CHAPITRE X
la bête fauve qui sommeille en tout homme. Il faut priver' de ce spectacle les yeux homicides, ivres de sang. Il faut refuser cette ignoble joie au libertinage nocturne qui vient terminer Torgie en face d'un homme qui va mourir. — En Angleterre, aux Etats- Unis, dans quelques parties de l'Allemagne, cela se fait déjà et le grand progrès est accompli. La foule est soigneusement écartée. L'exécution n'a pas lieu cependant à huis-clos ; quelques citoyens désignés par la loi sont tenus (J'y assister et d'en rendre témoignage. On s'étonne qu'en France cet usage ne soit pas depuis longtemps adopté. — Croit-on'^que pour cela la peine cesserait d'être exemplaire et intimidatrice ? Elle le serait d'autant plus qu'elle s'accomplirait avec une sorte de solennité religieuse, dans le préau de la prison, en présence de quelques jurés, de quelques magistrats, de quelques mandataires de la presse et de la publicité du dehors, seuls spectateurs admis à ces funérailles sanglantes d'un homme vivant.' L'heure du supplice serait connue au dehors. L'émotion serait d'autant plus profonde que l'appareil serait caché, le supplice certain, mais invisible. Ce serait la terreur encore, celle que Ton veut inspirer par le châtiment suprême, mais une terreur muette, sans scandales. Ce serait la mort, mais avec la dignité et le silence qui lui conviennent. Ce serait l'échafaud encore, si l'on ne croit pas l'heure venue de le renverser, mais l'échafaud sans la curée.