EN FRANCE
XB 3l MJLRS 1814.
Les faiits Ibs plus gravés en eux- mêmes ^ les plus étendus par leurs résultats, ne sont pas toujours les mieux connus, soit dans leurs principes ^ soit dans leurs mobiles. Trojp souvent le public n'a que d^s apparences pour motifs de ses jugemens. Ses opinions se forment sur les récits qu'il reçoit, la plupart du temps , des mains qui ont pris le moins de part à laction , Thonneur est attribué à qui il n'appartient pas, le blâme est appliqué à qui
* n'a rien fait pour le mériter; ainsi Terreur Ta
circulant , s'affermissant , et la crédulité des contemporains lègue aux générations qui suivent un héritage de déceptions, fruit deTignorance des uns et de la confiance des autres , soit/à affirmer ce qu'ils ignorent , soit à accep< ter cç qu^fls trouvent affirmée Par lèse foraie une histoire fausse , espècie de fable convenue , qui n'apprend rien , qui fait même quelque chose de pire , puisqu'elle apprend Terreur , qu'elle dénature les faits et qu'elle déplace les actetrrs.
L'histoire a un but tout opposé, et ce n'est pas de cette fausse tnonnsrtequ'il faut remplir le monde : la vérité est Tintérêt de tous. Un homme de \a léte duquel des éclairs de raison échappaient comme des^ rayons de clarté échappent d'un ciel chaîné d'orages, Diderot^ a dit c|[u'il ne fallait qu'une idée fausrse pour faire d'un homme un monstre. Que sera-ce d'un peuple entier , nourri de doctrines ou de notions érronnées ? Or ., voilà le r^ime auquel, parce qu'on lui adit etipat^^equ'on ne lui a pas dit , le peuple français <;st tenu depuis ^7 ans. L'erreur a produit les ë^garemetis , et les esprits faussés ou faux <lnt fait efiK^ore plus
âe mal que les esprits pervers ; il faut donc en revenir â publier la vérité , en tout ce qui întéi*éSse les peuples , écarter les timides ou cauteleuses maximes de Fontenelle , et frayer la route Vers la guérison des esprits par la probité du langage qu*on leur fera entendre* Mais ce service ne leur sera pas rendu par rhistoire telle qu'elle e^t écrite aujourd'hui; elle a là fausseté du roman sans le riiéri'te'de •âès agrémens, ses mehsoriges sans la ^râcfe de -ses 'flcfîorà; et Toh pourrait appliquer a\i dégoût qu'inspire la manière dont eHè est écrite^ le mot de Walpôle mourant , à son'ainïi, qui lui demandait quelle était la lecHire'qù'ïldbsiraît qu oh lui fît: Tout ce que voris voudrez, pôurvti *^ue ce fie soit pas rhîstoîre.
Je ^prendrai pojùr ëxemïple révéhettiëiît le plus ifaf] portant de neutre Sge, la rest^iiVàïîtfn du 3i mars 1814. Q«é d'écrits^ i^é ^d^ouvrages n'a-t-éllè pas fait éclore ? fefcl WBIe^i de causes et d'acteurs n^assîgWerit-ffs paô? Eh bien! je puis a'ffirnfier que dahsWt atiiSs Infor ixië de narrations , pas plus qtîé dafris celles ^i retracent les principaux fafîtstlfe ?a dévolution , je n'ai rien aperçu de ^lus dftsemblable à ce que j ai vu, que ce quej'iii ÎA.
La restauration date déjà de deiix ans ; k irérité et la justice , pas plus Tune que Tautre^» , ne sont pas encore venues éclairer cette grande époque. La France a changé de face , et personne , ou à-peu-près personne ne sait com« m«nt. Comme témoin et acteur, je puis dire Tune et rendre lautre. Il parait juste que les Français connaissent ce qui leur importe le plus, et je puis être reçu à dire ce que. j'ai fait et vu. Que tout le monde^ en fasse autant, mais ne fasse que cela, et dans le mom^snt Thistoire reprend ses droits à la confiance.
La France a considéré avec raison la resr tauration comme Tévénement le plus he,ureux : par qe mot de restauration , j entends le terme de la révolution avec et par le replacement de la maison royale de France, et non pasiieulement )a fin de la domination de Napoléon ; car il pouvait arriver que cette domination finit , et que la révolution continuât dans un de ses effets principaux , Télolgnement de la maison royale , chose bien essentielle^ et qu'il fallait éviter à tout prix. Il .était démontré que danâ letat auquel les choses étaient arrivées , il n y avait de fin aux troubles que pafr le retour de cette famille.
Or , <:^e8t dans ce sens que )!ai pris part au f[rand événement de la restauration ^ n'en ayant jamais séparé ces deux parties » et n'ayant pas cessé de dresser mes vœux et méft actions vers ce double résultat.
Le monde avait changé de face par le désastre de Moskou. Si le succès auquel Napoléon s'était attendu se fût réalisé avec la rapidité et l'éclat auxquels il était accoutumé dans toutes ses entreprises, il restait le maître cle l'Europe ; il l'a dit plusieurs fois : on l'a cru indiscret , et il avait raison.' La puissance et la terreur redoublaient à-la-fois; et la Russie abattue , qui eût osé résister ? Mais ce grand désastre ouvrait un nouvel univers. Il créait en Europe une opposition formidable, en remplacement de cette soumission chez les faibles , de cette hésitation chez ce qui restait de forts , dans lesquelles les uns et les autres cherchaient un refuge.
La Russie déclarée inattaquable parle droit de climat, reprenant tous ses esprits par le droit de la victoire, déployant toutes les forcée d'un peuple qui n'avait plus rien à refuser au souverain qui , comme Pierre , lui avait appris à vaincre; la Russie , dans cette attitude, de-
Tenait le centré d-tine exposition invincil]lkf qu'on devait retrouirer à chaque pas, comme depuis âo ans on retrouvait TAngleterre. Dès ce moment il fut permis ausL rois de se plaindre, aux peuples de parler; aux uns dé s*occuper de leur dignité, aux autres de leurs
. intérêts. Des asiles , des cours d appel S'élëvalent de toutepart, et suffisaient pour donner
- à tout une face nouvelle. Nsipoléôn le sentait bien ; et quand à Varsovie il ne cessait de répeter : da sublime au ridicule il n'y a qu'un pasy cet esprit, aussi plein de sagacité que d'irritabilité, trahissait, par cet aveu, l'impression profonde qu'il ressentaitdû changement opéré dans son existence » et qu'il n'avait pas hésité à démêler. C'est pour la ressaisir , cette (puissatice , qu'il imposa à la Fr&nCé lotis les ftfr- ^aux qu'elle eut à -porter, Idr^qu'il hti commanda de réparer les pertes causées par la caiâpagne deKussie.LafOrce, la patience desPraiajçais comblèrent toutes ses e'xigencc^ rmieux administrées , eHés tes auràienft' dépassées. lia vàillafrice , 4â confiance èhdore itiébranléfe des soldals^^frahçaîs réparèrent tous les déficits qui affligeaient l'armée, et peu s'en felliït qu'à l'aide de leurs bras , ce cteir de victoire.
qui fti long4empâ lut arait a{:^fi[rteiiDi exëlusî-* Tenient, ne restât tout entier à Napoléon*: à Lutzen, à Wurtchen^àla bataille de Dtesdè, on reti:ouva le général deritalie, le vainqueur d'Austerlitz, de Jéna, de Wagram (i) : même audace dans lattaque, même science dans lés (Combinaisons, même vigueur dansrrexécutiou. Mais c'était le crépuscule du inétéore; il s'é-
(i) Peu s'en fallut que ce que Napoléon disait .à Tarsovie : Le succès rendra les 'Russes audacieux : je leur livrerai deux' oiù trois batailles entre PElbe et TOdèr/etddn^six mois' je serai en)cofe'$ûr le Niémen^ ne se soit réalisé. Il était à Breslau le â6 inaiî. C'est rAutriobe qui Fa arrêté. On a beaucoup dit que TÂDgleterre avait perdu Napoléon',: cela est bien pitls vrai de TAutriche; elle l'a détourné de ses troi^ plus grands projets :
i''. De Tattaque çon^e l'Angleterre par la bataille d'Austerlitz ;
*•. De la potMulte dc^lfei fu'èrtîe d'Eispàgne par la 4)ata<lle de "Wagram ;
3».'Delapoursiilteâesï'russiens1et des Russes après le'8 batailles de Lutéen et de WuHcben, par ses iiégodationset ses menaces. Sans l'Autriche^ on n'aurait pas vu les Prussiens et les Russes à Paris ^ au Heu qcfe les Anglais né pouvaient paslénr ieh frayer lechemiîi.
teignait : lesprit , plus captif dans un corps appesanti par les délices de la vie royale, perdait de cette tension qui n'avait encore fléchi sous aucun fardeau (i) : la pourpre avait agi, et le luxe soufilant sur lui ses vapeurs assoupissantes, allait, commeau temps des Romains, ouvrir les voies aux vengeances deFunivers (2); tout annonçait la décomposition de Fèmpire. Et quand la foudre rapprochant et redoublant ses coups , vint frapper aux côtés de Napoléon ses confîdens les plus chers , ses plus vieux frères d'armes (5), on sentait réveiller en soi ces superstitions innées qui , dans ces coups du hasard , marquent les pronostics des grandes catastrophes.
. .L*été de 181 3 s'était écoulé en violences au dedans, en combats, en simulacres de né"gociations au dehors. Ceux-là était bien loin
(i) Luxuria incubuity victunique idciscitur orbem (2} Voyez dans la lettre, que Napoléon écrivit à Murât 9 pour rengager à se rendre à l'armée ^ ce qu'il dit de la difficulté qu'il éprouve à monter à chevaL
(3) Le maréchal Bessières^ tué la veille de la bataille de Lutzen y le duc de Frioul, tué le lendemais de la bataille de Wurtchen.
( '3) éu vrai -sens de Fesprit et de la position de lNaf)oIéoii, qui s'imaginaient qu'il traitait pour faire la paix : c'était pour ressaisir sa puissance et sa puissance tout entière; car, s'il ne se fût agi que de puissance réelle ou relative, quel souverain , à aucune époque de l'Europe moderne , se fut encore trouvé placé aussi haut que l'était Napoléon par les concessions qu'on lui faisait à Dresde? Mais c'était sa puissance et celle des autres qu'il voulait; il ne pouvait pas plus tolérer de contradiction eu Europe qu'en France, et avec son caractère , tout souverain contradicteur devait être traité par lui, comme le corps législatif l'a été , dès qu'il a hasardé quelques représentations, bien mesurées assurément en comparaison de celles ' que se permettaient jadis les plus minces par- Jemens.
Depuis mon retour de Varsovie , j'habitais Malines, Une lettre de-cachet que je trouvai en arrivant à Paris, m'y avait relégué* La retraite n'est pas la position la plus défavo-. rable pour observer et réfléchir. Accoutumé d(*puis a5 ans à suivre le mouvement des afiàires , à en calculer les rapports, à en balaneer les chances , à en assigner les résul-
taU ( 1 }•» je mettais une extrême ^tt^ntipa ^ suivre les. mouvemens de Napoléon ^ dans la: nouvelle carrière que Iç malheur venait d'ouvrir devant lui. On ne le connaissait , on ne lavait encore vu que victorieux, triomphant» renversant, écrasant tout sous les roues impitoyables de son char de victoire : il était curieux de Tobsçr-ver , lorsqu'il en était descendu , et de voir comment il ferait pour y. re« monter ou pour s*en passer. Comme ceu'était pas. de la France, mais de lui que je me défiais» je fus moins frappé qu'on parut Tétre communément de la facilité avec laquelle elle lui fournit ces arméesnovices qui, à la surprise de tout le monde , dans les champs de Lutzen et de \y i^rtchen , se trouvèrent tout-à-coup les émules des vétérans échappés au désastre de Moskou ; tant la France est forte , et son peuple apte à la: guerre» Je ne. doutais paS: que la France ne f^t abondante en ressources; qiais je ne savais^pas jusqu'à quel point Napoléon le serait en s^gessç, jusqu'à quel point l'écc^e
( I ) Voyez l'Antidote <iu congrès de Hadstat, 1 798; l^ Prusse, et sa neutralité* . • • • ir99> les trois âges des colonies^ . • • . i.Soa;
du Qialheiir àucait pu lui profiter , aurait tem« ]>4ré ou brisé la trempe d'un caractère renforcé, exalté par tout ce qu'il y a de plus propre à pervertir même les meilleurs , une suite de prospérités sans exemple parmi les homn^s : et lorsqu'un redoublement d arrogance et d'insultes suivit le retour de sa force première , dès-lors le mal me parut incurable; et ce défautd'amendementv après, une si dure leçon , me montra distinctement le pnécipice qu'il se creusait à lui-même ^i). On voyait Napoléon attaché à détruire l'édifice dé sa grandeur avec autant de soins qu'il en avait mis à relever (a). Artisan de sa fortune, seul il pouvait la détruire , et la ruiner lui - même. Ce qu'on apprit du ton général des négociations avec l'Autriche, n'annonçait pas dés vues plus conciliantes , et la publication de l'essai des négociations qui eurent lieu à Prague (3), avertit de Rapproche de la catastrophe.
(0 Voyei! la déclaration dç guerre contre la Prusse.
(a) Voyez les négociatÎQns de Pr^igue, publiées dans les Moniteurs despremiers jours du mois d'août i8i3.
(5) L'esprit qui sert à acquérir, n'est pas celui qui sert à conserver. Si le lendemain de la paix de Tilsit, loul le génie dt Napoléon eût été .métamorphosé en
La bataille de Dresde ( i ) fut le dernier beau succès de Napoléon. Tout le reste de sa coqduite pendant son séjour si imprudemment prolongé dans cette ville est vraiment inex-^ plicable. Sommeillait-il ? qu attendait-il ? qui pourra le dire? Ne pouvant avancer sur aucun point, ni reculer à son aile ; dépassé à Dresde par les sorties que la Bohême offre sur la Saxe et la Franconie; établi , cramponné avec une argiée immense sur une .terre épuisée « sans magasins y^sans dépôts assurés, en proie aux incursions d'un essaim d'ennemis acharnés à le harceler , à le fatiguer, à le ruiner en détail, il défendait un campement , im poste de vanité, car Dresde et la Saxe n'étaient plus autre chose, comme il aurait pu défendre sa capitale, et mettait plus de prix à l'idée de la dignité qui lui montrait de la honte à reculer, qu'à celle de la sûreté qui lui prescrivait de se retirer: comme si dans les grandes affaires , c'était de la dignité comme chef, ou de la sûreté de la chose dont on est chef» qu'il faudrait s'occuper !
simple bon sens ,' il serait encore le mattre de la plus belle partie de TEurope
. (i) a6aQùti8i5.
, . ( '7 ) Les affaires qui se traitaient au loin n'étaient pas les seules qui me donnassent de roccupation. Dans mon voisinage , on m'en avait ménagé d'autres de la nature la plus
inquiétante^ . ^
Les évêques de Gand et dé Toùrnay , enlevés au milieu du tumulte du concile de Paris y avaient laissé leurs sièges dans un état de vacance douteuse , que toutfes leurs protestations de ne plus se mêler de leurs églises • ne pouvaient faire accepter comme valable par des peuples que le plaisir de contrarier Napoléon rendait encore plus récalcitrans. On avait nommé très-inopportunément leurs successeurs : à l'exemple des pasteurs 9 les peuples les repoussèrent ; le chapitre de Gand se divisa; celui de Tournay disparut, on rechercha d'un côté , on se cacha de l'autre : de tous les deux , on publia ce que Ton voulut ; les esprits s'affermissaient dans l'opposition. Il fut question de supprimer le diocèse de Tournay , et d'japrés les règles hiérarchiques du droit canon , d'en charger le métropolitain de Ma* lineç. Un temps infini se passa à détourner ces orages, à représenter tout ce qu'il y avait de (dangers et de maladresse daqs ces tracasseries;
( t8 ) llocorparatioii de Tourna; à Mallne* fut KpoQSfée péremploiremebt : enûny en jmr^ tint à faire renoneer à ce projet ; mais 011 né put empéeher un coup d autorité le^ ptii# bizarre , le plus cruel auquel un prince M «oit livré dspuii ^ue TEtirope est crvilieée. €e fut Fenlétemenrt de pius de cent séminal fistes de Gaud qu'on dnveya â Veaiel ëeftiit daoïs f artiHerîe , et pour qii'tt ne Mati^uM rien à ce scandale , un gvand nombre dé Nacres et d>e sous-diacres ^ que leur caractère avait fait excepter de eett^ mesure, peâ âé jours apt<ës cet enlèvemeot , »«ir un étdfe tentt de Dresde t furent traités Aé nïénie , et cùtt^ damnés à partager le sort de tèurd ihfortunéâ camarades.
Qu'on )ugè de reffët que produisait dans la Belgique, au milieu dun peuple religîeut et ennemi , ^ fdisadt ^rvir la religion â Fappui de sa haine , le spectacle de cette longue file de voitures , chargées de ces innocelites victimes y traterisant , en habits de leur état , ces udétnes campagnes qu'un jour elles devaient bénir , et que leur malheur attristait I Dans le Même tetnd, Napol é6n, de son autori té privée , eassa le jugement rendu |>ar ta eour d'appdl
( »9) deBruxeHes, dans Taffaîre de roctroi d'Anvers, âûr la déclaration dun fury, qui cependant était composé de citoyens respectables^, presque tons employés et Français; ce qui donnait moins de prise à la suspicion de faveur pouir les accusés. L'arrêté du conseil d'état , le séna* tus-consulte, imposés de même par rautorlté» achetaient de rendre cette procédure monstrueuse. Un prince juge et réformateur tle ju* gement, accusateur d'un tribunal tout entier» les premiers corps de l'état forcés de se prêter à un pareil renversement de l'ordre social ! Je vis cent Laubardemont sortir de la tombe, et la société dissoute. A-peu-près dans le même temps, l'Angleterre ayant cédé la Guade^upe à la Suède, parut un sénatus- consulte qui portait en principe, qu'aucune paix ne serait faite avec l'Angleterre , sans la restitution delà Guadeloupe; comme si le sort de la France était attaché à la possession de ce point presqu'iov- {lercepf ible. Ce premier acte fut suivi d'un autre , par lequel Napoléon cherchait uniquer ment à satisfaire sa passion personnelle contre le ptince de Suède. Le ministre de Vintévieur eiskvoya dans tnus les dépattemecis un p^tro» sûr lequel furent taiHées les adroits qui,pei|
( ao ) . ^ y
de temps après, arrivèrent de tous leff côtés « chargées de malédictions contre ce prince, au^ quel on n avait à reprocher que de servir les intérêts du pays qui l'avait appelé à régner sur lai, et d être habile et heureux à la guerre.
Je ne puis exprimer Fhorreur avec laquelle je vis pendant six semaines des déclamateurs obligés vomir en style de club , des injures rédigées par ordre, aux pieds d'une jeune princesse , qui sûrement n'entendait rien, ni à ces passions ni à ce langage.
L'indécence etla prolongation de cettescène me parurent la dégradation dutrône. Mais lorsiqu'après trente jours d'une attente mortelle, d'un silence encore plus mortel sur ce qui se passait à Dresde, ce point sur lequel nos regards et nos affections étaient également fixés, le Moniteur, pour toute distraction et pour consolation à tant de mau:!^, nous annonça gravement que le roi de Rome s'était promené sur la terrasse des Tuileries : alors l'irritation de mon esprit n'eut plus de bornes. Je vis la nation insultée, ses efforts et son sang payés par des moqueries outrageantes ; je la voyais horriblement maltraitée dans le présent , vouée dans l'avenir à tout ce que la fantaisie ou le
besoinpersonnel d'un homme pouvaitcré^r de désastres : j'entendis au fond de inon cçç.uf la Toix qui dit à tout homme qu'il n'est pas la propriété d'un autre homme, et qu'enfin 5 il existe entr'eux des droits et des devoirs respectifs. Napoléon cessant <R se conduire comme le chef de la nation , pour ne la faire servir qu'à son propre usage, parut avoir abdiqué, avoir rompu tout contrat avec nous , avoir renoncé au sens du 18 brumaire, qui l'établissait sur la France pour guérir ses plaies , et non pour les élargir. Dès-lors il me fut démontré qu'il n'y avait plus qu'à opter entre sa perte et la nôtre ; dés-lors je déclarai sa déchéance autant qu'il était en moi, et je pris la ferme résolution de travailler à mettre un terme à une domination qui, après a voir pris son ôri^ gine dans des lauriers , finissait par se perdre 'daiislaboue. J'étais surtout . frappé de l'horreur qu'en tout pays , des Vexations de toute sorte avaient attaché au nom français , à^ ce nom dont on avoit fait le synonyme dé la terreur , tandis qu'il était si facile d'en faire celui de la bienveillance et de la sécunté pour tous les peuples.
' Les scènes dont j'avais été témoin en Po--
logtie se représentaient à mon ^(ifitt je i^FoyàJs % fe touchais pour ainsi dite les sig^nês téwklons d'abandon de la raison , et de toutes les qiiMriités qui jusque là avaient dhtingilé ffapoltéen. Un miliioA et unefr^^ate à Brest, iet fui >dèfrf lors le paft^ge qoe je lui assignai p#iir noud séparer ée lui : telle élait naa réponse â toiit ce qu'on me proposait. La Té- ^hémanoe. de mes discMnrs épouvantaift tout •oe qui m^approchait y elle excita la TÎg^lance de radnim^fcration. Oo m'a, depuis cette époque^ ;nMtilré les lettres écrites par elle, qui 'ine sigualakaat à la surveillance des autorîlàs ilocaks.
Cependfloit le mal s'aggravait tous les )Ottrs. Les débris de l'armée arrivaient en France , tout ce qjii n'avait piasMoeoiiibé sôus lefer , succombait par les afttatutee id'une contagion, frif it de cette épeuvantaMe administration , qui bien plus que le feu a ruiné nos armées. El^es répandaient |)artout fes poisons dont elles étaient atteintes , et partaient la mort chez ceux qu'elles vènaiâil^t défendre.
WeUifigton approchait de Baionna La Hollande dégarnie de troupes , reprenait son indépendajKCG ; 6e n'étaient pas quarante
ifdélÉfù gendamoies qui te troutèimit à AnMterdma le )e«tr de la plus paisible insunrec-tion ^ui fut jamdis , qui pouvsâent ladiolemr ucie cilé de â5o,ooo âmes. Toutes les villes de Hollande et de la frontière furent occu-* pées p«r les insurgés comme l'auraient été des villes ouvertes. On ne trouva pas deux eenfts hooitees pour garder les clefs de Willemstadt, dont on avait fait un €l[ibra!tar avec desfrais immenses. Bréda, Bois4e-duc, Ger* tpuidcfnberg échappèrent dé même. On s'esti* ma lieureux de garnir comme on put Berg-Op - 2oo«i et Anvers. L'ennemi était au cœur dé la Bpigtque, en même-temps il s'avançait sur le ftfein. La déclaratian de Francfort parut ; on se rappelle quels avantages elle laissait-d la France (i). Déjà ce fleuve était franchi , et Napoléon , inébranlable dans ses comâiodes illusions , et comme s'il eût craint qu'on ne le troublât dans ses quartiers d'hiurer , soutmiaiC à tout le monde que ce fleuve ee serait passé que le i*% Mars. Depuis sa ^rentrée en France, il n'avait prjs aucune me*-
"(i) Elle assurait à la France la Belgiquc^et la riv^ ;g««ohe 4a Riri».
sure , et se conduisait en tout comme si c*était lui qui dirigeait les mouveoiens de ses ennemis , et comme s'il avait parole d eux de n'agir que lorsqu'il lui conviendrait qu'ih
le fissent.
Déjà l'intérieur se ressentait des effets des mouvemens militaires. Les fonds publics baissaient journellement, la confiance fuyait, et les ressources tarissaient. Je suivais cette marche progressive dans Taffaissement da.la chose publique; il me paraissait impossible qu'une crise immense n eût pas lieU , au moment et de la manière peut-être dont on s'y attendait le moins • ce qui était le moyen de tout gâter de nouveau. Il m'était démontré que tout ce qui avait de la résolution et des lumières , que tout ce qui aimait son pays et savait comment il fallait le servir, devait se réunir à Paris , pour profiter du moment décisif, et lui donner une bonne direction. Ces occasions manquées ne se retrouvent plus, et une fois engagé dans une fausse route , il faut la suivre jusqu à un nouveau précipice. Cette idée m'agitait jour et nuit : j'épuisais toutes les conbinaisons que la position présentait. J'avais balancé a profiter de l'invasion de la Belgique
pour aller joindre les alliés.: MîBe ^bstadet se présentaient. La déclaration de Francfort ne compromettait en • rien leristence sou-» Terame de Napoléon. Elle sfe boraaît à la restreindre à la Uniite du Rhin.
Ici il faut observer deux chose». ' i"". Les différens degrés qu'a eus.k chuté
de Napoléon;
2\ Les dispositions dans lesquelles se trouvaient les puissances.
On peut assigner quatre degrés dans la chute de Napoléon.
i\ Le désastre de Moskou, qui porta le premier coup à sa puissance militaire et au prestige de son invincibilité. Son armée dut se replier jusque sur l'Elbe ;
2° Le refus de la paix à Dresdç V et les événemens qui le ramenèrent sur le Rhin;
3". Le refus d'accepter la déclaris^tion de Francfort, qui amena les alliés en France;
4''* Le refus de la paix à ChâtîUôu , qui amena les alliés à Paris, où finalement fut abattue sa puissance.
Le colosse n'a pas croulé tout d'un cou p : on pouvait bien en sentir le besoin, on nourrie le désir ; .mais oh n'e^^avait pas conçu l'idée,
pffliroB qu ot» A*è« concevait pua i'^nfojn Ce »«st pas après «vw* tit^mblé H iopi^-toEiip» devant lui » jque Tiob avj^it pu passer toi^t à coup .i ndée 4e je renverser et de s en dé-^ faire. Des traoaitîoos aussi brusques ne sont pas dans h nfrture de l'homne; il craint long-<tenlpii ce qu'il -csain^ une fois. Napoléon n'a pas été attaqué comme il avait attatqué les autres , par le centre même de sa puis-sance. Il était défendu par une vaste et redoutable enceinte qu'il a £»llu abattre ou franchir avant que d'arriver à lui, e|t de le frappa au cœur. Ch^qHe coup à abattu un étage ^u* périeur de cet édifice qu'on vit crouler suc^ eessivement jusqu'aux fondemens qui furent sappés les derniers.
JSepuisle commenc^tnent de la révolution , beaucoup d'hononies 4e #ont '^coutumes à penser qu'il ne s'est pas tiré |in coup de fasil en Europe sans qu'il n eût pour objet le rétablissement de la n^aison de Bourbon (i). Ce
(i) Il ne manque pas d^horames qtiî pensent que ii KapoléoB n-ôùt pas été premier eoniul, ei!ape«eur, )• MM aunât été fléli)>M inunMIafemeat ^r^h ^^-
( >7 ) xfùi fàt fait à DiiAkel*que« à Vakaici^ii&«8 «mA Tofulen n'avait pas réussi à banair chai eu«:
» If
toire. Pour ces sortes d^^esprits, il n'eiciste que déulc points, la république ou le roj. Ils ne «'<»oci:^eiit en 'lien de llniervalte qui les «éparait^ et de ,oe qu'il lallait pour le combler.
Avant de faire le roi, il fallait refaire la royauté. Xst-ce çu^aprës la convention , après les cbansemens et les chocs qui eurent lieu dans le sdnttu directoire on a rétabli le roi? assurément non : le premier tiers du oôhMH des einq^eatt marchait tofs ce rétablissejwot, etil jà-péri pour Avoir été trop vite. Une faction , une anarchie aurait succédé à une autre faction et à une autre anarchie: qui peut dire pendant combien de temps aurait duré cette cruelle transition d*un état désordonné à un autredés<Mrdre ? Pour que le roi reparût, il fallait que Tordre monarchique eût été refait, que toutes les tètes eussent été courbées sous le joug, que toute l'administration eût été composée taonarob»qnement, et qu^'éhftn Tétat eût été frappé à un fetft coin de monarchie. Alors le combat n^étaft plus eAtve les choses et les hommes , et ceui-ci sont t^^jours les plus faibles d&ns ces espèces de luttes: mais lorsqu'il a été réduit entre deuic tètes, il a pu avoir rissne qu'on a Vue; ll*n*y avait rien à-ehanger qu'un homme^ rétat restait tel quHl était. C'est ce qui est arrivé em Angleterre : quaiMi GromweU'eiit purgé de son.loog parlement^ des niveleurs et de touii les éléHieiis dr
cette iihision , res^ctabte 'dans soii principe, mais démentie par une masse de faits , et par la marclie constante des cabinets. Le malheur avait voulu que ce qu'il y avait de mieux à faire, fût ce que Ton avait fait le moins» et voulu le moins faire.
Cet ouvrage ne pouvait pas être celui d'une puissance isolée. Une coalition seule pouvait l'accomplir, et tout ce qu'on avait vu de réunionsi en ce genre n'avait encore présenté i qu'un but purement personnel ou politique, lyailleurs , qui a bien de la peine à se défendre lui-même, ne songe pas à'rétablir lé® autre». Or telle était depuis long-temps la condition des souverains. Après avoir débuté par vouloir réduire la puissance de la France , ils