INTRODUCTION XXI
Midi, qui fut chargé de le haranguer au nom de l'Université. Il exprima la joie universitaire de voirbrillerdans l'enfant roi les principes excellents qui conviennent à un monarque et à un prince catholique, c'est-à-dire l'obéissance envers Dieu et l'Église, le zèle pour la justice, les vertus de clémence et de miséricorde. Nicolas Midi salua dans Henri VI le père, le patron, le tuteur, le refuge particulier de l'Université, qui était sa fille aînée <( orpheline ou plutôt veuve depuis son absence, puisqu'elle n'avait plus son singulier et spécial protecteur pour la conduire ». 11 lui disait son accablement, «lui demandait audience, espérant que ledit seigneurla traitera bien et favorablement, comme le firent les rois ses prédécesseurs ». Et Nicolas Midi traduisait le rêve, l'utopie des universitaires : cette union des deux royaumes « qui auparavant furent divisés et en discorde », évoquant le spectacle des guerres, des séditions, la ruine des églises, la diminution du culte. Que cette bonne union soit réalisée, par la grâce Dieu, et tous maux cesseront, comme il y a lieu de l'espérer !
Voici ce qu'un universitaire devait dire, dans un compliment adressé au roi anglais, en lui présentant tous ses vœux de joyeux avènement, des prières pour sa santé et le succès de ses entreprises, l'offre d'oraisons publiques, de prédications au peuple. Document si extraordinaire qu'on n'avait su jusqu'à présent le dater comme il convient'.
A dire vrai, l'Université avait souffert du commun malheur des temps^ En 1425, protestant auprès de Martin V
1. Denifle et Châtelain, Char l nia ri uni Univ. Paris., t. IV, p. 532-553. (Minute originale à la Bibl. de l'Université de Paris.) Jusqu'au Père Denifie, qui a reconnu la vraie date de ce morceau, tous tes historiens de l'Université avaient donné à ce document la date du 12 novembre 1437, ^'■'i ^^^ ^'^^^^ '^^ l'entrée de Charles VII à Paris (md., p. 533 n.).
2. « Regarde le Université de Paris, qui estoit corps composé de plus hautes gens qui soient au monde, car ils conservoient ou temps passé la foy ; mais ils ont esté cause en partie que paix s'en est partye de France et a esté accompaignée par gens sédicieux et pescheurs, et de très mauvaise voulenté. » (Epitres de Jouvenel des Ursins. Bibl. nat., ms. fr. 16259, P- 5i^-)
XXII PROCÈS DE CONDAMNATION DE JEANNE d'aRC
contre la création de nouvelles universités françaises, Valma dira que ses membres sont dispersés et qu'elle est bien diminuée de son antique gloire. Jean Gerson vivait à Lyon en exil ; d'autres universitaires éminents, depuis 1418, s'étaient réfugiés auprès de Charles VIL Ceux qui demeuraient à Paris semblaient, pour la plupart, de fanatiques Bourguignons ; entendons qu'ils servaient, comme tant d'autres, les maîtres du jour. La domination des Anglais paraissait bien avoir été reconnue par Charles VI lui-même. Le Parlement, une grande partie de la France, avait accepté et juré le traité de Troyes. Un mariage avait scellé la fusion juridique des deux royaumes. Le pape lui-même' n'aurait pas blâmé cette opinion des maîtres ; et l'Église n'a jamais à intervenir dans ce que nous appellerions un changement de gouvernement. Les Anglais étaient des chrétiens et des catholiques. Ils se montraient alors, surtout à l'instigation de Bedford, fils très dévoués et soumis de la Papauté. Mais enfin il faudrait peut-être parler avec prudence de cette décadence de l'Université. Sa puissance morale était la même ; le malheur des temps voulait qu'on n'y professât qu'une opinion. Sur Jeanne, l'avis des maîtres était en ce temps-là unique.
La Pucelle fut prise le 23 mai 1430, à six heures du soir. Cette nouvelle n'arriva à Paris que le 23, au matin. Le 26, le greffier de l'Université de Paris écrivit, au nom et sous le sceau de l'inquisiteur de France, une sommation au duc de Bourgogne afin que Jeanne, « souspeçonnée véhémentement de pluseurs crimes sentens hérésie », fût remise « pour ester à droit » par devers le procureur de la sainte inquisition... « au bon conseil, faveur et aide des bons docteurs et maistres de l'Université de Paris et autres notables conseillers estans par deçà ».
Dans les conciliabules de l'Université, autant que dans les