‹ Problèmes de morale socialeChapitre 169 sur 228 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Suivez, nous dit-on, le mouyement d'une société qui se développe, vous voyez que ce qui fait la trame de son histoire, c'est d'abord la satisfaction des besoins et l'exploitation de l'utile, puis la religion et la morale, puis la culture esthétique et finalement la science*. Ainsi se succèdent les phases de la société humaine, créant d'abord les industries nécessaires qui assurent sa vie matérielle, puis les institutions civiles et religieuses qui assurent l'ordre et la satisfaction de certains instincts ; ensuite les arts naissent, la poésie chante et console les misères de cette existence encore si précaire et si pauvre; enfin, la raison, cessant de s'employer à l'accomplissement des trois fonctions précédentes, travaille pour elle-même et procède à la recherche de la vérité abstraite.

Voilà assurément un large cadre tracé au progrès du genre humain, et dans lequel chaque élément des grandes civilisations trouve sa place et son rang. Il n'en est pas moins vrai que cette loi de l'évolution sociale, aussi bien que celle de M. Comte, est une vue toute personnelle à celui qui l'a posée. Il resterait à faire la preuve. M. Comte eût été tenu d'établir que Tère de la science positive absorbera nécessairement les théologies et la métaphysique, ce qui est une espérance pour lui, non une certitude démontrable. M. Littré serait tenu de prouver, ce qu'il n'a pas fait, que tous les éléments de sa division historique sont successifs, que, par exemple, les religions n'ont pas coexisté avec les arts ou les industries, et qu'elles ne se sont produites qu'au second moment de l'his-

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