Achille Luchaire (Grande Revue, 25 mars
compagnons d'armes. Les deux procès se complètent d'ailleurs admirablement; ils sont inséparables; ils nous présentent le drame et l'idylle. Dans le cintre de feuillage, dans le cercle de feu qu'évoquent ces deux documents, la figure de Jeanne apparaît beaucoup plus près de nous que chez les chroniqueurs contemporains ou chez les historiens modernes. Dans leurs pages naïves, dans leurs ouvrages si remplis soient-ils d'érudition ou de ferveur, on a toujours l'impression que la figure de Jeanne, si près de la terre et si près du ciel, n'est qu'entrevue. Les procès nous présentent quelque chose de beaucoup plus achevé. La plus belle des histoires de Jeanne d'Arc, la plus véridique, la plus vivante, demeure enclose dans ces deux documents.
On peut s'étonner' dès lors de voir qu'ils soient demeurés aussi peu accessibles dans une édition devenue fort rare, complets seulement dans le texte latin, langue commune jadis à tous ceux qui pensaient mais qui, il faut le dire, est de moins en moins familière à la généralité des hommes. C'est pour répondre en quelque sorte à ce besoin public qu'il y a bien des années, à la requête de mon cher père, j'ai entrepris la publication du texte latin du Procès de Condamnation accompagné d'une traduction en français, qui sera suivi du Procès de Réhabilitation : ouvrage qui aurait dû paraître en 19 14, dont l'introduction a été écrite en grande partie dans les tranchées de la Somme, au hasard des relèves, dans la nuit des cagnas, et qui vient tout de même à son heure, en ce mois de mai 1921, où la première fête nationale de la sainte sera célébrée.
Ce grand procès, ce « très célèbre procès » \ un des plus vastes monuments juridiques de ce temps, il n'était pas aisé d'en entreprendre la lecture '. Ce sera chose plus facile