CHAPITRE V
Certaines parties d'une construction, soumises à des efforts plus considérables, ou exposées à des influences physiques particulières, ou bien encore construites en matériaux tendres ou défectueux, se détériorent avant le reste; il est convenable, dans ce cas, de consolider ou de réparer ces parties mauvaises sans détruire la construction tout entière.
L'invention des ciments, qui atteignent une dureté souvent supérieure à celle de la pierre, a rendu relativement facile la restauration des anciens édifices.
Nous décrirons ici quelques procédés curieux de restauration, dont on pourra se servir dans des circonstances analogues.
Nous ferons remarquer tout d'abord que l'usage des ciments donne toute facilité pour la réparation des maçonneries en élévation; quand une pierre défectueuse est brisée ou rongée dans un mur, dans une voûte, on en enlève les débris, on nettoie et on lave l'excavation, puis on la bouche avec une pierre neuve convenablement taillée, posée à bain de mortier et entrant à frottement un peu dur. Si cette pierre tend à tomber, il faut la soutenir jusqu'à la prise du mortier ou la maintenir dans son alvéole au moyen de cales en bois, en pierre ou en fer; mais il est rare qu'on ait à recourir à cette précaution. Quand plusieurs pierres juxtaposées servent à fermer une môme brèche, on taille les pierres extrêmes en queue d'aronde afin de rendre la maçonnerie nouvelle solidaire de l'ancienne.
La consolidation des massifs de maçonnerie rongés et dégarnis à l'intérieur est plus difficile, surtout quand ces massifs sont immergés ; cependant on est parvenu à l'effectuer d'une manière très satisfaisante, grâce aux injections de ciment délayé à l'état de coulis.
Restauration du pont de Toura; Infections de mortier. — L'application première de cet ingénieux système a été faite en 1835, au pont de Tours, par M. l'ingénieur en chef Beaudemoulin.
En janvier 1835, on avait remarqué un affaissement notable du pavé de la chaussée au-dessus de quelques arches. Des sondages exécutés le long des enceintes des piles montrèrent que ce n'était point à des affonillements extérieurs qu'il fallait attribuer le tassement; on reconnut qu'il était le résultat de l'enfoncement des piles, et que celles-ci devaient présenter des vides sous les plates-formes des caissons. M. Beaudemoulin eut l'idée de combler ces vides par des injections de mortier hydraulique.
La première opération à exécuter était le forage de la pile par des trous verticaux, qui servirent d'abord à reconnaître l'état des fondations, et ensuite à injecter le mortier.
La tige de la sonde employée au forage des maçonneries est en fer carré, et on ajoute un contrepoids pour augmenter la masse; la sonde est soulevée par un levier à tiraudes; elle est suspendue à une corde qui s'enroule sur un treuil et qui s'allonge à volonté, et la suspension est disposée de manière à ce que la tige et, par suite, la mèche puissent tourner d'une petite quantité après chaque volée; cet appareil a donné de bons résultats ; on peut avancer d'environ œ ,50 par jour.
Outre les forages verticaux exécutés dans le corps de la pile, on en exécuta d'autres latéralement, à travers les enrochements et la plateforme en charpente qui recouvrait la tête des pilotis de fondation.
Ces forages latéraux avaient pour but : 1° de donner une issue à l'eau que venait remplacer le mortier qui descendait par les orifices centraux; 2° de servir, pour ainsi dire, de tuyaux d'aspiration au mortier qui , après avoir rempli le vide, refluait, remplissait les conduits et débordait à la surface des enrochements; 3° de servir à comprimer le mortier injecté lorsqu'à la fin de l'opération on bouchait tous les trous avec des pistons sur lesquels on exerçait une pression.
Pour injecter le mortier hydraulique un peu ferme, renfermant une partie de bonne chaux hydraulique et deux parties de sable, on faisait entrer à frottement dur, dans les trous du centre de la pile, des tubes en bois que terminait un entonnoir, et l'on forçait la pâte à descendre en appuyant dessus un piston de bois qui descendait dans les tuyaux.
Mais à peine avait-on employé un demi-mètre cube de mortier dans chaque trou, que les plus grands efforts de percussion n'arrivaient pas i faire descendre le piston, et les tuyaux en bois éclataient sous le choc du mouton. On reconnut, en débouchant les trous, que le mortier se décomposait sous le choc et se délavait en tombant dans le vide.
On résolut alors de substituer de la chaux pure au mortier. On l'employait aussitôt après l'extinction, à la consistance de bouillie claire et presque liquide. En outre, on remplaça le piston en bois, dont l'action était sans force au delà de 2 mètres, par un refouloir en fer creux, à clapet, qui agissait dans l'intérieur même de la plate-forme.
Ce refouloir était fixé à l'extrémité d'une barre de sonde pesant
180 kilogrammes et enfilant par son axe un moulon en bois ferré du poids de 150 kilogrammes. L'extrémité supérieure de cette barre était liée à un levier mis en mouvement, avec toute sa charge, par sept hommes, et donnant à chaque coup une chute de 0* 30 à m ,40, de manière que le piston ne sortit pas de l'épaisseur de la plate-forme. Les clapets du piston s'ouvrent de haut en bas, de sorte que la chaux à l'état de bouillie peut le traverser sans difficulté pendant qu'on le soulève. On continue ainsi jusqu'à ce que le piston ne s'enfonce plus du tout et jusqu'à ce que la chaux reflue par une des ouvertures latérales, ce qui n'arrive pas toujours,' parce que la chaux peut avoir le temps de faire prise au commencement de son ascension, et l'orifice se trouve bouché.
L'opération réussit bien, malgré toutes les objections qu'elle avait soulevées, et de nouveaux sondages montrèrent que la chaux injectée avait rempli jusqu'aux moindres vides qui se trouvaient sous la plateforme, et qu'elle avait durci sous la pression centrale, entre le gravier et le bois dont elle avait pris l'empreinte.
« Ce qu'il faudrait trouver pour arriver à la perfection du système, dit M. Beaudemoulin, c'est une matière grasse ne se combinant pas avec l'eau, fluide à froid, adhérant bien à la pierre même mouillée, ' susceptible de peu de retrait, et de nature à ne se solidifier qu'après être restée molle pendant plusieurs jours.
« Cette dernière propriété, qu'a la chaux, est très importante pour une injection à grand volume, en ce qu'elle permet de couler, comme d'un seul jet, par un petit nombre de tuyaux, et de faire agir la compression sur toute la masse.
« Les ciments de Pouilly et de Vassy se dissolvent moins facilement dans l'eau que la chaux, et sont très bons dans les injections qu'on peut achever en une heure ou deux. On -s'en est servi pour injecter les voussoirs rompus et les vides qui se trouvaient dans les reins d'une autre arche du pont de Tours. Mais ces matières prennent trop vite pour être utilisées dans les injections de grand volume, qui exigent quelquefois huit à dix jours de travail.
« Une précaution capitale à observer est de combiner les tuyaux de dégorgement avec ceux d'injection ; sans cela l'eau et les matières avariées résistent au refoulement ; le remplissage n'est alors ni exact, ni de bonne qualité.
« Une autre règle, c'est que la pesanteur est l'agent le plus puissant et le plus rapide des injections : elle agit sur la masse entière, tandis que le refoulement par percussion, qui est infiniment plus long, n'introduit que par faibles portions des matières inégalement solidifiées dans les tuyaux, et se désagrégeant quand elles débouchent dans les vides.
« Il est donc très important de donner aux tuyaux d'injection la plus grande hauteur possible. On introduit ainsi avec une grande promptitude toutes les matières que les vides peuvent contenir. Elles sont alors dans un état de mollesse qui permet à la percussion d'agir sur toute la masse. »
L'opération est aujourd'hui bien facilitée par les ciments à prise lente ou ciments portland. On en fait des coulis, en ayant soin de ne pas les mélanger de sable, car celui-ci se séparerait par suite de la différence des densités et on aurait un remplissage sans consistance. Le coulis de portland fait prise en quelques heures.
Injection bous une pression permanente. — Le défaut de la méthode suivie par M. Beaudemoulin, comme par ses prédécesseurs : M. Bérigny aux éduses de Dieppe en 1802, M. Brière de Mondétour à Técluse de Royaumont-sur-l'Oise en 1832, M. Marie à recluse de Saint- Simon sur le canal de la Somme en 1820, c'est d'opérer l'injection au moyen du choc.
Les cavités qu'il s'agit de remplir sont généralement tortueuses, de forme irrégulière, et les pressions ne s'y transmettent pas bien loin lorsqu'il s'agit surtout, non pas d'un liquide, mais d'une bouillie plus ou moins claire. D'autre part, pour que le mortier pénètre, il faut que l'eau sorte, et elle doit le faire par des conduits de petite section ; comme elle n'est point compressible et que les conduits ne peuvent lui livrer passage instantanément, la force employée au choc est perdue et ne sert qu'à dégrader les parois de la cavité.
De là résulte la nécessité de substituer au choc une pression continue : on réussirait certainement si l'on plaçait sur un corps de pompe rempli de mortier, un piston qui s'enfoncerait lentement par le moyen d'une presse à vis. Un appareil de ce genre s'établirait, à notre avis, avec facilité et économie.
Vers 1840, M. l'ingénieur Colin eut à réparer une crevasse considérable qui s'était produite sur le parement d'amont du barrage qui limite le réservoir de Grosbois (canal de Bourgogne). La crevasse était apparente sur 22 mètres de hauteur, elle suivait les joints des moellons et formait une ligne brisée de 45 mètres de développement ; certains moellons s'étaient même fendus ; on en enleva les morceaux et on les remplaça par des moellons neufs posés au mortier de ciment; puis on nettoya les joints ouverts, et on les remplit aussi profondément que possible avec du bon mortier hydraulique, en laissant de place en place de petits orifices destinés à recevoir les tuyaux d'injection ou à servir d'évent pour la sortie de l'air intérieur qu'il s'agissait de remplacer par du mortier.
On se servit d'abord d'une pompe dont le piston agissait par bonds successifs; le résultat fut négatif, ce qui n'a rien d'étonnant, si l'on réfléchit qu'une fente mince et contournée ne peut guère se prêter à la transmission des pressions. C'est alors que l'on eut recours à une pompe spéciale dont la tige du piston était en forme de crémaillère et dont le balancier agissait sur cette crémaillère par un doigt ou cliquet; à chaque coup de balancier, la tige du piston descendait donc d'un cran, et un second cliquet fixe l'empêchait de remonter par la sous-pression de la bouillie. — Celle-ci parvenait donc à pénétrer dans les crevasses d'une manière lente et sûre.
Le procédé réussit ; mais, nous le répétons, on se servirait plutôt
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aujourd'hui d'une presse à vis dont l'action serait beaucoup plus régulière. — Du reste, le ciment de Portland peut être employé à l'état de coulis assez liquide pour pénétrer de lui-même dans les cavités sous sa propre pression, pourvu que les tubes introducteurs aient deux ou trois mètres de hauteur.
À propos du travail que nous venons de citer, M. Colin émit les réflexions suivantes, qui nous semblent bonnes à rappeler ici :
« Les ouvrages hydrauliques sont exposés, de la part des eaux mortes ou courantes, à de fréquentes causes d'accident. Les édifices ordinaires, qui ne sont point soumis à l'action destructive des eaux, sont sujets, comme les édifices hydrauliques eux-mêmes, à d'autres perturbations : celles qui proviennent, soit des tremblements de terre, soit du tassement du sol qui les supporte, soit enfin du tassement ou du dérangement des parties de ces édifices, résultant d'un défaut de construction ou d'un équilibre mal calculé entre les forces conservatrices et les forces destructives de la stabilité.
« Ainsi, il n'est pas rare de rencontrer tel ou tel édifice dont une partie a subi un tassement par suite de la compression du sol qui le supporte ou du tassement de la matière qui le constitue, de la poussée d'une voûte, d'une charpente, ou par telle ou telle autre raison. Le résultat général de ces perturbations est une fracture ou lézarde, dont l'ouverture dépend de l'amplitude du mouvement qui s'est réalisé.
« On trouve fréquemment ces traces de perturbation dans les édifices de l'époque du moyen âge. Tous les vieux manoirs féodaux, toutes les anciennes murailles, les tours, les édifices civils ou militaires, sont sillonnés de lézardes plus ou moins apparentes, et qui ont concouru puissamment à leur destruction.
« Quand le tassement du sol s'est opéré sous le poids d'une construction neuve, le mouvement ne s'arrête pas nécessairement après l'achèvement. Souvent, et le plus souvent même, il continue jusqu'à ce qu'un nouvel équilibre soit rétabli ou que l'édifice s'écroule. Ces mouvements, d'ailleurs, ne se réalisent pas nécessairement aussitôt que la construction est achevée. Quelquefois, c'est pendant la construction, souvent immédiatement après l'achèvement, le plus souvent après un temps plus ou moins long.
« Les ruptures ou lézardes des massifs de maçonnerie contribuent donc à la destruction des édifices par les ébranlements dont elle^ sont les résultats, par la diminution d'adhérence des matériaux et de la solidité des parties de l'édifice dont elles sont aussi les conséquences. Ces lézardes une fois produites, doit-on les laisser subsister? doiton les fermer avec soin? Je vais essayer de démontrer, en deux mots, la nécessité presque générale de les fermer.
« Supposons qu'il s'agisse d'un édifice hydraulique, d'un pont, d'une écluse, d'un mur de quai, etc.; une lézarde y est formée, j'admets qu'elle ait atteint son dernier période et son maximum d'amplitude. Cette lézarde donne lieu à des voies d'eau ou simplement à des suintements, ou bien elle n'offre ni l'une ni l'autre de ces circonstances. Si elle donne lieu à des voies d'eau ou à des suintements, il est incontestable que cet
écoulement permanent ou périodique entraînera les mortiers, surtout s'ils ne sont pas hydrauliques, s'ils le sont légèrement, ou enfin si, étant ou devant être hydrauliques, la manipulation ou l'emploi en avait été vicieux. Le premier résultat de cet écoulement sera donc une augmentation du mal qui ira incessamment en s'aggravant. Le second résultat sera tout aussi fâcheux. Aux époques des gelées, les eaux de filtra tion, se cristallisant dans cette lézarde, tendront à l'agrandir par l'expansion de la glace, qui engendre une force à laquelle, comme on le sait, il est difficile de résister efficacement. Ainsi, dans le premier cas, destruction et entraînement des mortiers et dislocation simultanée des parois de la lézarde par l'action de la gelée, et dans le second cas, réalisation de celte dernière circonstance : telles sont les conséquences générales auxquelles on est irrésistiblement amené.
« Supposons qu'il s'agisse d'un édifice civil, public ou particulier; l'existence d'une lézarde donnera rarement lieu à des voies d'eau proprement dites, dont les effets soient bien redoutables; mais les eaux pluviales s'écoulent dans les lézardes, s'y congèlent, les plantes croissent dans ces fractures et causent un inconvénient analogue à celui de la gelée, quoique cependant moins énergique.
« Enfin, les lézardes et fractures détruisent la solidarité des parties de l'édifice en reportant sur quelques-unes de ces parties seulement les charges et pressions qui étaient primitivement destinées à agir contre l'ensemble de l'ouvrage ; sous ce dernier rapport, il serait encore nécessaire de les faire disparaître autrement qu'en masquant l'orifice par un replâtrage, comme cela se pratique habituellement.
« Si on a soin de bien nettoyer l'intérieur des lézardes par des injections préalables d'eau claire et de se servir, selon les cas, de mastics énergiques à l'état liquide, de coulis de ciments calcaires ou simplement de chaux hydrauliques, dans lesquels on pourrait au besoin, et si l'ouverture des lézardes le permettait, mélanger quelques sables fins, on restituera à l'édifice sa forme et sa destination primitive, et on rétablira l'adhérence entre les deux parois des fractures en reconstituant ainsi plus ou moins complètement la solidarité des diverses parties de l'ouvrage que des accidents auraient détruite.
« Toutefois, cette opération, comme on le comprend aisément, ne devra être pratiquée que lorsque la lézarde aura acquis un état définitivement normal et qu'il n'y aura plus à craindre d'accroissement dans son ouverture et ses dimensions. »
À l'injection de mortier, on a quelquefois substitué l'injection de terre glaise. M. l'ingénieur Plocq a employé ce système à l'écluse de l'arrière-port à Dunkerque, écluse dont la fondation du radier était criblée de vides considérables. On creusa le radier aux deux bouts, et les trous furent remplis par des massifs de béton formant des batardeaux étanches ; le sous-radier était donc transformé en une sorte de tube de section irrégulière, fermé aux deux bouts ; on pratiqua alors dans l'épaisseur du radier une série de trous de O m ,iâ de diamètre, par lesquels on fit des injections de terre glaise, dont il entra au moins 200 mètres cubes. On alla même jusqu'à percer le long des bajoyers des
trous d'injection inclinés à 45 degrés, parce que Ton craignait que les trous verticaux du radier ne fussent pas suffisants pour envoyer la matière jusqu'au-dessous de la partie la plus reculée des bajoyers. L'écluse ainsi réparée a parfaitement fonctionné sans aucune trace de flltrations. Aux vieux ponts de Nantes, M. l'ingénieur Lechalas a rempli le vide de la maçonnerie sous les caissons foncés des piles en injectant par tubes de 4 mètres de hauteur un coulis composé de 42 litres d'eau pour 75 kilogrammes de portland et 25 de ciment Vassy.
Radier de l'écluse Notre Dame, au Havre; injection de coulis de ciment ; reprise en sous-œuvre d'un bajoyer.
— La vieille écluse Notre-Dame, reconstruite au commencement du siècle, avait perdu peu à peu la chaux de ses mortiers : aussi le radier était-il traversé, vers 1880, par des sources nombreuses qui jaillissaient dans le sas et soulevaient les pierres. On chercha à boucher les vides . de la maçonnerie par des injections de ciment de portland pur, gâché mou ; en employant un mélange de ciment et de sable, on risque de voir les deux matières se séparer par la différence des densités.
Le radier, en forme de voûte renversée, était formé de voussoirs reposant sur des assises de libages posés eux-mêmes sur un plancher en hêtre de œ ,15 d'épaisseur (PI. LVII). Avec la barre à mine, on fora suivant les lignes de joints transversales du radier des trous espacés de m ,60 à m ,70 ; c'était aussi l'intervalle entre chaque ligne et les trous d'une ligne à l'autre étaient disposés en quinconce; ils avaient m ,08 de diamètre.
Il fallait d'abord nettoyer les joints qui, par suite du chômage de l'écluse, s'étaient remplis de vase et conservaient des débris de mortiers; à cet effet, on plaçait sur un trou le tuyau de refoulement d'une petite pompe aspirante et foulante et on voyait sortir par les trous voisins une eau d'abord vaseuse et sableuse qui finissait par s'éclaircir.
Dès qu'un trou était terminé, on scellait à son sommet avec du ciment à prise rapide un tube en zinc de m ,30 de longueur, faisant saillie de m ,10 sur le radier et on le fermait avec un tampon en bois de sapin.
C'est sur cette amorce que plus tard on venait placer le tube d'injection de 4 mètres de hauteur, terminé par un entonnoir de 0°\30 de diamètre ; le coulis de ciment était préparé sur place et employé immédiatement.
Le tube étant rempli, on le frappait latéralement à petits coups, on agitait à l'intérieur une tige de fer et on laissait le tassement et la pénétration se produire ; l'injection se faisait par une série de six trous à la fois. On n'opérait qu'en morte eau afin de réduire à m ,90 la souspression de l'eau s'inflltrant dans le radier.
Chaque trou a absorbé en moyenne 60 kilogrammes de ciment ; le maximum a été de 400 kilogrammes.
Le coulis était fabriqué avec i litre d'eau de mer pour l m ,4 de ciment dont la densité était de 1,375 kilogrammes le mètre cube.
Il est entré 84 litres de ciment par mètre carré du radier, ce qui laisse supposer que la maçonnerie a été complètement reconstituée.
Le percement des trous à la barre à mine a coûté 10 francs le mètre courant; chaque lavage de trou a coûté 2 francs et chaque tube d'injection avec son entonnoir 15 francs.
Après cette réparation du radier, qui est revenue à 120 francs le mètre carré, on a supprimé la retraite en maçonnerie que Ton voit au pied du bajoyer gauche ; la maçonnerie en était complètement disloquée. On la démolit par tranches de 2 à 3 mètres en étayant la partie correspondante du bajoyer à conserver, et on fit en sous-œuvre une bonne maçonnerie avec mortier de portland descendue jusqu'à la plate-forme de fondation en bois. Le parement du bajoyer fut raccordé avec l'ancien radier par une courbe formée de trois anueaux en briques de choix. Le mortier employé comprenait 700 kilogrammes de portland par mètre de sable, afin de tenir compte des délavages produits par les eaux qui, pendant l'opération, traversaient les bajoyers.
Le procédé des injections de ciment a été couronné de succès dans le travail que nous venons de décrire et qui a été exécuté par M. Renout, conducteur principal.
Injection de coulis de ciment dans une voûte de souterrain. — A Longwy, des voûtes de casemates laissaient passer l'eau et accusaient à la percussion des vides intérieurs ; il eût été très coûteux de les découvrir et on se décida à y introduire des coulis de ciment par l'intrados. Des ouvertures carrées de m ,12 à œ ,15 de côté furent pratiquées en regard des vides reconnus ; de plus, on évida les joints des maçonneries.
Par ces ouvertures on injecta du mortier de ciment très fin et un peu clair, au moyen d'une grosse seringue terminée par un canal étroit On parvint ainsi à introduire 2 à 8 seaux de mortier par chaque orifice, puis on boucha les cavités avec du béton et on n fit les joints en mortier de ciment de Vassy.
Depuis lors, les souterrains sont demeurés bien secs.
Injections dans un radier d'écluse & Calais. — L'écluse du bassin à flot de Calais, établie vers 1840 sur un mas>if général de béton de chaux et pouzzolane du pays, était en 1864 -traversée dans son radier par des infiltrations considérables; on y remarquait des sources et des bouillonnements qui allaient jusqu'à soulever les dalles du radier.
Évidemment, le mortier employé à l'origine s'était détérioré et avait en grande partie perdu de sa consistance; les réparations locales, effectuées avec du portland à l'emplacement des sources, n'eurent pour effet que de déplacer le mal; les eaux se frayèrent un passage ailleurs ; c'est ce qui arrive presque toujours en pareil cas. On fut forcé de reprendre le radier à l'abri de bâtardeaux et de substituer à tout le revêlement, et à une partie de la fondaiion, de la maçonnerie et du béton de portland exécutés à l'abri de b&larrieatix.
Les sources qu'on rencontrait dans la fouille, dit M. l'ingénieur Âron, furent renfermées dans des cheminées verticales en planches ou en maçonnerie de briques et étouffées, quand le béton environnant fut
arrivé à un degré de dureté suffisant, au moyen de ciment à prise rapide. On employa aussi des tubes en zinc pour recevoir les sources.
11 ne faut pas oublier qu'on ne saurait étouffer une source en cherchant à l'aveugler avec du mortier ou avec du ciment même à prise rapide; elle se fait vite un nouveau trou dans la masse; ilfautluiménager une cheminée dans laquelle elle s'élève jusqu'à son niveau hydrostatique, on bétonne au pied de cette cheminée et c'est lorsque le béton est dur que l'on peut cherchera fermer l'orifice de la source avec du ciment coulé dans le tube. Dans certains cas on est même forcé de pomper dans le tube pour conserver le débit de la source et empêcher le délavage du béton posé au pied de la cheminée; c'est ce qu'on dut faire pour plusieurs sources du radier de l'écluse de Calais.
Les parties profondes de ce radier reçurent des injections de portland qui pénétraient par des trous percés à la barre à mine et tubes avec des tubes en fonte de m ,90 et i œ ,80 de longueur; quand ces tubes étaient entourés de béton frais, on pompait à l'intérieur pendant cinq à six jours jusqu'à la prise du béton environnant.
M. l'ingénieur Aron insiste sur ce point qu'il faut employer le ciment pur et non le mortier de sable et ciment.
Dans certains cas, après avoir recueilli une source dans un tube, autour duquel on établissait un massif de bon béton de portland, ou s'est contenté, après la prise de ce béton, d'aveugler la source au pied du tube avec un tampon de bois ou de liège enfoncé avec pression. C'est l'opération qu'on a appelée mise de la source en bouteilles; elle n'est évidemment applicable qu'aux sources qui ont un orifice bien net, dans un massif de rochers ou de maçonnerie bien dure.
Reprise en sous-œuvre des piles du vieux pont de Malxeville sur lu Meurthe. — Le pont de Malzeville sur la Meurthe, à Nancy, avait été construit en 1500 et ses piles reposaient sur des enrochements insuffisants ou sur des pilotis trop courts ; elles se trouvaient en certains points suspendues et, cependant, il fallait abaisser le radier qui se trouvait trop élevé pour le bon écoulement des eaux.
M. l'ingénieur Picard exécuta le rempiétement des piles de la manière suivante, planche LVIl :
« Le massif de la pile n° 2, dit-il, reposait sur un grand nombre de pieux inégalement espacés; le gravier qui remplissait primitivement les intervalles compris enire ces pilotis avait été affouillé et remplacé en partie par du sable fin, par de la vase et par des enrochements qu'on y avait coulés; la maçonnerie était, sur beaucoup de points, complètement en l'air. Les avant et arrière- becs étaient à peu près sans fondation; ils étaient protégés par un bourrelet de béton.
On a commencé par dégager la pile sur une largeur de 2 œ ,50 à 3 mètres et une profondeur de 2 mètres, de manière à atteindre le gravier compact, en ayant soin défaire immédiatement ce déblai sur tout le pourtour de la pile, afin d'éviter les venues d'eau qui se seraient pro-
duitcs, sans cette précaution, en arrière des maçonneries de rempiétage. ».
La fouille était protégée par de petits bourrelets et on épuisait à l'intérieur avec une pompe rotative de m ,135 de diamètre, mue par une locomobile de 6 chevaux.
La fouille de pourtour achevée, on a enlevé les alluvions amassées entre les pieux sous la pile, sur une profondeur de 4", 10 à 4 m ,50, en opérant par brèches de 1 mètre à l m ,50 de longueur au maximum, et en arrachant ou recepant les pieux qui n'avaient plus de résistance ou qui étaient trop rapprochés pour permettre l'exécution de la maçonnerie de rempiétage.
Aussitôt une brèche terminée, on la remplissait avec de la bonne maçonnerie à mortier de chaux hydraulique additionné de portland ; les rangs inférieurs étaient en libages et les autres en moellons; les rangs supérieurs étaient fortement serrés contre la maçonnerie ancienne au moyen de coins en chêne chassés au refus.
L'ouverture et la fermeture de chaque brèche étaient terminées en un jour; on faisait en même temps l'amorce du nouveau radier sur 1 mètre de largeur.
La reprise en sous-œuvre terminée, on a recouvert d'un enduit en ciment de Yassy le massif nouveau dont les pierres offraient un parement irrégulier.
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