DES LUNETTES
Quoique l’œil soit sans contredit le plus parfait de tous les instrumens d'optique , quelque étendue que soit sa puissance , elle n est cependant pas toujours suffisante pour faire distinguer les corps qui soutendent des angles visuels trop petits , aussi existc-l il une foule d'êtres dont nous n’aurions aucune connaissance , si l'art n’eût reculé les limites
5a Des Instrumens
cio la vision , et suppléé à la faiblesse de noire vue , on nous donnant les lunettes , invention qui doit etre rangée parmi les decouvertes les plus importantes , puisque nous leur devons les progrès de l'astronomie.
On peut avec des verres lenticulaires , former un grand nombre de combinaisons diverses- , qui font voir les objets plus grands et plus rapprochés qu’ils ne le sont réellement. L’instrument qui résulte d'un pareil assemblage , se nomme lunette , ou télescope , ou enfin longue-vue.
Pour que l’effet d'une lunette soit aussi parfait que possible , chaque verre doit être exactement centre, les axes de tous les verres doivent etre sur une mime ligne droite; chaque verre doit avoir une distance focale exactement déterminée d'après des règles fixes, et surtout une ouverture exactement proportionnée. Knlre les verres on place des diaphragmes , qui sont des cercles opaques percés à leur centre, et dont il est fort important de déterminer la position et le diamètre. Enfin Abus les verres doivent etre placés à des distances prescrites d’avance ; et meme l'œil doit avoir sa place exactement désignée.
Avec une lunette on voit les objets éloignés sous un angle plus grand qu’avec l'oeil nu: le nombre qui indique combien de fois cet angle est agrandi , se nomme le grossissement.
L’espace que l'on aperçoit à travers le système entier des verres est circulaire, et se nomme le champ de la lunette : la mesure de ce champ est l'angle sous lequel l’oeil verrait , sans lunette , tout l’espace qu'il embrasse par le moyen de la lunette.
L’intensité de la lumière avec laquelle on voit les objets, se nomme la clarté , et la précision avec laquelle parait rhaqtir point visihle , se nomme la netteté de la lunette.
foutes ces choses sont susceptibles de déterminations mathématiques ; mais comme il n’entre pas dans notre plan d’en donner la théorie , nous renverrons au Traité d optique publié par La Caille ; nous allons seulement faire connaître l’instruction sur la manière de nettoyer les verres des lunettes achromatiques employées dans la Marine , par Le KeëiU'rs , imprimée d’apres les ordrrs du Ministre de la Marine.
Le but de celle instruction est simplement d’indiquer les précautions qu’on doit prendre pour nettoyer les verres des limettes achromatiques : nous commencerons par donner une description de ces iustruniens , en y joignant quelques figures qui rendront cette instruction plus intelligible.
[ /■ ig. do. ] La première figure représente une coupe longitudinale d’une lunette semblable à celles dont se servent ordinairement les marins , et qui en conséquence sont nommées lunettes de mer.
Cet instrument rst composé du corps principal A A AA; à son extrémité B est située et montée, dans un barillet de cuivre, une pièce appelée objectif, laquelle est composée de deux verres placés l’un sur l’autre, dont le premier est convexe ou bombé des deux cotés , tandis que le second , situé immédiatement derrière l’autre en^ dedans de la lunette , est le plus souvent concave ou creux des deux côtés. C’est par l’assemblage et les courbures respectives de ces deux verres, qu’une lunette devient achrutnalique , mot tiré du grec, et qui veut dire litéraleincnt sans couleurs.
A l’autre extrémité CC du corps de la lunette , glisse , dans un coulant , le tuyau en cuivre 1)1)1) appelé oculaire; il renferme quatre verres, lesquels isolément se nomment aussi oculaires. Ce tuyau , comme nous l’avons déjà dit , entre à frottement dans un coulant à ressort EK , fixé à l’extrémité CC : enfin, dans l’intérieur du corps principal en F, à dix pouces à-peu-près de l'objectif B, on remarque une rondelle de cuivre (r, percée d’une ouverture plus ou moins grande , et qui , par rapport à ses dimensions , est appelée grand diaphragme. Pour l’intelligence de ce que nous dirons ci-après , il est bon de remarquer que le premier verre oculaire est celui qui suit l’objectif, et non celui sur lequel on applique l’oeil.
[Fig. -1 1 1 La deuxième figure représente d’une manière plus détaillée le tuyau oculaire, ainsi que les pièces qu’il renferme. Dans ce tuyau AA A, on remarquera deux autres petits tuyaux, dont le premier B B est un peu moins gros que le second CC; ce s deux tuyaux contiennent chacun deux verres et un diaphragme : ainsi donc le tuyau li B , uni monte à vis en 1) sur le tuyau A AA, renferme, savoir, le premier verre oculaire « , un petit diaphragme F, et le tccoud verre oculaire O. Le deuxième petit tuyau
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a Réfiexios. 53
qui entre simplement à frottement dans le tuyau AAA, contient le troisième verre oculaire II , uu second diaphragme J , beaucoup plus ouvert que le premier, enfin le quatrième verre oculaire K. Ce dernier verre est recouvert par une pièce LL appelée bonnette; dans son milieu est pratiquée une visière où l’on applique l'œil : cette pièce monte à vis sur l’extrémité antérieure du tuyau A A A. IJu reste, il est essentiel de remarquer que les quatre verres oculaires sont sertis ou fixes sur des viroles MM, iViV, Ut) et PI’, lesquelles se vissent sur les tuyaux destinés à les recevoir. Sous la bonnette LL, h l'extrémité du tuyau A AA, ou remarquera aussi une petite coche, destinée à donner de la prise à l'ongle du pouce , quand il est nécessaire de faire sortir le tuyau CC de sa place.
Principes généraux.
En admettant qu'une lunette soit en bon état, c'est-à-dire que les verres qui la composent soient parfaitement à leur place , bieu travaillés et dans les proportions exigées par les règles de l’optique , on doit établir ce principe , qu’il ne faut jamais déplacer ou démonter les verres, soit de l’objectif, soit de l’oculaire, à moins d’une urgente nécessité. Ainsi, toutes les fois que les circonstances exigeront que l’on s’écarte de ce principe, on devra apporter la plus scrupuleuse attention à ce que les viroles sur lesquelles les verres sont sertis soient remises à la même place qu’elles occupaient avant qu'elles fussent démontées; parce que si un verre était à la place d’un autre, si les viroles Dallotaieut , enfin si elles étaient vissées de travers, il en résulterait l’inconvénient de détruire totalement l’effet d’une lunette , attendu que par le déplacement d’un verre on change la combinaison de tout l’oculaire , de même qu’en le vissant de travers il cesse > d’elre ce qu’ou appelle centré.
Ce que nous venons de dire relativement aux verres , peut s’appliquer aux pièces que nous nommons dini.hragmes , avec cette différence seulement qu’il est des cas où il devient indispensable de démonter les verres, tandis qu’on ne doit jamais toucher aux diaphragmes; à moins cependant qu’ils n’aient été déplacés par accident, et qu’on ne connaisse, parla théorie et la pratique, la véritable place que ces pièces doivent occuper ; car autrement ou risquerait, comme par la transposition des verres oculaires, de détruire l’effet d’uue lunette : il est d’autant plus aisé de se tromper à cet égard , que rien n’indique cette véritable place.
Nous établirons encore ce principe, qu’il est constant que la poussière ou les taches qit'ou aperçoit dans le champ d’une lunette , lorsqu’on examine un objet quelconque , ne sont pimais sur l'objectif. Ces tarhes , au contraire , sont toujours sur le premier verre oculaire E , et sur le troisième verre oculaire II ; dans ces deux positions, elles sont visibles et distinctes : mais si elles étaient sur les verres G êt A ,
qui sont les deuxième et quatrième oculaires, bien qu’elles pussent nuire en jetant de la confusion sur l’image de l’objet observé , elles ne se verraient cependant pas. Nous allons au surplus indiquer deux expériences qui détruiront tous les doutes qu’on pourrait avoir à cet égard.
Première expérience.
Sur l’objectif d’une lunette de mer (que nous supposons de î5 lignes ou 5G millimètres de diamètre ) , si l’on appligtie avec de la cire deux ou trois petits morceaux
de papier noir , de quelques ligues de diamètre , res corps opaques n'altéreront pas
sensiblement l’image de I objet oLscrvé : malgré qu'ils aient été interposés entre l’œil et cet objet, on ne les verra pas; la lunette n’en produira pas moins le meme effet que s’il n’y avait rien sur son objectif : il en résultera seulement une légère différence dans l’intensité de la lumière de limage, c’est-à-dire que la liinelte srra plus sombre; mais cette différence sera si peu de chose, que des yeux très- exercés pourront seuls la remarquer. Ainsi donc les taches qu’on aperçoit dans le champ d’une lunette ne sont point celles qui peuvent exister sur l’objectif.
Deuxième expérience.
\Fif. 3i.J Après s’être bien assuré que tous les verres d'une lunette sont propres, si l’on jette quelque poussière (du tabac en poudre par exemple) sur le premier et le
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troisième verre oculaire 7? et Il , et que l’on regarde ensuite dans cette lunette , on verra très-distinctement cps corps étrangers. Il n’en serait pas de même , s’ils étaient su r le second et Je quatrième verre oculaire G et K : dans cette deruiere position , la poussière cesserait d’etre visible; elle pourrait, à la vérité, altérer, et la transparence des verres sur lesquels elle serait fixée, et la netteté de l’image : mais, nous le répétons, loin d etre vis.ble connue dans le premier cas, elle produirait à-peu-près l’effet d'un léger brouillard.
D’après les expériences que nous venons d’indiquer , on voit qu’il est incontestable que les taches ou corps étrangers que l'on aperçoit dans le champ d’une lunette n’existent , ni sur l’objectif , ni sur le deuxième et le quatrième verre oculaire , mais qu’elles ne peuvent être que sur le premier et le troisième. On peut donc tirer cette conséquence , qu’on ne doit que rarement essuyer les verres d’uue lunette , et particulièreuieut l'objectif, pour deux raisons : la première, parce qu'il est (ainsi que nous venons de le démontrer l rarement nécessaire de le faire; la seronde , parce que les frollcmens qui se multiplient autant de fois qu'on essuie un objectif ou tout autre verre, doivent nécessairement altérer la courbure de leurs surfaces.
Manière de nettoyer les Verres des Lunettes ou langues- Vues.
Puisqu’il est essentiel de conserver dans toute leur intégrité les courbes des verres d'une lunette , on doit s'abstenir d’employer , pour essuyer ces verres , aucune substance qui pourrait les rayer ou les dépolir j tels sont , les étoffes de laiue , le linge gras ou sale, et particulièrement les corps qui peuvent avoir action sur le verre, comme l'émeri , les cendres de papier brillé et de toute autre espèce : le tripoli , la craie , le blanc d’Kspagne, etc., ont le même inconvénient. O11 ne doit employer, pour essuyer les verres, qu’un morceau de linge fin et blanc, sans autre intermediaire qu’un peu d’eau ou de salive , si la poussière résistait aux premiers frolteniens , ce qui annoncerait qu’elle s’est fixée sur les verres en s'incorporant avec l’Immidité ; car autrement le léger frottement d’un petit pinceau de blaireau suffit pour l'enlever. On peut avec succès substituer au linge un morceau de peau de mouton chamoisée. Enfin , s'il était tombé sur les verres , des corps gras et résineux , comme de la cire , du goudron ou du vernis , on enlevera facilement ces taches en frottant légèrement avec un peu d’esprit-de-vin ou de bonne eau-de-vie.
Dans la description qui précède celte instruction , nous avons supposé que la lunette était semblable à celles que nous livrons A la marine, c’est-à-dire garnie d’un objectif fixé dans son barillet au moyen d’une sertissure : mais, comme il pourrait arriver que cette instruction tombât entre les mains de personnes qui posséderaient des lunettes dont l’objectif ne fill point serti , nous allons indiquer les soins qu'elles devront apporter quand elles voudront démonter cette espèce d’objectif , pour enlever la poussière qui pourrait s’être glissée entre les deux verres.
[Fig. 3a] On doit d’abord considérer que les deux verres d’un objectif produisent quatre surfaces , dont les courbures diffèrent entre elles : ainsi la surface a est plus convexe ou bombée que la surface b du verre A qui est en dehors de la lunette ; de même que la surface c est plus concave ou creuse que la surface d du verre B qui est placé en dedans de la luneLte , immédiatement derrière le verre A ; de façon que la surface b de ce dernier verre est en contact avec la surface c de l'autre verre. Or , de celte différence des courbes , il résultera des accidens toutes les fois que par inadvertance un des verres aura été retourné. Si donc, par exemple, on applique le côté a du verre A sur le côté c du verre B, et que l’on comprime les deux verres en vissant la virole sur le barillet, l’objectif ne produira plus l’effet auquel il est destiné; et,
5our peu que la compression soit trop forte, l’un des deux verres se brisera inévilalement. I.e même accident aurait lieu, si l’on retournait le verre B et qu’on mit en contact sa surface d avec les surfaces a ou b du verre A.
D’après cet exposé , on sera sans doute convaincu de la nécessité de ne jamais déranget' l’ordre des verres d’un objectif, puisque le moindre des inconvéniens qui peuvent en résulter , est de détruire totalement l’effet d’une lunette , et qu’en outre il est rarement nécessaire d’essuyer les surfaces intérieures : mais cependant, comme il serait possible que des circonstances particulières exigeassent cette opération , on procédera comme il suit.
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• A RÉFLEXIOîf.
En observant ce que nous avons dit plus haut touchant la manière d’essayer les verres, ou aura la précaution, avant de dévisser la virole qui retient l'objectif dans sou barillet, de faire sur le coté a du verre d , avec de l’encre de la Chine, un petit point uoir que l’on répétera sur le bord extérieur du barillet ; ensuite ou fera deux points sur le coté d du verre U : avec cette précaution , ou reconnaîtra les surfaces qui doivent être en contact; on pourra les nettoyer, et remettre les verres de l’ob-
Ieclif dans la situation où ils étaient avant d’etre séparés. On fera ensuite disparaître es points d’encre de Chine , quand l’objectif sera remis et fixé dans son barillet au moyen de la virole.
Avant de terminer nos observations , il est bon d'apprendre aux personnes qui pourraient l’ignorer, que les opticiens sont quelquefois dans l'usage de repérer les verres des objectifs : ces repères consistent en lettres ou chiffres traces avec un diamant sur les bords des verres; ou bien en traits sous la forme d’un C ou d’un X, pratiqués sur le côté ou ce qu'on appelle tranche du verre : mais ces figures ayant etc tracées tandis que les verres étaient réunis, une moitié se trouve sur la tranche d’un verre , "et l’autre moitié sur la tranche de l’autre verre; il faudra donc .avoir l'attention de réunir les figures dont il vient d’elre question , avant de remettre et fixer l'objectif dans sou barillet.
Après avoir démontré les iuconvénicns qui peuvent résulter du nettoiement trop fréquent des verres de lunettes , nous convenons néanmoins qu’il est nécessaire que ces verres soient exempts de poussière; mais, pour accorder deux principes qui sembleraient contradictoires , nous ne pouvons mieux finir cette instruction , qu’eu invitant les personnes qui se servent journellement de ces iuslrumens à les maintenir propres , eu s'abtenanl de démonter l’objectif, d’j porter les doigts et de faire sortir tout-A-fait dn corps de la lunette le tuyau oculaire , sans nécessité : avec celtb précaution , les surfaces extérieures de l’objectif et du quatrième verre oculaire, ne seront exposées à la poussière que pendant le moment de l’observation , si l’on a l'attention de mettre le bouchon sur l’objectif et de fermer la visière du tuyau oculaire aussitôt qu'ou cesse d'observer.