PREFACE V
d'être des compartiments étanches, affectés chacun à Texclusion des autres, l'un à la classe inférieure, l'autre à la classe moyenne, le troisième à la classe supérieure. Il faut non seulement qu'à tous les degrés toutes les sciences particulières, y compris les sciences sociales et la philosophie, soient enseignées bien entendu suivant les méthodes appropriées à chaque âge, mais il est nécessaire, en outre, que tous les élèves soient admis à poursuivre leurs études jusqu'au degré le plus élevé, non pas s'ils en ont, comme il se pratique aujourd'hui, les moyens financiers, mais s'ils en sont capables et s'ils le désirent. A cet effet, le mode actuel des épreuves et des examens doit être radicalement modifié; il faut que l'examen des élèves par leurs professeurs soit pour ainsi dire continu. Ceci nécessite une réforme de la pratique même de l'enseignement; il faut faire une moindre place à l'enseignement du haut de la chaire et par voie de suggestion quasi-autoritaire; il faut au contraire en attacher une plus importante à la collaboration active des étudiants dont les professeurs doivent surtout être les conseillers et les directeurs, non les 7naîtres,
yi préfacp:
Je n'insiste pas sur le parallélisme constant qui, jusqu'au degré supérieur et même dans les Instituts, doit toujours exister entre les travaux pratiques et manuels et les études théoriques ; à tous les degrés, l'enseignement pratique doit être la base de l'enseignement scientifique proprement dit; de telle sorte que jusque dans les spécialités les plus hautes le développement professionnel, nécessité parla division croissante du travail social, marche de pair d'un côté avec l'enseignement des sciences de plus en plus spéciales, de l'autre avec les généralisations de plus en plus vastes de la philosophie générale •des sciences.
Comme on le verra, cet idéal, bien loin d'être utopique, se dégage au contraire de l'évolution même de la pédagogie; celle-ci, à son tour, est conforme à l'évolution générale des sociétés et particulièrement à leur développement économique. Ainsi ce serait un rêve puéril et vain que de chercher à le réaliser d'une façon stable et sincère sans l'appui des réformes sociales et surtout économiques qui doivent en être la base el le soutènement. Aussi avons-nous insiste sur ce que la division tripartite actuelle de l'enseignement est le reflet de la division correspon-
PRÉFACE Vil
dant de la société en classes, division dont le caractère économique général se reproduit danstout le reste de l'activité sociale, même dans sa vie scientifique la plus haute qu'on s'imaginerait à tort en être indépendante. L'intellectuel est serf du capitalisme moderne, comme son ancêtre d'avant 1789 l'était du prince et du seigneur et plus tard des financiers qui inaugurèrent le régime actuel, mais sous des formes moins anonymes, moins impersonnelles et des lors peut-être moins loui'des et impitoyables.
L'enseignement doit être à la fois universel et intégral, théorique et professionnel à tous lesdegrés ; ses branches doivent se différencier de plus en plus comme le travail social se ditférencie lui-même dans les sociétés progressives. Ses généralités doivent être communes à tous, avec, à côté, la plus large extension des spécialités, mais en ayant toujours grand soin d'équilibrer et de compenser l'inévitable spécialisation croissante de la technique et de la science par la considération permanente du rôle de chaque spécialité dans l'ensemble de l'activité sociale aussi bien pratique que théorique.
Par là, notre premier essai sur VEjiseignementintégy^al^àhWnci^ à première vue, complète-