INTRODUCTION
Le Procès de Condamnation de Jeanne d'Arc est, à juste titre, un des documents les plus célèbres de notre histoire : il nous fait connaître une cause qui a gravement scandalisé la conscience humaine, en même temps qu'il nous révèle les traits les plus véridiques et les plus touchants de la vie de l'héroïque Jeanne d'Arc, orgueil et miroir d'un peuple. Ce document nous rend en quelque sorte les témoins d'un drame du plus haut pathétique où l'innocence et la jeunesse sont victimes de la passion politique, de la vieille science théologique et juridique. Le droit formel y triomphe de la candeur et de l'intuition.
Depuis fort longtemps', avant même l'admirable publication de Jules Quicherat', les historiens ont accordé à ce document un crédit tout spécial, et parfois exclusif. C'est qu'il nous rapporte les paroles mêmes de Jeanne, qu'il nous présente les actes de son martyre. Un sentiment de réaction s'est dessiné depuis peu chez les critiques'. Nous plaçons aujourd'hui sur le même plan le Procès de Réhabilitation. A côté des interrogatoires de ses juges, des réponses de Jeanne, nous voulons entendre les propos des témoins à décharge qui l'ont connue, des gens de son pays surtout, de ses
1 . Etienne Pasquier, Les Recherches de la France, Paris, i S96, in-fol., 1. VI, ch. s . — Edmond Richer, Histoire de la Pucelle d'Orléans, ouvrage demeuré manuscrit et rédigé vers 1631 ; utilisé par l'abbé Lenglet Dufresnoy en 1753, il a été édité par Ph.-H. Dunand en 191 1. — L'Averdy, Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. III, 1790.
2. Procès de Condamnation et de Réhabilitation de Jeanne d'Arc dite la Pucelle, Paris, 1841-1S49, 5 vol. in-8'J.