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LE SUBLIME

Nous n'admirons pas seulement ce qui est beau, mais aussi ce qui est grand; à plus forte raison admirons-nous si le beau est allié au grand. C'est dans ce cas que nous parlons de sublime. Il est vrai que cette alliance n'est possible que dans une certaine mesure. Si la grandeur est contraire à la nalure de l'objet, elle ne le rend pas sublime, mais ridicule ou effrayant. Une araignée ou un crapaud gigantesque ne sont qu'affreux et repoussants, un enfant trop fort pour son âge est presque toujours disgracieux. Mais l'océan, la crête énorme d'une montagne, le dévouement sans bornes d'un amour passionné, voilà des exemples du sublime.

La grandeur fait une impression différente sur différents esprits. 11 y en a qu'elle écrase, il y en a qu'elle enthousiasme, elle peut inspirer la peur ou l'adoration, souvent toutes les deux à la fois.

Gela est si vrai, que ladoration religieuse est devenue « crainte de Dieu » [Gottèsfurcht), car la divinité, c'est Têtre grand par excellence. Il est donc 'explicable que Kant, Schiller et d'autres aient vu dans Timpression que fait le sublime un mélange de déplaisir et de plaisir. Mais, comme nous Tavons remarqué, ce déplaisir n'est pas un élément constant. Il y a des individus que Timpression grandiose exalte, il y en a d'autres qu'elle déprime. Ces derniers seront agréablement affectés par ce qu'il y a de beau, et désagréablement par ce qu'il y a de trop grand dans le sublime. De là, une alternance de sentiments contraires (et non un mélange, puisqu'il est impossible d'éprouver du plaisir et du déplaisir en même temps), ce qui, comme nous le verrons dans le chapitre du tragique, rehausse quelquefois la somme de plaisir éprouvé.

En général, nous recevons l'impression du sublime toutes les fois que nous sommes en présence d'une force extraordinaire réalisée dans les effets. Si la force est trop terrible, son aspect dévastateur peut effacer toute impression agréable. Ainsi nous sommes insensibles à la beauté de l'incendie qui dévore nos possessions, ou à celle de la iner en fureur qui va nous engloutir. Le désert et les champs de glace du pôle ont leur

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