CHAPITRE Xin
lution qui fait de rhomme le dernier terme et comme 1 épanouissement de Tarbre de la vie? Evidemment non. Ce sont là des questions d'histoire naturelle et d'anatomie comparée qui n'appartiennent pas à la philosophie sociale. S'agira-t-il du progrès religieux de rhumanité? Pas davantage, si ce n'est incidemment et par occasion. Il y a là tout un ordre de problèmes transcendants entièrement différents de ceux dont nous allons nous occuper. Nous avons cru devoir circonscrire notre sujet à la sphère de l'activité humaine, scientifiquement étudiée sous sa triple manifestation, la science, la morale et l'art. Encore là notre tâche a dû se restreindre : le problème se partagerait naturellement en deux questions, celle des éléments du progrès et celle des lois de variation qui la régissent selon les différents âges et les différents peuples. Cette seconde question, qui assurément n'est pas la moins intéressante, nous avons dû nous abstenir de l'aborder. Elle ne* comporte pas moins qu'un autre Discours sur l'Histoire universelle. Le problème, bien vaste déjà, que nous nous sommes proposé, est celui-ci : quelles sont les facultés de l'espèce humaine qui sont susceptibles de développement? Le progrès s'étend-il à tous les éléments de la vie sociale, et là où il se réalise peut-on le concevoir comme illimité ?
Le progrès existe; mais dans quelle mesure? et tout d'abord qui peut déterminer cette mesure ? C'est là une première et grosse difficulté à résoudre. Comme le remarque M. Bagehot, même dans le monde animal, il n y a pas de règle absolue acceptée par les physiologistes qui nous permette d'affirmer que tel animal est plus ou moins élevé que tel autre ; il y a encore bien des discussions à ce sujet. A plus forte raison, dans les combinaisons infiniment plus complexes des êtres humains, dans les sociétés, il sera probablement difficile de s'accorder sur un critérium qui nous permette de dire quelle race est en avance sur une autre, ou à quelle époque une nation marchait en avant, à quelle époque elle reculait. « L'archevêque Manning adopterait une règle de progrès et de décadence ; le professeur Huxley, sur les points les plus importants, en prendrait une tout opposée : ce que Tun considérerait comme une marche en avant serait considéré par l'autre comme un recul. Chacun d'eux a un but distinct auquel il tend^ un malheur déterminé qu'il redoute ; mais ce que l'un désire n'est guère éloigné de ce que craint l'autre, m En mettant provisoirement de côté ces éléments de controverse éternelle, reste-t-il au moins quelque chose qui soit « comme un progrès vérifiable, c'est-à-dire un progrès qui soit admis comme tel par les quatre-vingts cen-