‹ Procédures politiques du règne de Louis XII [i.e. douze]Chapitre 256 sur 348 · PRODUCTION D’UNE LETTRE DE LOUIS XI AU COMTE DE DAMMARTIN · texte numérisé non relu

PRODUCTION D’UNE LETTRE DE LOUIS XI AU COMTE DE DAMMARTIN

et enquête sur son authenticité.

Anno . , die vero vicesiina mensis novembris, apud Ambasiam

et castrum ejnsdem ioci .

Hujnsmodique comparicionibus factis, dictus procura tor domini nostri Regis in causa nuHitatis matrimonii, coram nobis inter ipsas partes pendente etmota, exhibuit quandam ceduiam seu licteram missivam papiream felicis domini Ludovici, dum viveret Francorum Regis undecimi, cujus ténor sequitur in hune modum.

Suprascripcio : et A nostre cher et amé cousin le conte de Dampmartin, grant maistre d’ostel de France. »

« Monseigneur le grant maistre, j’ayveu voz lettres et, en tant que touche voz affaires, je ne les oubliray point, et aussi n’oubliés point les miennes. Je vous envoyé vostre despesche que Pierre Cleret. vous porte. Monseigneur le grant maistre, je me suis délibéré de faire le mariage de ma petite fille Jehanne et du petit duc d Orléans, pour ce qu’il me semble que les enffans qu’ilz auront ensemble ne leur couleront gueres a nourrir, vous advertissant que

j’espere faire ledit mariage ou autrement ceulx qui yront au contraire ne seront jamais asseurez de leur vie a mon royaume; par quoy il me semble que j’en feré le tout en mon intencion. Et, touchant le logis de voz gendarmes, de quoy vous m’escripve's, je les mectré en si bonne garnison que serez content de moy. Et a Dieu, monseigneur le grant maistre. Escript a Selommes(1), le vingt septiesme jour de septembre.1» Ainsi signé. — «Loys. Tillart (j). »

Quamquidem cedulam seu licteram missivam dicebat et pretendebat ipse procurator fuisse et esse signatam et contrasignatam signis manualibus dicti doinini Ludovici undecimi et magistri Nicolai Tillart, dum vixit secretarii ipsius Ludovici Regis; et, ad verificacionem seu probacionem signorum manualium dictorum defunctorum domini Ludovici Reois et Nicolai Tillart, dictus dominus Anthonius, procurator ipsius domini nostri Regis modérai, produxit successive et vicissim nobiles et egregios viros, dominos Petrum de Rohan, marescalum Francie, dominum temporalem du Bouchage, reverandum in Christo patrem, dominum Petrum, episcopum Lucionensem, magistros Stephanum Petit et Johannem Amys, secretarios dicti Ludovici defuncti et eciam prefati domini Ludovici modérai Regis : petens et requirens ipse dominus Anthonius, procurator antedictus, quatenus ipsos testes acljuraremus et super recognicione signorum hujusmodi cedule seu lictere missive et veritate ejusdem examinaremus , et insuper quod eamdem cedulam seu licteram missivam per notarios seu scribas hujusmodi cause duplicari et transcribi duplicatamque et transumptam seu transcriptam per ipsos notarios et magistrum Petrum Duban, notarium ex parte dicte domine Johanne adjunctum, ac in presencia dicti Karoli, procui’atoris dicte domine, collacionari faceremus. Nos itaque, judices prefati, actendendo peticionem et requisicionem hujusmodi esse racionabilem et juri consonam, hujusmodi cedulam seu licteram

(I) Selommes, à 2 S kilomètres de Blois. (Vie de sainte Jeanne de Valois) ont repro-

!1) Le bibliophile Jacob ( Histoire du xn‘ duit celte lettre un peu différemment, mais

siècle, 1. 1 , p. 1 09 ) et Pierquin de Gembloux sans indiquer l’origine de leur leçon.

ACTES DE LA PROCÉDURE

missivam supranominatis testibus exhibuimus et ipsos ac eorum qucrnlibet jurare fecimus. Qui siquidem testes, videlicet domini de Gyé et du Bouchage ac magistri Stephanus Petit et Johannes Amys solemne juramentum prestiterunt in presencia dicti Karoli procuratoris ac dicti Duban, notarii adjuncti, dicere et deponere veritatem super signis manualibus predictis et veritate ejusdem cedule seu bctere missive. Ipse autem dominus Petrus, episcopus Lucionensis, manu pectori apposita, présente dicto Karolo et in abscencia dicti Duban notarii adjuncti, hcet intimati, juramentum prestitit de dicendo et deponendo veritatem super premissis signis manualibus dicte bctere missive apposais. Ipsisque juramentis prestitis, dicti testes modo et forma sequentibus in presencia procuratorum dictarum parcium deposuerunt.

Et, primo, nobilis et generosus vir, dominus Ymbertus de Balternay, miles, dominus dictus du Bouchage, adjuratus et juratus super recognicione sigui et contrasigni appositorum in cedula seu missiva predicta et contentorum in eadem, dicit et deponit, presentibus procuratoribus ipsarum parcium, ac in presencia dicti Duban notarii adjuncti, quod sibi videtur quod contrasignum appositum in hujusmodi cedula seu missiva est proprium signum defuncti magistri Nicolai Tillart, dum vixit secretarii dicti quondem Ludovici Regis, et qui sepe signabat pro eodem Ludovico, quondein Bege; et erat ipse Tillard homo boni, et in quo dictus Ludovicus, quondem Bex, magnam fiduciam babebat. Et, quoad signum quod dicitur esse ejusdem Regis Ludovici, appositum in hujusmodi cedula seu missiva, dicit quod ipse Ludovicus, quondam Rex, hujusmodi cedulam seu missivam signavit seu signari fecit.

Suivent les dépositions des témoins suivants :

Maître Étienne Petit, secrétaire du roi Louis actuellement régnant, croit fermement reconnaître lu signature de Tillart : car nourri ( nutritus ) avec le feu roi Louis, il a vu Tillart donner de semblables signatures, et dit qu’on en trouvera de pareilles dans les papiers de la cour du parlement, de la chambre des comptes et autres; quant à la signature du roi, Tillart était

PROCÈS DE DIVORCE DE LOUIS XII

souvent chargé par le roi de l’imiter, . s propter magnam fduciam quarn

in eo habebat . . . v

Addens ipse deponens quod dictus Tillard estoit aussi homme de bien de son estât qu’il en est point congneu. Deponit insuper dictus deponens quod quidem nominatus Cleret, de quo fit mencio in hujusmodi cedula seu missiva, pro aiiquo tempore fuit servi tor nunc defuncti dornini Anthonii de Chabanes, tune comitis de Danipnomartino, et quiquidem cornes eumdem Cleret sepe mittebat ad dictum Ludovicum dominum quondam Regem pro suis negociis seu alfariis, quia ipse Cleret erat vir sagax, et multum confidebat in ipso; et depost ipse Cleret fuit servitor dicti quondam domini Ludovici Regis, et quiquidem Ludovicus quondam Rex dédit eidem Cleret certum onus seu certain chargiam in patria Deipninatus, ad quam patriam recedendo et Grationopoli W profectus est ad dominum Philippum de Saubaudia, tune comitem Rressie.

— Mc Jean Amy, secrétaire du roi actuel Louis, fait une déposition analogue; il déclare que Tillart était très familier avec le roi Louis.

— Pierre de Rohan, chevalier, maréchal de France, seigneur de Gié, croit également reconnaître les signatures.

— Monseigneur Pierre *'2), évêque de Luçon , a servi pendant quinze ou seize ans le roi Louis XI avec Tillart, et a vu une infinité de signatures semblables.

Sur ces dépositions, les juges décident que copie de la lettre royale qui précède sera authentiquement faite sur l’original et annexée au procès-verbal

(1) Grenoble.

(s) Pierre de Sacierges.

|3) On remarquera que les juges, en définitive , ne se prononcent pas sur l'authenticité de cette lettre si importante. Le procureur du roi, en la produisant, n’en indique pas l’origine et ne justifie pas de sa provenance , comme il e'tait élémentaire de

le faire pour en démontrer l’authenticité : de plus, il est surprenant qu’il ait attendu si tard pour produire un document qui devait peser d’un tel poids dans le procès, s’il l’avait eu dès le début entre les mains. Enfin la lettre elle-même est conçue en termes tels qu’elle semble vraiment faite à plaisir pour les besoins de la cause. Ces

ACTES DE LA PROCÉDURE

Amboise, samedi, 2 U novembre.

DÉLATION DE SERMENT Aü ROI.

Anno Domini . die vero sabbati vicesima quarta mensis no-

vembris . apud Ambasiam .

Quibus comparicionibus factis, dictas procurator ipsius domini nostri Regis peciit et requisivit quod appunctuamenta per nos , judices , super visitacione de persona dicte domine Johanne fienda data et proiata suum sortiantur effectum, et eciam omnes et singuli testes, in eadem

différentes considérations ont amené les historiens à en suspecter (Duclos, Histoire de Louis XI, t. II, p. 122), même à en nier (i’abbé Tailhé, Histoire de Louis XII, p. 100) l’authenticité.

Cependant cette lettre existait et son existence était connue, car en 1 488, au moment de la guerre de Rrelagne , lorsque la question du divorce de Louis XII s’agitait ouvertement et qu’il importait de prendre ses précautions, Charles VIII en fut avisé et écrivit au vieux comte de Dammartiu, qu’il venait de créer gouverneur de Paris et lieutenant général de l’Ile-de-France à la place du duc d’Orléans, pour réclamer cette importante communication : -Et pour ce que vostredit nepveu nous a deu dire qu’il a veu autrefoys des lettres entre voz mains touchant ceste matière, si vous prions très affectueusement que, le plus tost que vous pourrez, vous en venez par devers nous et nous aportez tout ce que vous en sairez trouver.» Dammartin ne se rendit pas à cette invitation, car à sa mort la lettre en question passa aux mains de son fils. Mais celui-ci avait épousé Suzanne de Bourbon,

fille du bâtard de Rourbon, amiral de France, et de Jeanne de France, sœur consanguine bâtarde de la princesse du même nom. Louis XII , au commencement du procès, écrivit à Jean de Chabannes pour lui demander la lettre dont il était détenteur. Jean était disposé à la livrer, mais sa bellemère s’y opposa avec la plus grande énergie. Néanmoins Jean finit par l’envoyer au roi (voir Jeanne de France, p. ao4, 297, 298). Ces circonstances expliquent le retard que le procureur du roi mit à la produire et la circonspection dont il fallut user dans cette production.

Ajoutons que les juges avaient entre les mains une autre lettre de Louis XI qui ne devait pas être moins péremptoire que celleci, si Ton en juge par l’extrait qui nous en est resté. Louis XI se vantait d’avoir «fait le mariage de ma fille Jeanne et du petit duc d’Orléans, lequel j’ai fait, quelque refus qu’il en ait sceu faire, car bon besoin luy en a esté. . . » (Voir ci-après T Inventaire d’Albi dans les Pièces justificatives). On ne s’explique pas que cette seconde lettre n’ait pas également été produite.

PROCÈS DE DIVORCE DE LOUIS XII

causa producti, recepti, jurati et examinati, una cum aliis actis et productis a nobis et per nos publicarentur; prefata vero rea, absque super Qua verborum recitacione, per manus dicti magistri Marci Travers tradidit in scriptis quamdam cedularn papiream sub forma sequenti W.

ff Domina rea vidit responsiones per dominum actorem ad posiciones ejusdem domine ree factas; que illas et quamlibet ac onmia in bujusmodi causa agitata, quatenus ad effectum probacionis copule carnalis et consummacionis matrimonii inter partes ligitantes et alias pro dicta domina rea faciunt de jure, ad hoc et religionem dominorum judicum se reffert eadem domina rea, acceptavit et acceptât; in residuis autem factis ejusdem domine ree articulatis, eadem domina rea detulit et deffert eidem domino actori juramentum veritatis. v

Quaquidem cedula tradita et per dictum procuratorem regium visa, dixit et asseruit idem procurator ipsam dominam ream minime satisfecisse assignacione diei, quodque ipsa domina debebat declarare et specificare per amplius articulos super quibus se refferre volebat juramento ipsius domini nostri Regis, et offerebat ipse dominus procurator, dum ipsa domina ipsos articulos declararet et specificaret, ipse procurator deliberaret an ipse ‘dominus noster Rex juramentum predictum suscipere seu prestare deberet. Etnichilominus petebat quod hujusmodi testes, dicta et deposiciones eorum testium, una cum aliis actis et productis, publicarentur, dicta domina rea dicente et déclarante quod nullas probaciones per testes facere volebat seu intendebat. Quibus sic dictis et declaratis, nos, judices antedicti, testes hujusmodi productos, receptos, juratos et examinatos dictaque, deposiciones eorumdem, una cum aliis actis et productis , in nomine Domini publicavimus et pro publicatis habuimus: quorumquidem testium sic publicatorum et ali orum productorum copiam decernimus fore et esse eisdem partibus tra-

(l> Legendre, historien, du reste, fort auprès de Jeanne et avait réussi à lui persujet à caution, prétend que, sur ces entre- suader de s’en remettre à la parole du roi. faites, le cardinal d’Amboise était intervenu (Vie du cardinal d’Amboise, p. 93.)

dendam et expediendam, assignando ipsis partibus diem octavam proxirnc futuram ad dicendum et proponendum ex parte dicte domine Johanne contra hujusmodi testes, dicta et deposiciones eorum ac alia producta , necnon quicquid tam juris quam facti peremptorie aut aiias in hujusmodi causa d'icere et proponere voiuerit; salvo quod, si ipsa domina rea petierit ampliorem dilacionem ad dicendum contra, et ut prescribitur, nos, judices, providebimus prout juris fuerit : et ordinavimus quod intérim partes ipse dare et producere poterunt in ipsa causa quitquid veilent, et ultra infra diem lune instantem ex parte dicte domine ree quotabuntur et declarabuntur articuli, super quibus ipsa domina rea intendit se refferre juramento domini nostri Regis. Hiisque actis, prefatus procurator regius quamdam licteram missivam deffuncti quondem Regis Ludovici seu duplum ipsius lictere, présente nobili viro, Karolo de Preux, procuratore dicte domine, nuper collacionatum et penes curiam seu greffarios depositum reproduxit seu pro reproductione habere voluit. Ténor ejusdem lictere sequitur.

SüPHASCEircio : .

(Suit la copie de la lettre W.)

N. Militis. — Mesnart.

Amboise, lundi, 26 novembre.

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