M. Edgard Quinet, la Révolution
a voulu supprimer le temps et la tradition. » Constituer « l'homme complet dans la société complète^ » voilà ce que Rousseau et la convention ont tenté successivement, lui en une seule page, elle en un seul décret. Qu'y a-t-il, encore une fois, de plus contraire aux méthodes scientifiques, qui excluent toute autre méthode que celle de l'expérience, tout autre facteur que celui du temps, toute autre idée que les idées positives empruntées à la biologie, et qui ont créé ce mot d'évolution précisément pour l'opposer par son caractère et par ses effets aux révolutions qu'elles nient absolument dans l'histoire de la terre et de l'homme, et dont elles dénoncent, dans l'ordre politique et social, les improvisations superficielles et la stérile violence ?
D'où vient donc la singulière tendresse de la démo^ cratie contemporaine pour ces théories nouvelles? En quoi et par quels cotés s'est-elle rapprochée des méthodes et des doctrines positives, qu'elle préconise avec une sort€ d'inconscience qui n'est pas ua^es moindres signes de la légèreté avec laquelle, de notre temps, se donnent et se transmettent les mots d'ordre oe partis? Il a plu à quelques cbefà de l'école démocratique de faire acte d'adhésion à ces nouvelles doctrines ; tout le parti s'est empressé de faire sa profession de foi, c'est maintenant une formule reçue dans le langage courant de la tribune et de la presse. La jeune démojjratie se proclame elle-même en toute occasion « positive et scientifique », c'est-à-dire qu'elle exclut tout a priori de la doctrine qui lui sert de base, qu'elle ne reconnaît pour méthode que celle des sciences naturelles et n'admet pour lois que les lois constatées dans