‹ Problèmes de morale socialeChapitre 142 sur 228 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

faut-il pas la rejeter, comme la mutilation et la torture, parmi ces tristes legs du passé qu'une civilisation plus éclairée et plus humaine a répudiés à tout jamais ? » Une grande enquête s'ouvre alors sur cette question dans les conversations, dans la presse, sous forme d'interpellations dans les Chambres, partout où l'opinion peut trouver son issue. Les plus généreux sentiments se donnent libre carrière ; les plus nobles espérances s'expriment en faveur d'une prochaine réforme de nos codes. Chose étrange 1 Ou plutôt contradiction apparente, qui ne fait que traduire le même sentiment, profondément humain. A l'heure où le forfait vient d'être découvert, un cri de vengeance, terrible, irrésistible, sort de tous les cœurs. C'est à peine si l'on écoute alors ceux qui rappellent que la société punit et réprime, mais ne se venge pas, que son œuvre n'est pas œuvre de colère, mais de justice. Puis, lorsqu'à sonné l'heure du supplice, il passe comme un frisson dans la conscience publique. On dirait que la société, saisie d'un scrupule tardif ou d'un remords, doute du droit formidable qu'elle vient d'exercer. Un sentiment étrange de compassion mêlée d'horreur se répand instantanément dans l'âme électrique des foules, et la question de la peine de mort se dresse de nouveau dans les esprits avec toutes ses conséquences et ses responsabilités formidables.

Peut-être faut-il se tenir en garde contre ces surprises de la sensibilité, les plus excusables, à coup sûr, en même temps qu'elles sont les plus irrésistibles. La question n'est presque jamais abordée dans ces débats de la presse que sous le coup de Témotion du moment, ce qui est une condition mauvaise pour bien

juger. Or, dans cette question comme dans toute autre où se trouve en jeu un droit essentiel ou un intérêt vital de la société, la passion la plus généreuse ne suffit pas. Il y faut joindre tout ce que la raison philosophiqujB peut nous fournir de lumières sur les principes et les droits de l'association humaine, tout ce que l'expérience spéciale et compétente peut nous donner d'inductions probables sur la portée de telle ou telle réforme. On ne résout pas ces grands problèmes avec l'émotion seule, et je me défie un peu du jugement public, au lendemain de ces terribles scènes que la presse a rendues comme présentes à chacun de nous, et qui produisent dans nos imaginations un long ébranlement.

Essayons de nous abstraire de ces occasions trop pathétiques qui ne laissent pas à l'esprit tout son sang-froid; remontons aux principes mêmes de la question, en séparant, autant que possible, notre intelligence des souvenirs trop irritants ou trop sensibles qui en dramatisant la question courent risque de l'altérer. Nous croyons que ce problème si grave est de ceux qui gagnent à être présentés sous Faspect le plus simple qui est en même temps le point de vue le plus philosophique. Des innombrables controverses qui se sont émues sous toutes les formes possibles, poëmes, récits, mélodrames, thèses et discussions, j'ai retiré cette conviction qu'il n'y a vrai-

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