‹ Problèmes de morale socialeChapitre 110 sur 228 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

ble et secrète, il y a encore matière à des devoirs et à des droits, mais d'une nature toute particulière el qui ne se définissent que par les rapports de Tliomme à la loi morale et à Dieu.

Mais aussitôt que la liberté se manifeste au dehors, elle entre en contact ou en conflit avec le milieu dans lequel elle doit se développer, c'est-à-dire avec d'autres volontés libres. C'est ici que commence véritablement non pas le droit (sa première apparition remonte plus haut), mais le droit social, le seul qui soit ici en question.

Chacune des formes et des applications de la liberté, considérée dans le milieu social, donne naissance à une série de droits corrélatifs. La liberté individuelle, la liberté du foyer, la liberté de la propriété, la liberté de conscience, la liberté de penser, la liberté du travail et du commerce, ce sont autant de manifestations variées de la volonté, d'où naît et se développe la série des droits qui consacrent l'inviolabilité de la vie humaine, Tusage personnel que nous devons faire de notre existence et de nos forces, le choix d'une compagne, la direction et l'éducation de nos enfants, l'indépendance de notre conscience morale et religieuse en tant qu'elle s'exprime au dehors et se communique, enfin le choix de notre travail, la possession et la jouissance des résultats de ce travail. Tout cela, c'est encore la liberté, mais la liberté manifestée au milieu de la société, protégée dans ses légitimes manifestations, défendue par autant de droits naturels, antérieurs et supérieurs à toute législation positive, contre l'oppression des autres volontés.

J'ai dit : ses légitimes manifestations, et par là j'ai

marqué une restriction nécessaire qui n'est qu'une conséquence de la rencontre de ma volonté avec d'autres volontés dans le même milieu. Tant que l'acte libre s'accomplit dans le for intérieur, la liberté demeure illimitée au point de vue non de la moralité, mais du droit social, le seul dont il soit question ici. Quand elle se traduit au dehors par une série d'actes extérieurs et sensibles, elle rencontre une limite nécessaire.

C'est l'excellente et forte doctrine de Kant que la liberté, devant être pour tous, ne peut être entière pour personne. La limite de ma liberté, c'est la liberté d'autrui. La liberté individuelle des autres rencontre sa limite dans la mienne. La liberté que j'ai de me choisir une compagne et d'être maître dans mon foyer rencontre sa limite dans la juste liberté de la femme et des enfants. La liberté de penser est inviolable; oui, à une condition, c'est que les manifestations de votre liberté ne mettent pas la mienne en péril. Là est l'origine du droit positif et de l'autorité : le droit positif qui n'est pas responsable des oppressions exercées en son nom, et qui reste, malgré toutes les profanations historiques, saint et sacré dans son essence, étant la règle des libertés réciproques ; l'autorité, qui n'est pas davantage responsable des tyrannies par lesquelles elle a été si souvent compromise, l'autorité, c'est-à-dire le pouvoir social institué par les lois et qui est, dans son principe, le gardien du droit comme le droit est la règle de la liberté.

La justice sociale suppose donc essentiellement des personnalités qui mutuellement se reconnaissent et se respectent. Ne pas empêcher l'usage des facultés

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