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ÉCHAFAUDAGES POUR TOURS ET PHARES

Échafaudage du phare des Triagoz. — Le phare des Triagoz est construit sur une tête saillante du plateau granitique de ce nom qui forme écueil sur la côte de Bretagne dans la Manche, à l'Est des Sept-Iles.

Le rocher, qui a reçu le phare, présente au midi une paroi verticale et forme à l'opposé une petite crique ouverte vers l'est, c'est par là seulement qu'il est accessible à mer basse.

Pour loger les ouvriers, on a dû installer une cabane dans la partie répondant au vide de la tour, immédiatement après avoir dérasé la roche. Elle entourait un mât vertical placé au centre de la construction et armé d'une corne à sa partie supérieure pour le montage des pierres.

Le débarquement des matériaux s'opérait au moyen de mâts de charge semblables installés sur le rocher, l'un à l'entrée de la petite

crique, l'autre sur l'extrémité sud-est de la roche; il s'opérait avec promptitude toutes les fois que l'état de la mer permettait l'accostage.

Les travaux ont présenté de grandes difficultés surtout pendant la première campagne (1861), l'atelier ayant dû être chaque jour ramené à terre à 21 kilomètres de distance. La violence de la mer est telle que, depuis l'achèvement de l'édifice, les lames ont plusieurs fois couvert en

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Fig. 61.

grand toute la plate-forme inférieure et projeté l'embrun jusqu'à la hauteur de la plate-forme supérieure.

On conçoit que les mâts de charge ci-dessus décrits, par leur simplicité, par leur montage facile, par le peu de résistance qu'ils offrent aux vents et aux vagues sont d'excellents appareils pour les travaux de ce genre. Nous aurons l'occasion de les signalera nouveau dans les paragraphes suivants.

Apparaux de débarquement de levage et de pose du phare des Barges. — Le phare des Barges, établi sur une pointe d'un

plateau sous-marin voisin du port des Sables-d'Olonne, a été construit m vers 1860, par M. l'ingénieur Marin.

La question des apparaux est très importante dans les travaux de ce genre : il faut qu'ils soient simples, robustes, capables de résister aux coups de mer et de se prêter à une manœuvre rapide.

Le poids des pierres à enlever variait de 800 à 1,200 kilogrammes.

Les figures 1 et 2, planche XXI, représentent les premiers apparaux de débarquement et de pose, mis en œuvre pour la construction du soubassement de la tour; à droite est la grue de débarquement qui enlève les blocs apportés par bateaux dans un petit port créé à cet effet.

Cette grue comprend : 1° un mât vertical mobile dans une crapaudine femelle logée dans le massif de maçonnerie et maintenu à son sommet par un collier en fer attaché à 3 chaînes de m ,014, amarrées sur les rochers et tendues par des vérins; 2° un bras incliné, mobile autour d'une charnière à sa base et maintenu en tête par un palan fixé d'autre part au sommet du mât vertical ; à haute mer, ce bras incliné se relève et s'applique sur le mât vertical afin de diminuer l'obstacle à la lame; 3° un treuil, à deux axes seulement, fixé au mât vertical et facile à démonter.

La grue de pose est représentée à gauche de la figure , c'est une bigue avec potence en tête soutenant le palan de levage, actionné par un treuil à deux manivelles et à un seul tambour qu'on enlevait à chaque marée. Par deux charnières horizontales, les pieds de la bigue se relient à un bâti horizontal tournant autour du centre de la tour par l'intermédiaire d'un collier engagé sur un arbre cylindrique qui fait corps avec un plateau scellé par des boulons à la maçonnerie. La tête de la bigue est aussi reliée par un tirant en fer à l'angle du bâti horizontal. Les pieds de la bigue étaient armés de deux galets en fer roulant sur un chemin circulaire en bois. A haute mer on détachait le tirant en fer, et tout l'appareil pouvait se rabattre sur la maçonnerie et être fixé par des barres de fer.

Ces appareils simples dont le mécanisme se comprend de lui-même, ont donné d'excellents résultats pour les travaux du soubassement.

Les mâts de charge, analogues à la grue de débarquement ci-dessus décrite, sont souvent employés dans les travaux à la mer comme sur les navires. Généralement le mât vertical est fixe et ne tourne pas dans une crapaudine ; à ce mât vertical est relié, par un palan, un autre mât incliné, mobile autour d'une charnière horizontale et pouvant prendre, par la manœuvre du palan, toutes les inclinaisons sur la verticale. Le mât incliné est fixé au mât vertical, à la partie inférieure, par le moyen d'un collier mobile, de sorte qu'on peut faire exécuter au fardeau une rotation complète autour du mât vertical. Un treuil simple complète l'appareil. Le collier mobile peut être remplacé tout simplement par un collier fixe en fer forgé, avec une saillie latérale dans laquelle est ménagée une crapaudine où s'engage un goujon en fer terminant le mât incliné; la rotation s'exécute beaucoup plus facilement avec ce goujon en fer qu'avec un collier mobile. En cas de chômage, on relève le mât

incliné pour l'accoler à l'autre, et l'appareil ne présente aux violences de la mer qu'une faible surface.

Lorsque le soubassement du phare des Barges fut terminé, on dût recourir à des apparaux plus puissants et plus rapides pour élever là tour.

On construisit d'abord une grande hutte de sauvetage avec bigue de levage qui fut enlevée par une tempête, et il fallut revenir pour la grue de débarquement au système primitif, établi sur de plus grandes dimensions.

Appareil de montage tlu phare de Biarritz (PI. XX!). — Le phare de Biarritz est construit en terre ferme; les pierres étaient amenées au pied de la tour et là accrochées à un câble. Ce câble va passer sur une chèvre posée sur la dernière assise construite ; cette chèvre est formée de deux petits mâts de 4 à 5 mètres de longueur et de m ,15 de diamètre, réunis à leur sommet et armés à leur pied de pointes en fer logées dans deux trous pratiqués dans la dernière assise. Cette chèvre portait, à sa partie supérieure, une poulie dont le câble retournait au pied de la tour où il passait sur une poulie de renvoi. Deux câbles formant étai et un câble de retenue assuraient la stabilité de l'appareil qui, d'après la description donnée par M. l'Ingénieur Vionnois, fonctionnait comme il suit :

Un traîneau de l m ,60 de long et 0",60 de large, arrondi à Pavant, lisse sur sa face inférieure et muni de traverses saillantes sur sa face supérieure, muni à l'avant d'un anneau d'attelage, était tiré par une ou deux paires de bœufs, amené au chantier et placé à côté de la pierre à transporter. La pierre y était chargée par un simple changement de position en la portant d'un lit sur l'autre. Elle était amenée au pied de la tour, puis déchargée sur le sable par le môme moyen. Par cette manœuvre, on évitait les mouvements dans le sens vertical, toujours dangereux dans les travaux. On fixait la pierre à l'extrémité du câble au moyen de herses (*), puis elle était élevée au sommet de la tour par une ou deux paires de bœufs attelés à l'extrémité du câble. Cette manœuvre ne durait que deux minutes pour 40 mètres de hauteur. Lorsque, n'ayant qu'une paire de bœufs, il fallait élever une pierre trop lourde, on se servait d'un cabestan. Le câble passait deux fois sur le treuil et les bœufs viraient au cabestan, mais cette manœuvre était longue. La pierre étant arrivée à une hauteur convenable, les bœufs étaient arrêtés à un signal

(*) Les herses sont d'excellents cordages de fatigue pour de petites longueurs ; on les fabrique comme il suit : après avoir planté invariablement, dans un madrier par exemple , deux clous a et 6 à une distance convenable, on noue au clou a un fil de caret puis on forme un .écheveau bien égal en s'appuyant alternativement sur chacun des clous. Lorsque l'écheveau est suffisamment fourni, on fait une première ligature près d'un clou, puis une autre à 0"\15 plus loin sans rompre le fil, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on soit arrivé a l'autre clou. On n'a plus alors qu'à détacher la herse de ses deux clous. L'usage de ces câbles imparfaits est bon dans la pratique ; lorsqu'ils sont usés, les fils se cassent successivement et avertissent de la nécessité de changer de cordage, tandis que les cables à torsion cassent trop souvent sans motifs apparents. Toutefois, on n'emploie guère aujourd'hui ces cordages imparfaits et nous ne les avons signalés qu'à titre de curiosité.

donné. Deux ouvriers pesaient alors sur les étais et amenaient là chèvre dans une position verticale. Par un mouvement de recul des bœufs,' la pierre était alors descendue sur des rouleaux préalablement préparés. Dans son mouvement ascensionnel, elle était maintenue à distance du mur de la tour par un manœuvre, au moyen d'un câble directeur fait avec un câble usé. La pierre était alors détachée et l'extrémité du oâble ramenée au pied de la tour par le môme manœuvre et avec le câble directeur.

Pour diriger la pose, un point de repère était indispensable, on Ta pris au centre de la tour. Primitivement tracé sur les fondations, il a été repéré après rétablissement des premières assises, par une coche et au moyen du fil à plomb, sur. une traverse *, c, fortement coincée. Pour le reporter à une assise quelconque, on plaçait sur le puits un croisillon soutenu par quatre pierres posées à sec sur le mur d'échiffre. Ce croisillon composé de deux traverses contre- fichées, était percé à son milieu et y était renforcé par une plaque en tôle. Il portait à ses extrémités quatre tiges en fer faisant support. Un plomb pesant plusieurs kilogrammes avait son fil passé au centre du croisillon. Ce fil était en cuivre et de plus de 40 mètres de longueur. En le raccourcissant, on amenait le plomb à environ 40 centimètres au-dessus du sol, et on l'y maintenait en faisant faire quelques tours au fil de cuivre autour d'un des bras du croisillon. On plongeait alors le plomb dans un seau d'eau, afin de le mettre à l'abri de l'influence du vent, qui, sans cela, ne l'aurait pas laissé en repos. Les choses en cet état, un ouvrier placé près de la coche de repère, examinait si le fil y passait d'aplomb. S'il n'en était pas ainsi, par les quatre commandements nord, sud, est, ouest, il indiquait les mouvements à faire effectuer au croisillon pour l'y ramener. Ces mouvements s'opéraient en chassant des coins entre les extrémités du croisillon et les pierres d'appui. L'aplomb obtenu, le centre du croisillon était au centre de la tour. On enlevait alors le seau, on déroulait le fil du bras du croisillon, on le laissait filer jusqu'à ce que le plomb reposât sur le sol, afin de ne pas le fatiguer. Enfin on dégageait le centre en plaçant le fil dans une petite coche latérale pratiquée dans la plaque de tôle du croisillon.

Le centre d'une assise établi, on exécutait d'abord le mur de la tour. La pierre, placée sur des rouleaux entre les pieds de la chèvre, était amenée à la place qu'elle devait occuper en la faisant rouler sur des madriers ; mise en place sur quatre cales en bois, elle était vérifiée au moyen du compas. Ce compas était formé de deux tringles en sapin, réunies entre elles à recouvrement. La tringle inférieure était traversée par un clou à l'une de ses extrémités. Sa longueur, mesurée du clou, était de l œ ,85, rayon intérieur du mur de la tour. La tringle supérieure avait l m ,25 de longueur utile. L'un de ses côtés était dégauchi dans la direction du clou. La largeur supérieure de l'assise étant rapportée sur le compas, on en plaçait la pointe au centre du croisillon. L'extrémité de la tringle inférieure traçait alors exactement la face intérieure de la tour et la dernière marque rapportait la face extérieure. Les joints étaient donnés par le côté dégauchi. La vérification terminée, la pierre

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était relevée puis remise en place après avoir été mouillée et avoir étendu un lit de mortier. Les quatre cales étaient alors enlevées et on la frappait à la masse de bois. Les joints étaient garnis à la fiche. Au moyen du compas, chaque pierre était vérifiée après sa pose. »

Précautions contre la foudre. — L'échafaudage de la tour du phare de Biarritz n'avait pas été mis à l'abri de la foudre. Cet oubli a failli être funeste aux travailleurs. L'édifice fut foudroyé pendant l'été de 1833 ; heureusement, les maçons étaient absents, un seul ouvrier fut blessé.

Dans les édifices de ce genre, il convient donc d'interrompre le travail pendant les orages et, mieux encore, d'installer au sommet un paratonnerre qui s'élève en même temps que la tour.

Échafaudage de la tour Salnt-Oermain-l* Auxerrote, à Paris. — Cet échafaudage est formé lui-même d'une tour pyramidale en charpente, de 25 m ,20 de hauteur, terminée au sommet par un carré de 7 mètres de côté et à la base par un carré de 8 m ,50 de côté, divisée en étages de 4 m ,20 de hauteur; cet échafaudage enveloppe la tour en maçonnerie qui occupe remplacement d'un carré de 6 mètres de côté. Les quatre faces de la charpente sont symétriques deux à deux; les deux faces, au sommet desquelles reposent les supports de l'appareil de levage, sont évidemment les plus robustes puisque les deux autres faces ne servent que de liaison aux premières. Celles-ci comprennent donc quatre montants en sapin de m ,25 d'équarrissage, équidistanls, reliés à chaque étage par des moïses deO m ,20 sur m ,10; sous ces moises, on en place d'autres semblables, perpendiculaires aux premières, c'est-àdire parallèles aux faces latérales de l'échafaudage.

Sur les premières moises, on pose les planchers mobiles nécessaires à chaque étage ainsi que des garde-corps en voliges jointives.

L'ensemble des montants et des moises est triangulé : 1° par une croix de Saint-André qui va de l'étage inférieur à l'avant- dernier et qui est formée de deux longues poutres de m ,20 d'équarissage ; 2° à chaque étage par des pièces inclinées ou jambes de force placées dans les angles supérieurs du trapèze qui correspond à l'espace compris entre deux planchers successifs.

Quant aux faces latérales de l'échafaudage, elles sont déjà dessinées par les moises horizontales reliant les deux faces principales; on complète la liaison par des croix de Saint-André et des jambes de force.

En somme, la force portante de l'échafaudage réside dans huit montants en sapin de m ,25 d'équarrisage ; ces montants sont libres sur 4 m ,20 de hauteur entre deux planchers, c'est-à-dire une hauteur égale à dix-sept fois leur équarrissage; ils ne peuvent donc porter sans se rompre qu'environ 200 kilogrammes par centimètre carré, et on peut les charger de 20 kilogrammes par centimètre carré avec le coefficient de sécurité— ; c'est une charge pratique de 12,500 kilogrammes par pieu, soit lu

100 tonnes en tout pour l'échafaudage, compris son propre poids.

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