‹ Problèmes de morale socialeChapitre 183 sur 228 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

volution presque aussi grande que celle dont la terre avait été témoin le jour où rintelligence de Thomme, même sous ses formes les plus simples, avait apparu pour la première fois au milieu de la nature aveugle et de Tanimalité muette. — Assurément c*est le cas le plus simple de la question du progrès; mais il est d'une bonne méthode d'en finir avec ces cas simples du problème avant d'affronter les difficultés incomparablement plus embarrassantes de la morale ou de Fart.

Sans être aussi exclusif que M. Buckle, qui réduit tout à ce côté de la question, il n'y a pas un seul penseur qui n'ait reconnu et marqué la place prépondérante dans l'histoire de l'élément intellectuel, sous sa double forme théorique et pratique : la culture scientifique de l'esprit systématisant les lois du monde, et accroissant dans une proportion indéfinie les forces de l'homme. Contrairement à tous les autres éléments du progrès, par une prérogative qui tient à la précision rigoureuse des méthodes et au caractère impersonnel des résultats, depuis que Tesprit scientifique a pris conscience de lui-même, le développement de ce fait est continu, sans point d'arrêt, sans mouvement de recul.

On a même remarqué qu'il suit une accélération constante, mathématiquement déterminable. On a montré que dans cet ordre de phénomènes les progrès doivent être considérés non pas comme des nombres qui s'ajoutent, mais comme des nombres qui se multiplient. Dans ces voies nouvelles ouvertes depuis deux siècles à l'esprit humain, la rapidité de sa marche croit en raison de l'espace parcouru. Cette marche est

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si régulière et la loi des vitesses si rigoureuse^ qu'on peut arriver à la formule précise des résultats 'obtenus ou espérés en les évaluant par la quantité des forces conquises par Thomme et des combinaisons de ces forces. Un ingénieux savant a conçu Tidée du sociomUre^ dont le principe serait de pr^dre pour étalon du progrès d'un groupe humain le nombre des agents naturels à Taide desquels ce groupe travaille et Teffet utile de ces agents. Pour en donner un exemple, les sociétés antiques travaillaient avec trois forces seulement, la pesanteur, la musculation humaine et animale, enfin le vent, la plus merveilleuse des conque» tes primitives de Thomme. Beaucoup de civilisations stationnaires se sont arrêtées à ce premier degré d empirisme industriel. I^âge moderne y ajouta, au quinzième siècle, Texpansion des gaz, qui donna la poudre à canon, et -le magnétisme terrestre, qui donna la boussole. Ce furent la quatrième et la cinquième force conquise. Enfin au dix-huitième et au dix^neuvième siècle, la vapeur et Télectricité ajoutèrent deux nouvelles forces d'une fécondité illimitée à Tempire d% rhomme sur la nature*. Où s'arrêtera cet empire? Les savants nous montrent Thomme maître de ces forces graduellement conquises, au point de transformer la lumière en chaleur, la chaleur en lumière, Félectricité en magnétisme, toutes ces formes de Tactivité en puissance mécanique, de convertir les uns dans les autres les procédés de la chimie, d'imiter les procédés de la nature morte et la plupart ile ceux de la ^nature vivante, d'enlever ou de rendre à la terre le

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