‹ Problèmes de morale socialeChapitre 111 sur 228 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

(lautriii, voilà la forinule de tous les devoirs de justice ; — ne pas permettre qu'on empêche Tusafre de nos facultés, voilà la formule de tous nos droits. Le devoir de justice est le respect de la personnalité d'autrui, respect exigible par autrui. Le droit est le libre usage de nos facultés, en tant qu'il n'est pas en contradiction avec le respect d'un autre droit.

Je m'arrête à cette définition que des sceptiques nous demandent avec tant d'instance, et que nous leur soumettons avec une entière certitude d'être dans la vérité philosophique et sociale : le droit est lagarantie de notre personnalité et de tous les éléments qui la constituent. De même que le devoir de justice est le resjïcct exigible par autrui, de même le droit est le respect de notre personnalité exigible ])ar nous-même.^ La Morale indépendante répète les mêmes formules, mais elle est impuissante à en expli(|uer le caractère et l'origine. Pour la tnuner, il faut remonter jusqu'à la région des premières causes et des premiers principes. 11 y a une justice supérieure et ant(»rieure qui consacre la liberté naissante. On comprend dès lors pourquoi ce mot est un des mots les plus sacrés des langues humaines, un mot impérissable, quoi qu'on fasse pour l'abolir. 11 résume pour l'homme l'ensemble des garanties, non toujours réalisées par la loi positive, mais véritablement exigibles par chacun de nous, qui m'assurent la faculté d'être ce que je suis et non pas un autre, de m'appartenir dans les manifestations de ma libre volonté. Voilà pourquoi il n'est pas de plus bel éloge que celui-ci : « Cet homme a souffert pour son droit, il est mort pour son droit I » Et là, où manifestement le droit a été

violé, qu'il s'agisse d'un individu ou d'une nation, il s'élève une protestation éternelle du droit conti^e le fait, du droit qui juge la force et qui la condamne. Quand même cette protestation serait perdue dans la suite rapide des siècles, quand même elle ne parviendrait pas à rectifier le cours des faits, elle n'aurait pas été aussi inutile qu'on l'assure. Il suffit qu'elle laisse un écho dans l'histoire; qui pourrait compter ce que cet écho peut éveiller de sympathies parmi les hommes, dans combien de consciences il retentira, que de volontés droites il pourra fortifier, que de bonnes résolutions il peut produire?

Si notre définition est exacte, il est facile de comprendre d'où provient le caractère de contrainte juridique qui marque les diKnoirs de justice et qui s'attache au droit.

La société est la mise en rapport des libertés. La société barbare les met en conflit violent les unes avec les autres; la société civilisée tend de plus en plus à les mettre en harmonie. Il y a une science pour cela, la science du droit, la jurisprudence, dont l'idéal serait nou d'expliquer et d'interpréter les lois positives, mais de rechercher les meilleures lois possibles, et par ces lois d'assurer Vaccord de la liberté de chacun avec celle de tous.

C'est sur le principe de la liberté déclarée inviolable

que l'on doit établir, ainsi que Kant l'a démontré, cette faculté de contraindre qui contient en germe tout le droit pénal. Si c'est un principe de raison que la liberté de chacun doive s'accorder avec la liberté de tous, l'obstacle qui s'oppose à une liberté est contraire au droit ; en écartant cet obstacle, qui est l'acte injuste, je rétablis

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