Procès d'Estienne Dolet, imprimeur et libraire a Lyon. 1543-1546
isretronié dans les 5 mincis du Parlement de Paris des pièces îs paraissent propres 1 répandre u jour sur Etienne Dolet , également célèbre comme homme de lettres et comme imprimeur. On connaît les principales circonstances de la fie aventureuse de cette intéressante victime du fanatisme religieux an XVI' siècle; mais plusieundeceacirconstancesétaienlregtées enveloppées de mystères, qui vont se dissiper, grâce aui
documents que nous publions pour la première fois , et dont les biographes qui ont écrit sur Etienne Dolet ont complètement ignoré l'eiù-
Ètienae Dolet est né à Orléans vers i5og. On ignore quelle était sa famille , mais un simple rapprochement de dates prouve suffisamment cjull n'a pu avoir François I" pour père (»). Il étudia les lettres grecques et latines d'abord à
(i) Les principaux de ces biographes sont:
I* Maittaire, Jnnaleilypagmpliici,t. III, part, t'', p. o--n3; 3° l'abbé Gon|et, Bibliothèque française, t. X.I,p.io3 et suiv.;3« Bajle, Dictionnaire hiëieri- </ue, art. Dolet; 4' M. Née delà Rochelle, VU de Do- -tet, i vol. in- 8", Paris, 1779; 5° M. Pataud, art. Date!, dans la Biographie uwvmelle, t. XI, p. £87.
(a) Cette opinion se trouve dans le Paiitùana. Bayle fait remarquer avec raison qne François 1" est oé en i4g4 (le lï septembre). II n'avait par conséquent que quinze ans lora de la ni Dolet.
Cooyk'
Paris, où il fit sa rhétorique sous Nicolas Béraulcl, puis à Padoue, où. il séjourna trois ans, et où il eut pour maître Sinon de Villeneuve, mort en l53o. Il se rendit ensuite à Venise, et fut attaché en qualité de secrétaire à Jean de Langeac , alors évéque d'Avranche et ambassadeur du roi de France auprès de cette république, Dolet resta un an à Venise, et y devint amoureux d'une belle Italienne qu'il nomme Hélène, et pour laquelle, s'il faut en croire l'abbé Coujet (i), il soupira beaucoup, qu'il pleura ensuite, et a qui il consacra une épitaphe toute profane. Revenu en France avec Jean de Langeac , il ne tarda pas k se rendre à Toulouse pour y suivit: des cours de droit. Ce fut dans cette ville que commencé' rent les démêlés d'Etienne Dolet avec la justice. Les étudiants y avaient l'habitude de. se réunir par nations, et chaque nation élisait des questeurs et un orateur. Le Parlement de Toulouse avait
(i) BibtiottoijM français, t. XI, p. 194.
défendu ces sociétés particulières par des raisons de police. Nonobstant cette défense , Dolet fat choisi par les Français pour être leur orateur. 1) prononça en cette qualité, le 9 octobre i55a, une harangue , dans laquelle il s'éleva contre l'arrêt du Parlement ; il n'épargna pas non plus lei Toulousains, et osa même les accuser de barbarie. Un certain Pierre Pinache, orateur de 1* nation gasconne, ne voulant pat rester en arrière , prit la défense dn Parlement , et taia son adversaire de sédition. De 11, grande querelle, par suite de laquelle l'orateur de la natkm française fut arrCté, et banni de Toulouse en i6S5, malgré les efforts du président Jacques de Mi -
Dolet se rendit à Lyon , où son premier soin fut de faire imprimer ses harangues contre Ton- ' louse , par Sébastien Gryphe, 11 y continua ensuit.- sratravam sur Cicéron, qu'il semblait avoir pris pour base de ses études littérairei. En iS36 il eut une aventure qui lui f
Cooyk'
les rigueurs de la justice] mus cette fois pour un cas plus grave que ses disputes avec les Toulousain». Il tua un peintre nommé Compaîng, puis, «'étant adressé à François 1", et ayant affirmé que cet homme avait voulu 1 assassiner luimême, il en obtint sa grâce.
Dolet , de retour a Lyon, y établit une imprimerie (i), ce qui lui attira, s'il faut l'eu croire, la jalousie et la haine des antres imprimeurs, d'autant plus que dans un différent qui avait éclaté entre les compagnons et les maîtres imprimeurs, il avait pris parti pour les premiers fa). 11 avait aussi le tort d'avoir imprimé Marot et Rabelais (S), de manger da gras les jours d'al
(i) Le privilège d'imprimer qu'il obtint de François I", est daté de Moulins le 6 mars 1 537.
(s) Yove* ci-sprès les lettres de rémission du 1 6 juin j 543.
(3J CBuures de Clément Marot de Cahon... , augmentées de deux liures d'Epigrammes, et dung
d'assister plus volontiers an sermon qu'à la messe (ijj de publier la sainte Ecriture en langue ïulgaii'e, etc. ; aussi fut-il dénoncé à la sainte inquisition comme hérétique. Maîtres Mathieu
grand nombre d'aultres œuures par cideuant non imprime*. Le tout songnensenieut par lai mesrnes reueu et uiieuli ordonne : à Lyon, au togit dt moniteur Dolet, b.b.hïïiii, petit in-8", citact. golh. Cette édition a été donnée par Harot lui-inêioe, ainsi que l'apprend une lettre de ce poète 4 Etienne 'Dolet, en date du dernier jour de juillet i538, placée *a commencement du volume. — La puisante et iuyeme hiatoyre do grand Gargantua, prochainement reueue et de beaucoup augmentée par lautheur mesmei, — Pantagruel, roj des Dipsodcs, restitue en son naturel... pins, les merueitleuses nauîgations du disciple de Pantagruel, die t Fanurge. Lyon , Etlienne Do Ici , i54i,avoI. in-16, £ S . .«Loi.
(1) Vojei les lettres de rémission du 16 juin
Cooyk'
Oroy(l)et Etienne Faye, composant ce tribunal,
rendirent, le a octobre i54a> une sentence par laquelle ils ordonnèrent que Dolet serait livré au bras séculier, c'est-à-dire k celui dn bourreau. Le patme imprimeur s'adressa de uouvean à la clémence de François I": illuiailirma qu'il était bon catholique, que s'il avaitmangédugrasaui jours défendus, c'était par le conseil des médecins, etc. Cette fols encore le roi rit grâce , à la sollicitation d'un bon et saint ecclésiastique ; Pierre Duchâlel, alors crt-que de Tulle fa).
(i J Le véritable nom de ce personnage paraît être O r y . ( V oyez son art. dan* Morery.) Il avait été promu à la charge il 'inquisiteur delà foi, par des lettres patentes du 3oraai i536, et il fat confirme dans cette charge par un édit de Henri II , da is jnin i55o. (V ojezh Recueil gènèraldcatneiinnes loti françaises, t. XII,p.5o3,ett, XIII, p. 173. (C'est l'inquisiteur Oiy que Babelais a nommé naître maître Doribus,
(a) Le cardinal de Tonrnon ayant reproché à Duchâtel ion ex trime indulgence, qui lui avait fait
; ,GoogIc
Les pièces que nous publions prouvent que le Psriemont résista long-temps soi ordres du roi pour mettre Dolet en liberté. On j voit, en effet, que les lettres de rémission sont du mois de juin i543. Il paraît que l'on prétendit qu'il n'était pat) en règle relativement àlhomicide du peintre Compaing, et qu'il avait à tort annoncé que les lettres qui loi niaient été accordées au mois de février i636, portant rémission de cet homicide, avaient été entérinées. Pour lever cette difficulté, il obtint du roi des lettres ampliatives le i" août i5.'(3; mais le Parlement ne se rendit pas encore, et il falht les ordres exprès de François I** et de troisièmes lettres , en date du a i septembre, pour que l'élargissement fût définitivement ordonné, encore n'eut-il lieu que le 1 3 octobre suivant.
s'intéresser en faveur de Dolet, ce qoi rendait sa foi suspecte, le bon prélat loi répondit :• J'ai parlé en
tvGqae et vous agisse
Cooyk'
Voilà donc DoJet de retour auprès de ses presses, de son Cicéron, de sa femme et de «m Bis Claude, dont il avait célébré la naissance en » ers latins , ensuite traittiet* m langue frmtçnyu par ung tien anyr(i). Main, hélas '■ il n'allait ps» tarder à éprouver de nouveau malheurs.
On Mbit au portes de Pari», vers le -mois de janvier i&44< deux ballots de livres parlant inscrit dessus le nom. de Dolet. Ce» ballots coutenaient de» livres sortis des presses de ctl iraprimenr on imprimés s Génère, et dès la» véhémentement soupçonné* d "hérésie. 11 n'en fallut pas dav ant âge pour susciter de nouvelles tribulalions an pauvre Dolet. Il fut arrêté à L jon, mai* il parvint a s'évader d'une manière astei adroite le troisième jour de son emprisonnement. Il raconta an concierge de la prison qu'il avait besoin de'
(i) t'oyei le GtrMklUcum C taudis Dcltti, dans l'édition qu'en a donnée M. Techener ; la première avait paru i Lyon en tSîj, in-4*.
Cooyk'
toucher de l'argent chez lui, parce que la per- «p-hne qui le lui devait ne roulait le remettre qu'à lui-même t que, du reste, il avait d'excellent tin muscat en taiton, et que, s'il voulait le conduire quelques instants à ton domicile, il recevrait ton argent, puis qulls boiraient ensemble son musoat à plein fond*. Le concierge adopta la proportion, et un beau matin il se rendit avec Dolel et des sergents à lt maison de notre impiï menr , qui avait eu soin de s'y ménager des intelligences. Lcsvoici qui arrivent a la porte; on frappe ; on habitant de la maison ouvre et feint d'être effrayé du cortège qu'il aperçoit t Dolet pousse vivement la porte, la referme ad nei du t concierge et de se* sergents, s'esquive par une porte de derrière , et parvient a gagner le Fiémont. D resta quelque temps hors de France, adressa des «pitres en vers français -au roi François 1", an duc d'Orléans, au cardinal de Lorraine, à la duchesse d'Étampes, à la souveraine et vénérable conr du Parlement de Paris , a
Cooyk'
la'royne de Navarre, ta leul» Mintne de Franct, du. ())■ Il ne doute pasque ces ép lires ne lui aient vain l'indulgence et ,1a justice dus hauts personnages auxquels il le* a adressées; il leur assure d'ailleurs que ce sont ses ennemis qui, pour le perdre , ont invente l'expédient des ballots. Enfin il se hasarde à rentrer sur le sol de sa par trie ; mais, vain espoir I il est conduit dans lés prisons de la Conciergerie de Paris, par les soins de Jacques Deràulx, messager ordinaire de Lyon, qui réclame mille écus pour la fait» industrieuse de Dolet, et pour l'avoir repris et amena à grands irais (i). La faculté de théologie de Paris censura sa traduction" des Dialogue* altribaéi à Platon (Arioclius- et Hipparque), comme hérétiques et SB à l'opinion des Sadacéeni et des Épi-
(i) Ce sontcesépltret que TJotet publia en 1S44, sous le titre de, son Sttvnd Enfer.
(i) Vujci l'arrêt de condamnation du a août
aï GoogIe
cnrieni (i). Le Parlement s'occupa du profit, qui dur* long-tempe a instruire, car ce foi t«m le mou de septembre i544 que Dolet fut pris 1 Lyon, et la sentence capitale ne ftvtrendoe que le ■ a août i546. Cette fois, François I" fut sourd aux sollicitations d'un tics hommes qui poursient le plus contribuer a l'illustration de son règne, et le lendemain, 3 août , Etienne Dolet était pendu et brûlé sur la place Haubert.
Bajlc a cïpriiné, d'après ScaJjger, la pensée que Dolet fut condamné comme athée et non comme protestant. M. Née de laHocheUe dit aussi qu'il fat condamné comme atteint et convaincu, tant bien que mat, d'être alhée retapi (s) ; l'abbé Goujei avait partagé la même opinion (3). Nous croyons que les pièces que nous publions anjour-
(i) Duplessis d'Argentré, Cpileclio Judlc. de nmiis Erroribut, t. I", p. i j, colonne a de l'Indue, et t. II, part, i", p. iio, caldnsé a.
(s> Vie de Dolet, p. SS. ■ ■
(3) Bit. franc., t. XI, p. IOÎ.
3igi™d D y G00gle .
dirai promeut que c'est comme /auteur dhirilU* que cet infortuné jeune homme fut sacrifié à la haine de aea ennemi». On s'est appujé aussi •or une lettre écrite de Paris par Florent Junius, le aS août i546, pour dire qu'Etienne Dolet s'était repenti de aea erreur» a son dernier moment. Cette lettre porte en effet que le bourreau, ayant préparé tout ce qui était nécessaire au supplice, l'avertit de penser a ion salut et de h recommander a Dieu et atu saints ; que, Dolet ne se pressant point, et ne faisant que marmotter quelque chose, le bourreau lui déclara qu'il avait ordre de lai parler de udut dnant loutk monde. • A faut, lui -dit-il, quB tous infoqnkt la sainte Vierge et saint Etienne, Totre patron, duquel on célèbre aujourd'hui la fête, et à tous ne le faites pas,jetoi*bienceqmej'»iifaire. ■Tontousâtfit, Dolet prononça une prière conforme an formulaire du bourreau, et avertit les assistant* de lira ses lirre* arec beaucoup de circonspection, et protest* plus de trois fois qu'ils contenaient
bien des choses qu'il n'avait jamais entendues ; et, l'étant ensuite recommandé à Dien, il fat étranglé et pois réduit en cendres. Florent Junius ajoute qu'un homme qui assistait d'office ■ l'exécution lui raconta toutes ces choses (i).
Nous ne croyons pas impassible que Dotet se soit conformé au formulaire du bourreau, mais il faut probablement eu attribuer la cause plutôt au rétention qui suit l'arrêt de condamnation qu'a un changement subit de croyance religieuse. Ce retendu* porte, en effet, que, s'il fait aucun scandale ou dit aucun blasphème, au moment même de l'exécution, la langue lui sera coupée, et qu'il sera brûlé tout vif. Dolet aura sans doute trouvé qull suffisait d'être pendu et de n'être brûlé qu'après sa mort an bûcher alimenté par ses livres , et il aura préféré invoquer la sainte
(1) Voyez Almeluveen (Amœniliilei ihtalagicaphitatogitai, Amst., i6g4) et Baylc, Dicl. hitt., art. Dnltl.
Cooyk'
Vierge et réciter quelques prières à saint Etienne, son patron, qui, comme lui, a souffert le martyre, plutôt que de voir «on supplice aggravé; car le bourreau lui disait que , s'il refusait , il savait bien a qu'il avait à foira (i).
Il paraît certain qu'Etienne Dolet avait eu constamment la prévision de sa triste fin. Jl y (ait plusieurs fins allusion dans ses ouvrages , notamment dans les vers à Guillaume Budée,
(i) On lit dans le Ptttiniana, dans Maittaire, dans l'Histoire de FrantoU I" par Gaillard, qu'Etienne Dolet fit ce mauvais vers pentamètre en marchant
Non dulct ipie Dolet, lad pin Inrb» ddtt.
On ajoute qne le docteur qui i'eibortait n'eut pas honte d'insulter a son malheur, en retournant ce vende cette manière :
iNoa pii turba dolet, led dolet ipse Dolet.
11 est pins que vraisemblable que c'est la un conte fait a plaisir. Dn reste, Gaillard dit qu'on. assure que Dolet fut brùtê comme impie.
Cooyk'
eu tête du tecond volume de» Commaiiaim mr la Langue lafins.ll tint pris aussi pour emblème nue doloirt (i) atec laquelle mie main, qui «échappe d'nn nuage, frappe un tronc d'arbre. H entourait quelquefois cet emblème de la devise suivante :
Ces chose) se passaient sont le règne d'un prince que l'histoire appelle te Père dti ttttra 1
(1) Hache dont se terrent les tonnelier*.
Cooyk'