A RENÉ DE BEAUNE, A M. DE PIENNES
A mes très honnorez et doubtez seigneurs, messieurs, maistres Christofie de Camionne, president en la court de parlement du Roy, nostre sire, a Paris, et François de Luynes, conseiller en ladite court, commissaires en ceste partie, Jacques Tuffier, huissier, sergent ordinaire de l’ostel du Roy, nostre seigneur et le vostre, honneur, service et reverence, avec deue et humble obéissance.
Mesdits seigneurs, plaise vous savoir que, ce jour d’uy, xxvue jour d’octobre mil cinq cens et cinq, estant en ceste ville de Bloys, me suis, par vostre commandement et ordonnance, transporté par devers et a la personne de bonnorable homme et sage maistre Gilles Le Rouge, lequel je trouvé en l’ostel et logis de très reverend pere en Dieu, monseigneur l’evesque de Nantes, estant dedans la court du chasteau dudit Bloys, auquel, en parlant a sadite personne, ainsi qu’il descendoit du degré dudit logis, lui signifié et feiz savoir, par vostredit commandement et ordonnance, qu’il fust et se comparust par devant vous, Mesdits seigneurs, a vostredit logis, estant en cestedite ville de Bloys, a heure de deux heures apres midi, pour venir veoir ouvrir aucuns articles et jurer certains tesmoings, a la requeste de hault et puissant seigneur messire Pierre de Rohan, chevalier de l’ordre, mareschal de. France, en la matière pendant entre monseigneur le procureur general
du Roy, nostredit, seigneur, en sa court de parlement a Thoulouze, d’une part, et ledit monseigneur le mareschal, de l’autre.
Lequel Le Rouge me fist responce que, au regard de lui., il n’avoit aucune charge, procuracion, ne puissance, ne substitucion de mondit seigneurie procureur general de Thoulouze, pour assister, procéder, ne voir procéder en ceste matière; mais que très voulentiers iroit par devers vous, Mesdits seigneurs, pour savoir la cause pourquoy vous lui avez fait signifier qu’il veulsist voir ouvrir lesdits. articles et jurer lesdits tesmoings, et n’avoit intencion y aller pour autre cause : et pour ce que, a heure de deux heures apres midi, qui estoit l’assignacion que lui avoit baillée pour comparoir par devant vous, Mesdits seigneurs, il, ne autre pour lui, ne se comparust, me fut par vous commandé et ordonné l’appeller devant la porte de vostre logis : ce que je feiz, ainsi qu’il est acoustume faire en tel cas: et pour ce que, apres ce que l’euz appellé, il ne se comparut, ne autre pour lui, me fut de rechief par vous commandé et ordonné me transporter par devers et a la personne dudit Le Rouge, lui dire et signifier qu’il vensist a vostredit logis, et la vous lui diriez la cause pourquoy vous lui aviez fait signifier ce que dessus est dit, et que lui monstreriez certains exploix de maistre Yves Brinon, disant avoir charge de mondit seigneur le procureur general a Thoulouze.
Et, tout incontinent, me transporté par devers et a la personne dudit Le Rouge, auquel je signifié de rechief tout ce que dessus est dit: lequel me fespondit qu’il avoit esté par devers vous, Mesdits seigneurs, au logis de monseigneur le chancellier et auprès d’icelui, et vous avoir dit qu'il n’avoit aucune charge de mondit seigneur le procureur general du Roy a Thoulouze, mais que sur le soir il vous iroit veoir en votredit logis.
Et , ce mesmes jour, me transporté , par vostredit commandement et ordonnance, par devers et a la personne de très reverend pere en Dieu, monseigneur l’evesque du Puy, estant en cestedite ville de Bloys; auquel, eu parlant a sadite personne, par vertu de certaines lettres royaulx de commission a vous adressées, et par commandement
PROCÉDURE AU PARLEMENT DE TOULOUSE. — II. 461 par vous a moi fait de bouche, baillé assignation a estre et comparoir par devant vous, Mesdits seigneurs, a vostredit iogis, a ladite heure de deux heures apres midi, pour porter tesmoignage de vérité.
Lequel monseigneur du Puy me fist response que possible ne lui estoit soy trouver a ladite heure, tant parcequ’i lui convenoit aller chez la Royne et se trouver au lever de table de ladite dame, que parce qu’il estoit mal disposé de sa personne. Et, parce qu’il ne comparut a ladite assignacion, ne autre pour lui, me fut par vous de rechief commandé et ordonné que retornasse par devers lui signifier et dire que, quant il se trouverait bien de soy, qu’il vensist par devers vous en vostredit logis. Ce que feiz, et fist response mondit seigneur du Puy que ne lui estoit point amendé, et que possible ne lui serait aller par devers vous pour heure présente, mais que, si vostre plaisir estoit vous trouver le lendemain a heure de huit heures de matin en l’eglise monseigneur Saint Jaques, estans près son logeis, ou aux Cordeliiers de cestedite ville de Bloys, que très voulentiers se y trouveroit et assisterait par devant vous, Mesdits seigneurs, en quelque chambre près d’illec.
Et le xxixe jour dudit mois ensuivant, me suis de rechief, par vostre ordonnance et commandement, transporté par devers et a la personne dudit Le Rouge, auquel, en parlant a sadite personne, signifié de par vous, Mesdits seigneurs, que les gens de mondit seigneur le mareschal s’estoient tirez par devers vous et vous avoient pressez de besoigner a vostre commission, et que, pour ce faire, vous avoient fait plusieurs requestes, mais que ne leur aviez voulu donner aucune response jusques a ce que le lui eussiez fait signifier, et que, pour ce faire, m’aviez commandé et ordonné lui bailler assignacion au lendemain ensuivant, heure de midi, attendant une heure apres, pour venir oyr ce que les gens de mondit seigneur ie mareschal vouldroient dire.
Lequel Le Rouge me fist response comme auparavant : c’est assavoir qu’il avoit tousjours dit, et encores disoit qu’il n’avoit aucune charge, puissance, procuracion, ne substitucion de mondit seigneur le procureur general du Roy, nostredit sire, a Jhoulouze, en ceste matieie.
Et, ce fait, lui demandé s’il savoit point que maistre René de Beaune fust en cestedite ville : lequel me fist response qu’il n’en savoit riens.
Pareillement, me transporté ledit jour, par vostredit commandement et ordonnance, au logis de monseigneur le general de Beaune, estant en cestedite ville de Blois, pour savoir si ledit maistre René y estoit point. Auquel logis me fut dit par les serviteurs et servantes de leans qu’il s’en estoit party le jour de devant dudit logis, et pensoient qu’il fust a Tours avec mondit seigneur le general.
Et pour ce que, le lendemain ensuivant, qui fut le xxxc et penultime jour dudit mois d’octobre, heure de midi, attendant une heure apres, qui estoit ladite assignacion que avoie baillée audit Le Rouge, par vostredit commandement et ordonnance, a estre et comparoir par devant vous, Mesdits seigneurs, pour venir oyr ce que les gens de mondit seigneur le mareschal vouldroient dire, et que vous euz fait rapport de la response que m’avoit faicte ledit Le Rouge, il n’estoit aucunement comparu, ne autre pour lui, fut de rechiefpar vous commandé et ordonné l’appeller a la porte de vostredit logis, ensemble mesdits seigneurs le procureur general du Roy, nostredit seigneur, a Thoulouze, maistre Yves Brinon et autres: laquelle chose feiz par vostre commandement et ordonnance, et ce par trois foiz en la présence de vostre grefier et autres; mais, ce neanmoins, aucun ne se y comparut; par quoy me fut par vous de rechief commandé et ordonné me transporter, ce mesme jour, par devers ledit Le Rouge, lui signifier que les gens de mondit seigneur le mareschal vous avoient requis que, attendu qu’ilz ne se estoient aucunement comparuz, vostre plaisir fust leur donner default, ce que aviez fait, et appoincté que procéderiez au fait de vostredite commission, ainsi qu’il appartiendroit, et verriez estre a faire: laquelle chose me fut par vous commandée et ordonnée signifier audit Le Rouge.
Et, pour ce taire, me seroie ledit jour transporté audit chasteau de Bloys, ou avoie acoustumé tousjours trouver ledit Le Bouge, auquel lieu trouvé son serviteur, lequel me dist que sondit maistre estoit chez la Royne et ne savoit bonnement dire quand il en sortiroit. Pourquoy
cedit jour, ne le lendemain ensuivant, qui fut le dernier jour dudit mois, ne le sceu trouver ne appréhender en sa personne pour lui signifier vostredit appoinctement, tellement qu’il me convint attendre jusques au lendemain, qui fut le premier jour de novembre, feste de Toussains : auquel jour, et environ heure de dix heures de matin, je trouvé ledit Le Rouge en l’eglise dudit chasteau de Bloys; auquel, lui estant dedans ladite eglise, et a l’issue de la porte d’icelle, signifié vostredit appoinctement et tout ce que dessus est dit : lequel me fist response qu’il persistait tousjours a ce qu’il avoit dit devant.
Et le jour de devant ladite Toussains, qui fut le dernier jour dudit mois d’octobre, ainsi que j’arrivé en votredit logis pour vous faire rapport de ce que dessus est dit, y trouvé le seigneur de Piennes, lequel, par vostredit commandement et ordonnance, je adjournay par devant vous, Mesdits seigneurs, a heure présente pour porter tesmoignage de vérité, lequel adjournement ledit seigneur de Piennes accepta très voulentiers.
Et ce, Mes très honnorez et doubtés seigneurs, vous certifie estre vray et par tnoy avoir ainsi esté fait par cestuy mon présent procès verbal, signé et scellé de mon seing et scel, les an et jour que dessus. — J. Tüffier.
Donné, etc.
Blois, 29 octobre-5 novembre i5oo.