CHAPITRE XI
LE PROGRÈS SOCIAL. — HISTOIRE DE L*IDÊE DU PROGRÈS JUSQlfAU DIX-NEUVlèUE SIÈCLE.
Le progrès est un de ces mots vagues qui disent tout et ne disent rien : ce qui ne signifie pas que ce soient des mots innocents ; ils peuvent faire beaucoup de bien ou de mal dans le monde, selon Tinterprétation qu'on leur donne. Nom sublime et profané, redoutable et fascinateur, doué d'un singulier prestige et d'une force d'entraînement presque irfésistible, le progrès est l'invocation suprême des sectes et des partis, le mot d'ordre de toutes les batailles d'idée ou de rue. Il a été le ferment des plus nobles passions, il est la parure et l'excuse des plus mauvaises ; on le voit également proclamé par les héros ou les martyrs et par des charlatans sinistres dont la carrière est d'exploiter la sottise humaine.
Mais d'abord, avant de se battre pour un mot, il est bon que l'on sache si ce mot répond à une idée