‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 10 sur 182 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

autre n'était composée de plus de membres et de docteurs plus distingués. Toutes les nations étaient admises à la Sorbonne ; tous les ordres religieux étaient représentés à Paris par l'élite de leurs frères. Il ne semblait pas qu'on pût trouver ailleurs un tribunal plus impartial et plus éclairé '. »

En fait, les docteurs en théologie conciliaient avec l'obligation de défendre l'orthodoxie, la liberté de discussion et d'examen nécessaire à la culture de l'esprit. Cette Faculté était comme le cœur de l'Université de Paris, l'enseigne ment des arts demeurant une préparation à la théologie Elle était la gloire intellectuelle de l'Université, le berceau de tous les grands philosophes, de tous ceux qui ont pensé au moyen âge ; de tous ceux qui allèrent prendre la parole au concile de Bâle en faveur des libertés de l'Eglise gallicane.

L'Université a exercé, à travers les siècles, ce droit de connaître des hérésies ou opinions produites à Paris et dans les environs. Des pays les plus reculés, en matière de foi, on faisait appel au jugement de l'Université de Paris. Or, en ce temps, les maîtres étaient préoccupés d'actes de sorcellerie qui avaient tant exalté les imaginations, depuis quelques années déjà^

Au milieu des désordres sans nombre qui marquèrent la première moitié du xv^ siècle, l'Université fut donc l'unique manifestation de l'opinion intellectuelle en France.

Gerson avait parlé en son nom pour une réforme générale du royaume, en 1405. Elle résiste au pape, qui lève les décimes, et communique sans cesse avec lui ; elle réprimande le roi et combat les ordres mendiants; elle correspond, après la mort du duc d'Orléans, avec les ducs de Berry et de Bourgogne ; prend parti pour Jean Petit, pour le duc de Bourgogne, toujours au nom de la réforme. Elle

1. Charles Thurot, ihid., p. i6o. Cf. la déposition d'André Marguerie.

2. Denifle et Châtelain, Chartitlariniii Universitatis Parisiensîs, introduction.

s'insurge avec le populaire, dés 1408, et Charles VI doit publier un mandement afin que ses suppôts ne soulèvent pas le peuple de Paris. Elle humilie le prévôt, Guillaume de Thignon ville. Le roi vient lui demander de faire excommunier le duc d'Orléans; le duc de Bourgogne lui communique « ses secrets ». Elle fait approuver l'ordonnance cabochienne, puis, après l'émeute, célèbre les bienfaits de la concorde et condamne les propositions de Jean Petit ; elle se prononce en "faveur des libertés de l'Eglise gallicane. Mais, quand les Bourguignons rentreront dans Paris, l'Université reniera hautement les actes des cinq dernières années; les hommes qui l'ont tenue en servage ont trompé la nation et le roi, ruiné les études. Elle est toute bourguignonne ; Gerson et Machet ont dû s'absenter. Aigrie et sans ressources, après le détestable meurtre de Jean sans Peur qu'elle promet de venger, l'Université délègue Pierre Cauchon pour approuver le traité de Troyes, auquel elle adhère solennellement. Elle est anglaise, dés lors. On voit qu'elle demande à Henri V de confirmer ses privilèges (1420); elle recommande encore Pierre Cauchon pour le siège de Beauvais, « car il est très prudent et très bénigne personne et homme degrantclergie ». Elle rend des actions de grâces à Henri V qui vient de s'emparer de Meaux; l'union des nobles rois de France et d'Angleterre, des deux nobles royaumes, de leurs bons sujets, est exaltée, ainsi que l'amour de la paix : elle n'oublie surtout pas Bedford, le lettré Gloucester qui sont ses deux protecteurs. L'Université fait de pieuses offrandes à chaque victoire anglaise. Elle exulte à l'annonce que Henri VI va se rendre en France pour visiter son royaume (avril 1431)'.

Au mois de décembre 143 1, une scène bien extraordinaire se déroula dans Paris où le petit Henri VI fit son entrée solennelle'. Ce fut l'un des juges de Jeanne d'Arc, Nicolas

1. Denifle et Châtelain, Chartulaiiiiiu Univ. Pa/'/5., passim.

2. Jourfhil iViiii hourgeois de Paris, éd. Tuetey, p. 274-278.

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