CHAPITRE XIU
pouvoir de nourrir les plantes, de se servir même de forces dérivées que la nature ignore peut-être et de substancesxomplexes qu'elle n'a probablement jamais produites ^ « Savoir, c'est pouvoir, » a dit Bacon, knowledgc is power. C'a été l'œuvre visible de l'humanité de transformer par sa pensée, qui est une* force aussi, toutes les autres forces qui l'entourent, mais qui lui soQt inférieures parce qu'elles sont aveugles, de les ajouter aux siennes et par là de produire, c'est à-dire de susciter des mouvements dans un ordre nouveau et dans les directions déterminées en les appliquant au service de l'espèce humaine.
 ces forces empruntées à la nature, asservies par la sfiience, accumulées dans le trésor toujours croissant des générations humaines, il fSudrait joindre le tableau de Ces autres foypces d'utf genre n^xte qui participent de la régularité des mouvements physiques, bien qu'elles en diffèrent par leur origine, les forces sociales. L'économie politique s'en empare par l'observation ; elle livre à l'homme civilisé le secret des lois qui règlent Jie jeu multiple de ces grands phénomènes; elle lui révèle le principe de la formation du capital par exemple, et la puissance d'action de cet élément, qui représente le travail et l'épargne du passé. Cette force devient prodigieuse par l'accumulation ; c'est un des leviers les plus puissants qui soulèvent une nation quand elle sait l'appliquer où il faut, quand elle s'en sert soit pour augmenter la puissance de production par la construction ou le renouvelle-
1. Voyez Tesquisse des conquêtes de Phomme sur la nature dans le discours de M. Dumas, secrétaire perpétuel de TAcadémie des Sciences, à TAssociation polytechnique, année 1866.
ment de Toutillage industriel, soit pour perfectionner les facultés de Tespèce par Tinatruction ou réaliser quelque grande idée qui deviendra^tlle-méme la source de mille progrès nouveaux.
Ainsi se transforme peu à peu le sort de Thumanité. ▲ l'accroissement de force correspond um gain presque assuré de bien-être; il s'établit .une liaison nécessaire entre la conquête scientifique de la llature et l'amélioration de la vie humaine. Les forces emmagasinées, utilisées, créent la richesse et la répandent; avec une répartition meilleure du capital s'élèvent progressivement les conditions de l'existence. Comparez la vie d'un ouvrier -économe et laborieux de nos jours avec celle d'un artisan du dix-septième ou du dix-huitième siècle. Combien il est mieux nourri, plus chaudwnent vêtu, mieu:it logé? Il trouve des auxiliaires puissants qui font pour lui la grosse besogne ; la machine est un commencement d'affranchissement du travail mécanique. Elle a renouvelé le régime industriel des sociétés; elle a donné à l'homme moderne infiniment plus de loisir pour la culture de son intelligence, ce qui a pour effet de doubler sa puissance physique en doublant ses forces mentales. Quelque effrayé que Ton puisse être, à certains points de vue, de ces prodigieuses transformations et de la rapidité avec laquelle elles s'accomplissent, au lieu d'enrayer ce grand mouvement qui emporte les sociétés modernes, il faut s'y associer vaillamment, s'en emparer, le soustraire à des passions mauvaises qui l'exploitent, le diriger au nom de la vraie science et delà justice. Chaque faculté qui s'accroît dans un individu est une chance