TRACE ET IMPLANTATION DES OUVRAGES
Avant de dresser le projet d'un ouvrage, on a dû se livrer à un relevé exact des lieux où on doit l'implanter. On possède donc le plan et le relief du terrain, et dans les dessins d'exécution, la position de l'ouvrage par rapport à ce plan et à ce relief est exactement déterminée au moyen de cotes se rapportant aux lignes principales de la construction ; les lignes secondaires sont déterminées non plus par rapport au terrain directement, mais par rapport aux lignes principales. Ainsi, l'axe d'un pont est déterminé par son inclinaison sur deux lignes fixes que l'on considère comme les rives théoriques du cours d'eau : £axe une fois connu, on en déduit l'emplacement des piles, de la chaussée, des parapets; le socle d'une maison est déterminé par la hauteur de son arête supérieure au-dessus d'un point fixe du sol, et ce socle une fois posé, on en déduit la position relative des divers étages; la naissance et le sommet d'une voûte sont repérés par leur distance au-dessus de l'étiage d'un fleuve, etc.
L'opération qui consiste à rapporter du dessin sur le terrain des lignes principales déterminées comme nous venons de le voir, constitue ce qu'on appelle le tracé ou l'implantation de l'ouvrage.
Cette opération s'effectue, dans chaque cas, avec les instruments plus ou moins compliqués dont on se sert pour le nivellement et les levers de plans; en architecture ordinaire, le niveau d'eau, Téquerre d'arpenteur et la chaîne ou le ruban d'acier suffisent en général; dans les grands travaux, il faut avoir recours aux instruments à lunette, qui donnent plus de précision et permettent d'opérer sur de plus grandes longueurs.
Les axes et lignes principales étant déterminés, il faut les fixer <fune manière définitive qui permette à chaque instant de les retrouver;
Fig. HO.
ainsi, pour Taxe d'un pont, on bat sur chaque rive, dans un plan sensiblement normal à Taxe, deux pieux que Ton réunit par des moises; entre les moises, on place une tige rigide en fer que Ton fixe solidement lorsqu'elle est bien verticale et bien dans Taxe {fig. 110). Lorsque Taxe à repérer est d'une grande longueur, on peut établir un massif solide de maçonnerie qui supporte une sorte de lunette méridienne à longue portée, laquelle tourne autour de tourillons horizontaux, et son axe optique parcourt un plan vertical dans lequel se trouve Taxe de l'ouvrage; un simple coup d'œil permet, à chaque instant, de reconnaître si Ton suit bien exactement la direction voulue.
C'est ainsi qu'au mont Cenis on vérifiait Taxe du tunnel: à Bardonnèche, à la sortie du tunnel, était placée, sous un pavillon, une lunette méridienne, immuable de position et mobile dans le plan vertical qui contient Taxe du tunnel; la trace de ce plan sur la montagne était indiquée par une série de repères qui servaient à vérifier l'immobilité de la lunette. Au fond du souterrain, à quelques kilomètres de l'ouverture, on cessait le travail de temps en temps, afin de laisser la fumée se dissiper, puis on allumait à l'avancement une forte lumière (un fil de magnésium, par exemple), qui, placée dans l'axe optique de la lunette, donnait un point de Taxe du tunnel ; on pouvait, de la sorte, rectifier la direction.
Dans les travaux ordinaires, c'est par de simples piquets en fer ou en bois que Ton indique les lignes de l'ouvrage.
Lorsqu'il faut tracer une ligne en rivière, par exemple l'axe d'une pile de pont, on la détermine en tendant, suivant l'axo longitudinal du pont, un fil de fer que des contrepoids empêchent de prendre une flèche trop forte (nous avons vu en mécanique que la flèche n'est jamais nulle, quelle que soit la tension), et sur ce fil on mesure les distances; que le pont soit droit ou biais, on peut tracer alors assez exactement l'axe de la pile; on le repère au moyen de deux balises en fer, fixées chacune au centre de trois pieux moises; lorsqu'ensuite les échafaudages et ponts de service sont établis, on reprend la mesure des distances très exactement, avec des règles bien graduées, et on rectifie les positions.
Le directeur de travaux doit procéder lui-même à l'inspeclion des règles dont on se sert; il est bon d'établir, sur un grand chantier, une règle-étalon fixée, par exemple, dans un mur.
Lorsqu'on a souvent à chercher ou à vérifier une dimension constante, on ne se sert plus de règles graduées, mais de règles coupées d'avance à la longueur voulue et sur lesquelles on inscrit l'objet de leur destination.
Lorsqu'on a à mesurer des hauteurs verticales, on se sert de règles et de fil à plomb, ou bien de mires et de niveaux; il est indispensable d'établir un repère fixe, une borne, par exemple» par rapport auquel on
connaît l'altitude de tous les points à déterminer. Pour les travaux de rivière, les échelles dont le zéro est à l'étiage sont aussi fort utiles, car c'est toujours par rapport à l'étiage que Ton repère les diverses lignes.
En terminant, nous dirons comment les maçons procèdent pour élever un mur, que le paiement soit vertical ou qu'il présente un fruit. On établit d'abord les fondations; pour cela, on réunit par un cordeau les piquets qui en indiquent les limites,. et on descend la fouille à l'aplomb de ces cordeaux; on exécute le massif de fondations, puis on dresse à l'extrémité de chaque mur et au milieu de son épaisseur une perche bien droite, que l'on rend verticale; à une certaine hauteur, on cloue sur cette perche une planchette horizontale, de sorte que l'ensemble forme une croix; sur chaque bras de la croix on prend, à partir de Taxe de la perche, une distance égale à la moitié du mur, et on en marque l'extrémité par un clou ou par une entaille. Si Ton réunit par des cordeaux les entailles correspondantes des deux croix élevées aux extrémités d'un mur, on a deux lignes horizontales qui sont situées dans le plan vertical du parement de ce mur, et par un fil à plomb on peut, à chaque instant, trouver une verticale de ce parement.
En réalité, on augmente l'épaisseur du mur de 1 centimètre de chaque côté, et l'aplomb des cordeaux se trouve passer à 1 centimètre en avant du parement; le maçon sait qu'il doit observer cette distance et il ne se trouve pas gêné dans son travail.
Chaque maçon qui commence un mur établit deux cordeaux à l'aplomb du cordeau fixe représentant le parement; le cordeau inférieur est à m ,25 au-dessus des pieds du maçon et l'autre à i m ,25 plus haut; quand l'intervalle est rempli, on établit de nouveaux cordeaux en changeant Téchafaud.
Lorsque le mur a un fruit, on sait, pour chaque hauteur, à quelle distance du cordeau doit se trouver le parement.
Pour tous les murs en général, il est d'une bonne pratique d'observer un fruit de 2 à 3 millimètres par mètre ; pour les maçonneries en plâtre, c'est une précaution indispensable quand on veut éviter le surplomb.
Le tracé d'un ouvrage ne doit jamais être confié qu'à un employé d'une exactitude scrupuleuse; on comprend sans peine combien d'inconvénients et de désagréments une erreur, dans une pareille opération, peut entraîner avec elle.