Les fers et fontes seront évalués au poids
On comprend, d'après ces quelques exemples, ce qu'il y a à faire dans chaque cas, et quelles sont les conditions de métré à introduire dans le devis.
Attachements. — « Dans la langue des ponts et chaussées, l'attachement est un acte journellement employé pour constater les travaux faits pour le compte de l'administration. On l'appelle ainsi probablement parce que son caractère essentiel est de lier deux intérêts réciproques, celui de l'entrepreneur qui a exécuté les travaux, et celui de l'Etat, qui dès lors en doit le prix. Quoi qu'il en soit, lorsque l'attachement a été régulièrement formulé par le conducteur d'un chantier, et ensuite reconnu exact par l'entrepreneur, il devient un acte synal.lagmatique, dont l'importance est facile à concevoir, puisqu'il fixe des droits respectifs. L'administration ne saurait donc mettre trop de soin à ce que ces sortes d'actes soient faits dans les meilleures conditions possibles de célérité, de précision, d'authenticité, d'exactitude et même d'uniformité.
« II sera très utile, sans doute, d'exiger que les conducteurs dressent, dorénavant, ces actes avec la plus grande ponctualité; qu'ils les inscrivent, non plus sur des feuilles volantes, mais sur des carnets portatifs; que les faits inscrits sur ces carnets soient liés entre eux par l'enchaînement des dates ; enfin, qu'on imprime un caractère obligatoire à la tenue de ces carnets, et un type uniforme à leur rédaction.
« Dès qu'une livraison a été reçue par un agent public, dès qu'une portion de travail, dont le prix se mesure sur une quantité, est accomplie pour le compte de l'Etat, il y a dépense faite ; quand même le payement ne serait pas effectué, il y a créance ouverte à des tiers contre le Trésor.
« Une comptabilité administrative n'est fidèle qu'autant qu'elle cons-
tate tous les faits à mesure qu'ils se réalisent ; elle n'est rassurante qu'autant qu'elle inscrit ces faits sur un registre authentique, et sans possibilité ultérieure d'y être changés; enfin, elle n'est irrécusable qu'autant que chacun des faits enregistrés dans ses descriptions quotidiennes peut être justifié par des pièces probantes, »
Ces quelques lignes, extraites du rapport du 10 août 1849, présenté par la commission de comptabilité des travaux publics, font bien comprendre toute l'importance du carnet d'attachements; c'est surtout grâce à lui que la comptabilité des ponts et chaussées est inattaquable au point de vue de l'exactitude et de l'honnêteté.
Mais, si l'invention du carnet d'attachements a rendu de grands services à l'administration des travaux publics, n'est-il point facile de l'appliquer aux travaux privés? Que de procès, que de difficultés n'éviteraiton pas si, dans toute entreprise, le propriétaire avait soin de constater chaque jour les fournitures et le travail faits, en les enregistrant contradictoirement avec l'entrepreneur 1
Le cahier des clauses et conditions générales de 1866 s'exprime comme il suit sur la tenue des attachements :
« Les attachements sont pris au fur et à mesure de l'avancement des travaux, par l'agent chargé de leur surveillance, en présence de l'entrepreneur et contradictoirement avec lui; celui-ci doit les signer au moment de la présentation qui lui en est faite.
a Lorsque l'entrepreneur refuse de signer ces attachements, ou ne les signe qu'avec réserve, il lui est accordé un délai de dix jours, à dater de la présentation des pièces, pour formuler, par écrit, ses observations. Passé ce délai, les attachements sont censés acceptés par lui, comme s'ils étaient signés sans réserve. Dans ce cas, il est dressé procès-verbal de la présentation et des circonstances qui l'ont accompagnée. Ce procèsverbal est annexé aux pièces non acceptées.
<( Les résultats des attachements inscrits sur les carnets ne sont portés en compte qu'autant qu'ils ont été admis par les ingénieurs. »
Surveillance. — La surveillance des travaux doit s'exercer de deux côtés : 1° par l'administration ou le propriétaire que représente un architecte;" 2° par l'entrepreneur.
L'administration doit, en effet, veiller à ce que les travaux soient exécutés conformément au devis, et l'entrepreneur a besoin, lui aussi, d'exercer un contrôle incessant sur les ouvriers et sur les matières qu'ils mettent en œuvre.
La surveillance de l'administration s'exerce sous la haute direction de l'ingénieur qui a rédigé le projet et qui règle les dépenses, par des conducteurs et par des piqueurs ou agents secondaires.
L'ingénieur ou l'architecte doit faire sur les chantiers de fréquentes apparitions; il doit se rendre compte par lui-même de la qualité des matériaux et de la bonne ou mauvaise exécution. S'il ne le faisait pas, il pourrait arriver que la surveillance des conducteurs eux-mêmes se relâchât et que les travaux ne fussent point exécutés avec la perfection désirable.
Les conducteurs sont constamment sur le chantier; ils procèdent au tracé des ouvrages, font les métrés, tiennent les attachements et exercent sur toute la partie matérielle de l'entreprise un contrôle de tous les instants.
Ces fonctions exigent de l'exactitude, de l'activité, de la finesse et surtout une grande expérience pratique, qui trouve à chaque moment l'occasion de s'exercer.
Les piqueurs ou agents secondaires surveillent des travaux peu considérables et tiennent les attachements; souvent on les charge de la surveillance d'une portion d'un grand travail, d'un atelier de bétonage ou de charpente, etc.
L'entrepreneur exerce sa surveillance par une série parallèle d'employés : contremaîtres ou conducteurs de travaux, appareilleurs, chefs ouvriers. Les contremaîtres doivent avoir un pouvoir de l'entrepreneur pour signer valablement les attachements; ils font exécuter les ordres transmis par le conducteur, en se demandant d'abord si ces ordres sont conformes au devis. Les appareilleurs sont chargés du tracé des épures et des panneaux destinés à l'exécution des pièces de bois ou des pierres de taille ; ils choisissent eux-mêmes la pierre sur les carrières et président à la pose. L'attribution des chefs ouvriers se comprend d'ellemême ; ils sont en général chargés de recueillir et de faire rentrer au magasin tous les outils appartenant à l'entrepreneur.
Il importe que les fonctions de chacun soient bien définies, afin d'obtenir une responsabilité effective et sérieuse. Le rôle du chef consiste à tenir ses auxiliaires constamment en haleine, à leur faire comprendre nettement leurs obligations respectives et à s'assurer sans cesse qu'ils les accomplissent.