou sur les éléments rationnels et primitifs de l'intelligence.
Mais la solution psychologique n'épuise pas la
fr
DE LA CERTITUDE. r ^
question. Supposons , en effet, que l'oîi parvFenne à établir l'antériorité de certaines notions absolues de la pensée , il restera à Savoir si ces notions représentent une réalité, et, pour nous serfit d'une expression consacr<i^, si elles ont une application, une valeur objective^ ou bien si elles ne sont que de pures formas de la pensée , des conditions sous lesquelles Fintelligenpe conçoit les phénomènes. On Tpit ^aisément que toute la question vient aboutir à ce point. 6ar nous ne croyons connaître qu'autant qjie nousrîxon naissons des réalités, et que nouiS, s^nmes . assurës que la pensée saisit et représente fidèlem6ïit son objet. ^Que nos connaissances pi*oviennent deFexpérience, ou qu'il y en ait qui précèdent l'expérience , le résultat serait le înême si nous ne pouvions être autorisés à'en conclure la valeur objective de nos pensées, puisque, dans les deux cas, tout le mécanisme de l'intelligence se réduirait à un ensemble de formes et d'opérations purement logiques et subjectives, nos connaissances ne dépasseraient pas l'affirmation de nos pensées , et que tout ce que nous pourrions affirraer, ce serait que noiïs pensons , sans savoir si nos pensées correspondent à des réalités, soit que nous nous pensions nous-mêmes ou quempus pensions autre chose. Ls^solution psychologique doit donc se compléter par une autre recherche, qui sort des limites de la psychologie et qui appartient à l'ontologie et à la métaphysique.
Il n'y a , en effet , qu'à poser la question sous sa double forme , sous sa forme psychologique et soua
6 PK(WI.KHE
sa form^ métaphysique , pour s'assnjvïr, au. premier coup d'œil, que la solution de la première ne fournit pas une solution complète du problème. *¥ a-t-îl dans l'intelligence des pensées absolues? — question psycholt^ique. — L'intelligenc» peut-elle s'élever à une connaissance absolue? — question tnétaphysique. — Or, il est évident que la solutiou de la première est iiisuflisante, ou bien l'on sera inévitablement amené à cette conclusion que tout est pensée, le moi comme le non-moi , l'esprit comme le corps, et que, puisque c'est le nloi qui pense*: l'absolue pensée, non-seulement il connaît l'absolu, mais il r esflui-méme une existence absolue.
Reste maintenant la question relative au critérium de la.. connaissance. Voyons s'il appartient à la logique de la résoudre. '
Possédons-nous une marque certaine et^nfaillible de la vérité ? Sî l'on se pose la question «ous cette forine, ce sera évidemment à la logique qu'elle appartiendra, puisque l'on y fait abstraction de tont objet, et de tout contenu de la connaissance. Mais on n'obtiendi-a pas de cette manière uije vraie solution. Car par cela-mêmt que science formelle, tie d toute discussion qui n'aura logique donnera des êtres êtres réels. Pouvons-nous ( Supposons que la rechercl à un résultat aflîrmatif. Il s'il y a r^llement des clu
DE LA CEATITODE. 7
fausses, et quelles elles sont ; recherche qui n'appartient point à la lexique.
L'on«nous objectera que , devant s'étendre à tpute pensée et à toute connaissance, ce critérium doit être déterminé sous une forme générale et abstraite. Mais, ou toute pensée n'a qu'tfiie valeur logique, et alors la connaissance véritable, la connaissance des J^ités nous échappe; ou bien elle a une valeur obj^ive, et elle exprime des réalités, et alors nonseiijement la vérité, mais le critérium même à l'aide duquel e^ l'affirme, lui vient de l'objet de la connaissance. En effet , de même qu'il n'y a pas une vérité possible et indéterminée, de même il n'y » pas un critérium possible et iildéterminé, mais il y a telle vérit(^ déterminée, et tel critérium également détermirtiéj c'est-à-dire un «certain signe , une ceptaine forme inhérente à la vérité elle-même, par laquelle là. vérité s'impose à l'intelligence et entraine son jugement. Il ne suit pas de là que ce critérium ne puisse être une disposition, une loi générale de la pensée qui s'étende à* toutes les connaissances. Car s'il y a une vérité absolue, qui, quoique déterminée, toutes choses , l'on conçoit loi qui, bien que déterminée, telle pensée , de telle vérité , de la valeur de nos connais-
ODsidère l'objet de la connais-
sance ou la loi qui gouverne la pensëe dans le discernement du vrai , c'est là une recherche qui sort du domaine de la logique.
Le problème de la certitude est donc un problème de psychologie et de métaphysique, mais surtout de métaphysique, la solution psychologique n'étant pour ainsi dJre qu'un préliminaire de sa solution définitive ; ce qui d'ailleurs peut se voir au premier coup d'œil. Car, si ces deux questions : la connaissance esl>etle possible ?^ — la métaphysique est-elle possible? — sont identigties, il est évide];it que la solution du problème appartient à la métaphysique.
D^aillears cette discussi43|i préliminaire s^a mieux établie et plus amplement développée par la suite.