CAPTAGE DES SOURCES DANS LES FOUILLES DE FONDATION
Il arrive quelquefois qu'après avoir exécuté des fouilles à l’intérieur d’une enceinte, on rencontre pour asseoir l’ouvrage un sol incompressible il est vrai, mais très perméable et duquel s’échappent des sources nombreuses et puissantes.
Lorsque les sources sont latérales et produites par des couches de suintement se rapprochant de l'horizon, on peut s’en débarrasser en exécutant autour de l'enceinte un fossé qui recueille les eaux pour les amener dans un puisard d’où on les enlève avec une machine d'épuisement.
Le plus souvent l'on a affaire à des sources de fond; si elles ne sont pas fortes, on les laisse couler jusqu’à ce que l’eau s'élève suffisamment dans l'enceinte pour leur faire équilibre, puis on immerge une aire de béton dont l'épaisseur est calculée pour résister à la sous-pression des sources; au bord de cette aire, on accole aux pieux et palplanches de l'enceinte un mur en béton qui forme bâtardeau. On a donc obtenu de la sorte une grande cuvette en béton toute pleine d’eau; on laisse aux mortiers le temps de durcir, puis on épuise à l’intérieur, et l’on achève à sec la construction. Lorsqu'on épuise, le béton a pris assez de consistance pour étouffer les sources, qui ne reparaissent plus.
Dans certains pays à sous-sol perméable, l'écoulement des eaux ne se fait guère à la surface, il est surtout souterrain, et dans les fouilles on rencontre des sources puissantes. Lors de l’exécution du canal de la Somme, M. Mary, qui nous a laissé tant de notions pratiques, eut à lutter contre ce grave inconvénient des sources de fond; il parvint à le surmonter par des procédés qui sont restés classiques, et que, dans son cours de construction, il décrivait comme il suit :
« Lorsque le sol est incompressible et peu perméable, on épuise l’emplacement de l'ouvrage que l’on a à construire et l'on procède comme si l’on avait à fonder au-dessus de l’eau. Cependant il y a des circonstances où, même avec des eaux peu abondantes, il convient de prendre des précautions particulières pour assurer la solidité de l’ouvrage que l’on exécute. Il peut arriver que toutes les eaux sortent par une source assez énergique et que cette source se trouve dans l'emplacement de la maçonnerie; si, dans cette position, on maçonne autour de la source, puis au-dessus, avant que les massifs environnants aient pris corps, il
arrivera, ou que la source s'ouvrira une nouvelle issue au travers de la maçonnerie voisine, ou qu'elle soulèvera le massif avec lequel on aura essayé de l’étouffer. Le meilleur parti à prendre dans ce cas est de laisser une issue libre à l’eau du côté opposé au parement vu, et d'attendre, pour fermer cette issue avec du béton ou du mortier hydraulique, que toute la fondation soit terminée et que l'on ait laissé remonter les eaux dans la fouille.
« Si la source jaillit dans l'emplacement d’un radier, on lui prépare une issue maçonnée, recouverte en pierres plates ou en madriers en chêne, pour l’amener par le chemin le plus court jusqu’au derrière des murs, et on prépare, de distance en distance, à peu près de 2 mètres en 2 mètres, sur cette rigole, des trous ronds que l’on bouche avec des tam-
pons en bois, pour qu'aucune ordure ne puisse y tomber. Les eaux ayant
ainsi un libre cours, ne s’élèvent pas, aucune sous-pression ne se produit, les mortiers ne sont délavés nulle part et la maçonnerie se trouve dans les meilleures conditions de durée. Si l'on a plusieurs sources, on tâche de les amener à une rigole commune. Quand toute la fondation est faite, que l’on est sur le point de laisser monter les eaux, on enlève les bouchons qui ferment les trous de la rigole et on les remplace par d'autres d’une longueur suffisante pour qu'ils s'élèvent au-dessus de l’eau après qu'elle aura repris son niveau.
« Quand on s’est assuré, en fermant les issues de la fouille, que les sources sont noyées et ne coulent plus, on introduit l’ajutage d'une pompe foulante dans l’orifice le plus reculé de la rigole, celui qui est tout à fait au fond du cul-de-sac que forme cette rigole; cette pompe foulante est formée d’un bout de tuyau en bois, assez long pour s'élever du radier sur lequel il doit porter jusqu’au-dessus du niveau de l’eau. A son extrémité inférieure est adapté un ajutage en tôle du même diamètre que le vide du tuyau, et disposé pour entrer dans les orifices de la rigole. On maintient ce tuyau dans une position verticale, on y introduit, avec une espèce d’entonnoir, de très bon mortier, de consistance moyenne et fabriqué avec du sable plutôt fin que gros. Tant que le mortier entre dans le tuyau, on continue à en verser. Il est entendu que pour faire toute l'opération, on a soin d'enlever, outre le tampon du trou où le tuyau est placé, les tampons les plus voisins, afin de faciliter la sortie de l’eau qui remplit la rigole, à mesure que le mortier s'y introduit; car on conçoit que si les orifices étaient bouchés, l’eau ne sortant pas, le mortier ne pourrait entrer. C’est par ce motif que le premier trou doit être à l'extrémité la plus reculée de la rigole et que l’on commence par celui-là. Si l’on a plusieurs corps de pompe, on les place sur les trous les plus rapprochés de celui par lequel le mortier est introduit. Cette disposition permet de juger du succès de l'opération par l’arrivée du mortier dans le second el quelquefois dans le troisième corps de pompe.
« Dès que le mortier cesse d'entrer dans le tuyau, on y pousse avec force une verge en fer ou en bois; souvent cela suffit pour faire pénétrer de nouveau le mortier; cependant il arrive un moment où ce moyen ne suffit plus. Alors on introduit dans le tuyau un tampon en étoupe, on place dessus une espèce de piston qui a du jeu dans le tuyau et on frappe
avec un maillet sur le piston ; ordinairement cela fait dégorger le tuyau d'où l'on retire le piston, puis le tampon d'étoupe que l’on saisit avec un crochet , et on recommence la même opération jusqu’à ce que l'on arrive à un refus absolu.
« Alors on reporte son tuyau au trou suivant, et on continue ainsi jusqu'à ce que l'on arrive à un refus absolu dans tous les trous; souvent, lorsque l’on verse du mortier dans un des trous, il sort par les trous voisins ; on prévient cet effet en y mettant des tuyaux dans lesquelsle mortier s’élève.
a Si la rigole avait plusieurs rameaux, il conviendrait de verser à la fois du mortier dans chacun d'eux, ri de manière à y arrêter les versements =} HNNONNNENNNLES quand ils seraient remplis jusqu'à la === NNUINNNNINNUSEES branche principale.
== « Nous avons insisté sur ces détails parce qu'ils peuvent être appliqués non seulement à la fondation d’une écluse quelconque, mais aussi à la réparation d’une maçonnerie dans laquelle il existe des vides que l’on peut remplir facilement. »
Lors donc qu'on rencontre au fond d'une fouille une série de sources, il faut se garder de vouloir les étouffer avec de la maçonnerie : elles se frayeraient un passage, délaveraient Îles mortiers et amèneraient des accidents; il faut les recevoir dans de petits aqueducs, que l'on réunit sur un tronc commun débouchant dans le puisard P; elles deviennent ainsi inoffensives. La plupart du temps, les aqueducs peuvent se faire en briques avec une section carrée libre de 0"10, quelquefois même, avec une section triangulaire et trois briques. On peut même recourir à de bons tuyaux de drainage bien cuits et bien solides que l’on recouvre de . béton de ciment.
Au lieu de conduire les sources à un puisard pour en enlever le produit avec une pompe, on peut adopter une solution plus simple qui consiste à ménager dans le massif de maçonnerie un évent, un tuyau vertical; les eaux de la source s’y élèvent jusqu’à ce qu’elles aïent pris leur niveau hydrostatique, et alors l'écoulement s'arrête.
Ce procédé est connu depuis longtemps : l’ingénieur Hupeau l’appliqua, en 4750, au pont d'Orléans, comme l'indique la figure 55. 1l se produisait dans les enceintes de bâtardeaux des sources considérables que les chapelets et les tympans n’arrivaient pas à vaincre ; on chercha à les aveugler avec des pieux enfoncés à leur emplacement. C'était, nous le savons, un remède illusoire.
On en vint alors au système que voici : « On fit draguer le sable autour de la source jusqu'au tuf, on l’enferma dans une cuve; on fit batire de