‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 119 sur 182 · ACTES POSTÉRIEURS · texte numérisé non relu

ACTES POSTÉRIEURS

Item, le jeudi 7 juin, ledit an I-J31, nous juges susdits, de notre propre mouvement fîmes des informations touchant certaines paroles, dites par la feue Jeanne en présence de personnes dignes de foi, tandis qu'elle était encore en sa prison, avant d'être menée au jugement.

Et premièrement vénérable et circonspecte personne maître Nicolas de Venderès, licencié en droit canon, archidiacre d'Eu et chanoine de l'église de Rouen, âgé de 3 2 ans ou environ, témoin produit, juré, reçu et examiné cedit jour, dit par son serment que, le mercredi, dernier jour de mai, la veille de la fête de l'Eucharistie de Notre Seigneur Jésus-Christ dernièrement passée ^-i^, ladite Jeanne, étant encore dans les prisons où elle était détenue au château de Rouen, a déclaré qu'attendu que les voix venant à elle lui avaient promis qu'elle serait délivrée des prisons et qu'elle voyait le contraire, elle entendait et savait qu'elle était et fut par elles déçue.

Item cette Jeanne disait et confessait qu'elle avait vu et ouï, de ses propres yeux et oreilles, les voix et apparitions, dont il a été question au procès. Et à ce procès furent présents, savoir nous, lesdits juges : maître Pierre Maurice, Thomas de Courcelles, Nicolas Loiseleur, frère Martin Lavenu, et maître Jacques Le Camus, avec plusieurs autres.

Frère Martin Lavenu, prêtre, de l'ordre des frères Prêcheurs, âgé d'environ 33 ans, témoin produit, reçu, juré et examiné, a dit et déposé que cette Jeanne, le jour où l'on porta contre elle sentence, le matin, avant d'être conduite au jugement, en présence de maîtres Pierre Maurice, Nicolas Loiseleur et du dit Toutmouillé, dominicain ^-^^ comme lui, qui parle, a dit et confessa qu'elle savait et reconnaissait que, par les voix et apparitions qui lui vinrent, et dont il a été question en son procès, elle a été déçue : car lesdites voix lui promirent à

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elle, Jeanne, qu'elle serait délivrée et expédiée de prison; et bien apercevait le contraire.

Interrogée qui la poussait à ce dire, il dit que, lui qui parle, maîtres Pierre Maurice et Nicolas Loiseleur, l'exhortèrent pour le salut de son âme; et ils lui demandaient s'il était vrai qu'elle eût eu ses voix et apparitions. Et elle répondit que oui. Et en ce propos continua jusqu'à la fin. Toutefois elle ne déterminait proprement (du moins à ce qu'entendit celui qui parle) en quelle apparence elles venaient, si ce n'est, du mieux qu'il se le rappelle, qu'elles venaient en grande multitude et en dimension minime. Et en outre il ouït alors dire et confesser par cette Jeanne que, du moment que les gens d'Église tenaient et croyaient que, si quelques esprits venaient à elle, ils venaient et procédaient de malins esprits, elle aussi tenait et croyait ce qu'en cette matière lesdites gens d'Eglise tenaient et croyaient, et qu'elle ne voulait plus ajouter foi auxdits esprits. Et, à ce qu'il semble à celui qui parle, cette Jeanne était alors saine d'esprit.

Item, lui qui parle, dit que, ce jour-là, il a ouï dire et confesser par cette Jeanne que, bien que dans ses confessions et réponses elle se soit vantée de ce qu'un ange de Dieu avait apporté la couronne à celui qu'elle nomme son roi, et de bien d'autres chosesplus longuement rapportées dans son procès ; cependant, de son gré, sans contrainte, elle a dit et confessé que, dans tout ce qu'elle a dit et dont elle s'est vantée au sujet dudit ange, il n'y eut aucun ange qui apporta ladite couronne ; qu'elle-même, Jeanne, fut l'ange qui, à celui qu'elle nommait son roi, avait dit et promis qu'elle le ferait couronner à Reims, si on la mettait en œuvre ; qu'il n'y avait pas eu une autre couronne envoyée de par Dieu, en dépit de ce qu'elle avait dit et affirmé au cours de son procès au sujet de la couronne et du signe donné à celui qu'elle nommait son roi.

Vénérable et discrète personne, maître Pierre Maurice, professeur en théologie sacrée, chanoine de Rouen, âgé de 38 ans environ, témoin produit, reçu, juré et examiné ce dit jour, dit et dépose que, le jour où futportéela sentence contre cette Jeanne, tandis qu'elle était encore

aux prisons, lui qui parle se rendit au matin vers elle en vue de l'exhorter pour le salut de son âme : et il l'ouït, tandis qu'il l'exhortait et lui demandait ce qui en était dudit ange qu'elle avait dit avoir apporté la couronne à celui qu'elle nommait son roi, et dont il a été fait mention au procès, répondre qu'elle-même était cet ange.

Interrogée sur la couronne qu'elle lui promettait, sur la multitude des anges qui l'accompagnèrent, etc., répondit affirmativement, et qu'ils lui apparaissaient sous les apparences de certaines choses de minime dimension ^^°.

Interrogée enfin par celui qui parle si cette apparition était réelle, répondit que oui ; et réellement « soit bons, soit mauvais esprits, ils me sont apparus ». Disait aussi ladite Jeanne qu'elle entendait les voix surtout à l'heure de compiles ^5'^ quand les cloches sonnaient, et encore au matin quand on sonne les cloches '^^-. Et celui qui parle lui disait qu'il y avait bonne apparence que c'étaient de malins esprits qui lui avaient promis son expédition, et qu'elle avait été trompée; sur quoi cette Jeanne dit et répondit que c'était vrai, et qu'elle avait été déçue. Et il ouït aussi d'elle qu'elle s'en rapportait aux gens d'Eghse, si c'étaient de bons ou de mauvais esprits. Et, à ce qu'il lui semble, tandis qu'elle disait cela, cette Jeanne était saine d'esprit et d'intellect.

Frère Jean Toutmouillé, prêtre, de l'ordre des frères Prêcheurs, âgé de 34 ans ou environ, témoin produit, juré, examiné ce dit jour, dit et dépose sous son serment que, le jour où fut portée la sentence contre cette Jeanne, savoir le mercredi veille de la fête de l'Eucharistie du Christ, lui qui parle, accompagnant frère Martin Lavenu, du rhême ordre, qui s'était rendu au matin vers cette Jeanne en vue de l'exhorter pour le salut de son âme, ouït dire à Pierre Maurice, qui l'avait précédé là, qu'elle avait dit et confessé que touchant la couronne il n'y avait que fiction, qu'elle-même était l'ange. Et ledit maître Pierre le rapportait en latin.

Et fut ensuite interrogée sur les voix qui lui vinrent et sur ses appa-

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ririons. Elle répondit que réellement elle entendait des voix, surtout quand on sonnait les cloches, à l'heure de compiles et de matines ; cependant maître Pierre lui avait alors dit que parfois des hommes, entendant sonner les cloches, croient entendre et saisir certaines paroles ^5 3,

Item ladite Jeanne disait et confessait aussi avoir eu des apparitions, qui venaient à elle, parfois en grande multitude, parfois en quantité petite, ou bien sous l'aspect de choses minimes ; elle n'en déclara pas autrement la forme et figure.

Item dit que ce jour-là, après notre arrivée dans la chambre où Jeanne était détenue, nous évêque susdit, en présence de messire le vicaire de monseigneur l'inquisiteur, nous dîmes à cette Jeanne en français : « Or ça, Jeanne, vous nous avez toujours dit que vos voix vous disaient que vous seriez délivrée, et vous voyez maintenant comment elles vous ont déçue : dites-nous maintenant la vérité ? » — «A quoi Jeanne répondit alors : « Vraiment; je vois bien qu'elles m'ont déçue ! » Il ne lui a rien entendu dire de plus, si ce n'est qu'au commencement, avant que nous, juges susdits, arrivâmes au lieu de la prison, cette Jeanne fut interrogée si elle croyait que ses dites voix et apparitions procédassent de bons ou de mauvais esprits. Cette Jeanne répondit : « Je ne sais ; je m'en attends à ma mère l'Église » ; ou ceci : « ou à vous qui êtes gens d'Eglise ». Et, à ce qu'il semble à celui qui parle, Jeanne était saine d'esprit ; et ceci encore « qu'elle était saine d'esprit », il l'entendit confesser par cette Jeanne ^54^

Item Jacques Le Camus, prêtre, chanoine de Reims, âgé de 53 ans ou environ, témoin produit, juré examiné cedit jour, dit et dépose sous son serment que, le mercredi, veille de la fête de l'Eucharistie de Notre Seigneur dernièrement passée, lui qui parle alla avec nous, évêque susdit, à heure matinale, en la chambre où Jeanne était détenue, au château de Rouen. Et là il entendit que cette Jeanne disait et confessait à haute voix et publiquement, de telle sorte que tous les assistants purent l'ouïr, assavoir qu'elle, Jeanne, avait vu les apparitions venir à elle et qu'elle avait aussi ouï leurs voix, et qu'elles

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lui avaientpromisqu'elleseraitdélivréedesprisons;et que, puisqu'elle reconnaissaitbien qu'elles l'avaient déçue, elle croyait qu'elles n'étaient pas de bonnes voix et choses bonnes. Et peu après, elle confessa ses péchés à frère Martin *^'\ de l'ordre des Prêcheurs. Et après sa confession et contrition, alors que ledit frère allait lui administrer le sacrement d'eucharistie, tenant l'hostie consacrée entre ses mains, il lui demanda : « Croyez-vous que ce soit le corps de Notre Seigneur ? » Répondit ladite Jeanne que oui, et « le seul qui me puisse délivrer ; je demande qu'il me soit administré )^. Et ensuite ce frère disait à cette Jeanne : « Croyez-vous encore à ces voix ? » Répondit ladite Jeanne : « Je crois en Dieu seul, et ne veux plus ajouter foi à ces voix, puisqu'elles m'ont déçue ! »

Maître Thomas de Courcelles, maître es arts et bachelier formé en théologie, âgé d'environ trente ans, témoin produit, reçu, juré et examiné ce jour-là, dit et dépose par son serment que, le mercredi, veille de la fête de l'Eucharistie de Notre Seigneur, lui qui parle se trouvant en la présence de nous, évêque, dans la chambre où cette Jeanne était détenue au château de Rouen, le témoin ouït et comprit que nous, évêque, demandâmes à Jeanne si ses voix lui avaient dit qu'elle serait délivrée. Et elle répondit que ses voix lui avaient dit qu'elle serait délivrée, et qu'elle fît bonne chère. Et ajouta ladite Jeanne, à ce qu'il semble au déposant, sentencieusement : « Je vois bien que j'ai été déçue. » Et alors nous, évêque susdit, ainsi que dépose celui qui parle, nous dîmes à Jeanne qu'elle pouvait bien voir que ces voix-là n'étaient pas de bons esprits, et qu'elles ne venaient pas de Dieu; car, s'il en était ainsi, jamais elles n'auraient dit fausseté ou auraient menti.

Maître Nicolas Loiseleur, maître es arts, chanoine des églises de Rouen et de Chartres, âgé de quarante ans ou environ, témoin produit, reçu, juré et examiné ce jour-là, dit et dépose par son serment que le mercredi, veille de la fête de l'Eucharistie de Notre Seigneur dernièrement passée, lui qui parle, vint ce matin-là avec véné-

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rable personne, maître Pierre Maurice, professeur en théologie sacrée, dans la prison où Jeanne, vulgairement dite la Puceîle, était détenue, afin de l'exhorter et admonester sur son salut. Requise de dire la vérité au sujet de l'ange qu'elle dit dans son procès avoir porté une couronne bien précieuse et d'or très fin à celui qu'elle nomme son roi, et qu'elle ne cachât plus longuement la vérité, attendu qu'elle n'avait plus qu'à penser au salut de son âme, le témoin ouït dire à cette Jeanne que ce fut elle, Jeanne, qui avait annoncé la couronne dont il a été question au procès à celui qu'elle nomme son roi, qu'elle-même fut l'ange et qu'il n'y avait pas eu d'autre ange.

Et alors elle fut interrogée si, en fait, une couronne fut baillée à celui qu'elle nomme son roi. Répondit qu'il n'y eut rien d'autre que la promesse du couronnement de celui qu'elle nomme son roi, qu'elle la fit à lui-même, c'est assavoir lui assurant qu'il serait couronné.

Dit en outre, lui qui parle, que plusieurs fois, tant en présence dudit maître Pierre [Maurice] et de deux frères prêcheurs, qu'en présence de nous, évêque susdit, et aussi de plusieurs autres, il entendit dire à Jeanne qu'elle avait eu réellement révélations et apparitions d'esprits ; et qu'elle fut déçue dans ces révélations ; et que cela, bien le connaissait et voyait, puisque la délivrance des prisons lui avait été promise par ces révélations, et qu'elle s'apercevait du contraire ; et si ces esprits étaient bons ou mauvais, elle s'en rapportait sur cela aux clercs; mais à ces esprits elle n'ajoutait plus foi, ni n'en ajouterait plus.

Item, dit le déposant qu'il l'exhorta, pour enlever l'erreur qu'elle avait semée parmi le peuple, à avouer publiquement qu'elle avait été trompée elle-même et qu'elle avait trompé le peuple, en ayant ajouté foi à de telles révélations, en ayant exhorté le peuple à y croire, et qu'elle demandât humblement pardon de cela. Et Jeanne répondit que volontiers le ferait, mais qu'elle n'espérait pas alors s'en souvenirquand besoin serait de le faire, assavoir quand elle serait en public en jugement ; et elle requit son confesseur afin qu'il lui remît cela en

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mémoire, et autres choses concernant son salut. Et de ceci, et de maints autres indices, il semble à celui qui parle que cette Jeanne était saine d'esprit, montrant alors grands signes de contrition et de pénitence pour les crimes par elle perpétrés ; et il l'ouït, tant en sa prison qu'en présence de plusieurs, en jugement public, avec la plus grande contrition de cœur, demander pardon aux Anglais et aux Bourguignons, car elle avouait qu'elle les avait fait occire et mis en fuite, et leur avait causé beaucoup de dommages ^5^^

S'ensuit la teneur des lettres que le roi notre sire écrivit a l'empereur ^>7, AUX ROIS, ducs et AUTRES PRINCES DE TOUTE LA CHRÉTIENTÉ.

Votre impériale Grandeur — sérénissime roi et notre frère tiès cher — est connue par l'affection très dévouée et le zèle qu'elle porte à l'honneur de la foi catholique et à la gloire du nom du Christ. Vos inclites efforts et vos courageux labeurs sont assidûment dirigés vers la protection du peuple fidèle, pour livrer combat à la malice des hérétiques. Vos esprits exultent donc d'une immense joie, toutes les fois que vous apprenez qu'en vos terres la foi sacro-sainte a été exaltée et la pestilence des erreurs opprimée. Ce qui nous meut à écrire à votre sérénité au sujet de la juste punition qu'asubierécemment,pourses démérites, certaine devineresse mensongère qui parut, il y a peu de temps, en notre royaume de France.

Certaine femme y avait en effet surgi, d'une étonnante présomption, que le vulgaire appelait la Pucclle, et qui, à l'encontre de la décence naturelle, adoptant l'habit d'homme, couverte de l'armure militaire, s'entremit audacieusement de massacres humains en plusieurs rencontres belliqueuses et parut en divers combats. Et sa présomption monta à ce point qu'elle s'était vantée d'être envoyée de par Dieu pour mener ces luttes guerrières, et que saint Michel, saint Gabriel, une multitude d'autres anges, ainsi que les saintes Catherine et Marguerite, lui apparurent visiblement. Ainsi, durant presque une année entière, elle a séduit les populations, de proche en proche, si bien que la plupart des hommes, détournés d'ouïr la vérité, donnaient créance aux fables que la rumeur publique propageait à travers presque tout l'univers sur les gestes de cette superstitueuse femme 6>^. Enfin la divine clémence, prenant en pitié son peuple qu'elle voyait tout ému et si légèrement donner dans ces

crédulités nouvelles et périlleuses au plus haut point, avant d'avoir la preuve qu'elle était inspirée de Dieu, a mis cette femelle en nos mains et en notre puissance.

Quoiqu'elle eût infligé à nos gens plusieurs défaites, qu'elle eût apporté en nos royaumes beaucoup de dommages, et que, de ce fait, il nous eût été loisible de lui faire immédiatement subir de graves châtiments, néanmoins nous n'avons pas eu un moment le dessein de venger ainsi notre injure et de la bailler immédiatement à la justice séculière pour qu'elle en fît punition. Mais nous avons été requis par l'évêque du diocèse oii elle fut prise, afin de la rendre à la juridiction ecclésiastique pour être jugée, car on la réputait avoir commis des crimes graves et scandaleux au préjudice de la foi orthodoxe et de la religion chrétienne. Alors seulement, comme il convient à un chrétien roi, révérant de filiale affection l'autorité ecclésiastique, nous avons aussitôt livré ladite femme au jugement de notre sainte mère l'Église et à la juridiction duditévéque.

Et celui-ci certes, en toute solennité et gravité bien honorable, pour l'honneur de Dieu et la salutaire édification du peuple, après s'être adjoint le vicaire de l'inquisiteur de la perversité hérétique, a conduit de la sorte ce très insigne procès. Et quand lesdits juges eurent interrogé cette femme durant de longs jours, ils firent examiner ses confessions et assertions par les docteurs et maîtres de l'Université de Paris et par plusieurs autres personnes infiniment lettrées; d'après leurs délibérations, ils tinrent pour inanifeste que cette femme était superstitieuse, devineresse, idolâtre, invocatrice de démons, blasphématrice envers Dieu, les saints et les saintes, schismatique et fort errante en la foi de Jésus-Christ.

Or, afin que cette misérable pécheresse fût purgée de si pernicieux crimes, que son âme trouvât médecine en l'extrémité de ses maux, elle fut admonestée fréquemment par de charitables exhortations, durant bien des jours, afin que, rejetant toutes erreurs, elle marchât dans le droit sentier de la vérité et se gardât du grave péril menaçant et son corps et son âme.

Mais l'esprit de superbe s'empara de son esprit à ce point que par nul moyen son cœur de fer ne put être amolli par saines doctrines et salutaires conseils. Loin de là, opiniâtrement, elle se vanta d'avoir tout fait parle commandement de Dieu et des saintes qui lui apparaissaient visiblement; et, ce qui était pire encore, elle ne reconnaissait nul juge sur la terre; à nul elle ne se soumettait, si ce n'esta Dieu seul et aux bienheureux de la triomphante patrie, vomissant le jugement de notre Saint- Père le pape, ceux du concile général et de toute l'Église militante.

D'oij lesdits juges virent tout l'endurcissement de son esprit : c'est pourquoi cette femme fut citée, en présence du peuple ; on lui déclara ses

erreurs, dans une prédication publique, et des admonitions finales lui furent faites. Enfin la sentence de condamnation desdits juges commença à être portée. Mais, avant la fin de cette lecture, cette femme chans^ea son ancien propos et proclama qu'elle allait dire choses meilleures. Ce que ses juges accueillirent d'un esprit joyeux; espérant avoir racheté son corps et son âme de la perdition, ils prétL;rent à son discours des oreilles fiivorables. Alors elle se soumit à l'autorité de l'Église, révoqua et abjura à pleine bouche ses erreurs et ses crimes pestilentiels, souscrivant de sa propre main la cédule de cette révocation et abjuration.

C'est ainsi que notre pieuse mère l'Eglise se réjouit quand la pécheresse mène pénitence, ramenant au bercail la brebis égarée qui errait au désert: ainsi elle la fit mettre aux prisons pour faire salutaire pénitence. Mais le feu de sa superbe, qui semblait alors étoufl^é, excité de nouveau par le souffle des démons, monta tout à coup en flammes pestilentielles ; cette malheureuse femme retourna à ses erreurs, à ces mensongères infamies qu'elle avait vomies naguère. Enfin, comme les sanctions canoniques l'ordonnent, pour ne pas porter pourriture aux autres membres du Christ, elle fut abandonnée au jugement de la puissance séculière qui décida que son corps devait être brûlé ^)9.

Et cette misérable, voyant alors sa fin proche, reconnut ouvertement et confessa pleinement que les esprits qu'elle prétendait lui être apparus visiblement, maintes fois, n'étaient que des esprits malins et menteurs ; que sa délivrance de prison lui avait été faussement promise par ces esprits, qu'elle avouait avoir été moquée et déçue.

Tellefut l'issue, telle sa fin. Roi sérénissime, nous avons cru bon, pour lors, de vous la dévoiler, afin que votre Grandeur royale puisse connaître avec certitude la chose elle-même et informer autrui de la mort de cette femme.

Car il y a une chose que nous estimons tout à fait nécessaire aux peuples fidèles, c'est que, par votre sérénité et les autres princes, tant ecclésiastiques que séculiers, les peuples catholiques soient induits soigneusement à ne pas donner créance légère aux superstitions et frivolités erronées ; surtout à une époque comme celle que nous venons de traverser, où nous avons vu surgir en diverses régions plusieurs pseudo-prophètes et semeurs d'erreurs, qui, dressés dans leur impudente audace contre notre sainte mère l'Église, infecteraient sans doute tout le peuple de Christ si la miséricorde céleste, et ses fidèles ministres, ne s'appliquaient pas avec une vigilante diligence à repousser et à punir les eff'orts de ces hommes réprouvés.

Daigne Jésus-Christ conserver votre Grandeur, roi sérénissime, pour

la protection de son Eglise et de la religion chrétienne, durant de longs ours, avec prospérité et succès de vos vœux ! Donné à Rouen, le 8 juin 143 1.

S'ensuit la teneur des lettres que le roi notre sire écrivit aux

PRÉLATS DE l'ÉGLISE, AUX DUCS, AUX COMTES ET AUTRES NOBLES, ET AUX BONNES VILLES DE SON ROYAUME DE FRANCE.

Révérend père en Dieu, Il est d'assez commune renommée, déjà divulgée partout, comment la femme qui se faisait appeler Jeanne la Pticelle, erronée devineresse, s'était, il y a deux ans et plus, contre la loi divine et l'état de son sexe féminin, vêtue d'habit d'homme, chose abominable à Dieu; et, en cet état, elle s'était transportée vers notre ennemi capital, auquel et à ceux de son parti, gens d'églises, nobles et populaire, elle donna souvent à entendre qu'elle était envoyée de par Dieu, se vantant présomptueusement qu'elle avait souvent communication personnelle et visible avec saint Michel, une grande multitude d'anges et de saintes du Paradis, comme sainte Catherine et sainte Marguerite. Et par ces faussetés qu'elle donnait à entendre, par l'espérance qu'elle suscitait de victoires futures, elle retira plusieurs cœurs d'hommes et de femmes de la voie de la vérité, elle les convertit à fables et à mensonges. Elle se vêtit aussi d'armures, comme les portent chevaliers et écuyers, leva étendard ; et, par trop grand outrage, orgueil et présomption, elle demanda à avoir et à porter les très nobles et excellentes armes de France, ce qu'elle obtint en partie. Et elle les porta en plusieurs conflits et assauts, ainsi que ses frères, à ce qu'on dit : c'est à savoir un écu à champ d'azur, avec deux fleurs de lis d'or, et une épée, la pointe en haut férue en une couronne. En tel état elle s'est mise aux champs, a conduit gens d'armes et de trait, en troupes et à grandes compagnies, pour faire et exercer d'inhumaines cruautés, en répandant le sang humain, en faisant séditions et commotions de peuples, en les induisant à parjures et à pernicieuses rebellions, à superstitions et à fausses croyances, en perturbant toute vraie paix et en renouvelant guerre mortelle, en souffrant que plusieurs l'adorassent et la révérassent comme sainte femme, et en besognant damnablement en divers autres cas trop longs à exprimer, mais qui toutefois ont été assez connus, en plusieurs lieux, ce dont presque toute la chrétienté a été fort scandalisée.

Mais la divine puissance, prenant pitié de son peuple loyal, ne l'a Ion-

guenient laissé en péril et n'a point souffert qu'il demeurât dans les crédulités vaines, périlleuses et nouvelles où il se mettait si légèrement : elle a permis, par sa grande miséricorde et clémence, que ladite femme fût prise devant Compicgne et mise en notre obéissance et domination. Et, dès lors, nous fûmes requis par l'évêque du diocèse où elle avait été prise, de la lui faire délivrer, en tant que notée et diffamée de crime de lèse-majesté divine, comme à son juge ecclésiastique. Nous, autant par révérence pour notre mère sainte Eglise, dont nous voulons préférer les saintes ordonnances à nos propres faits et volontés, ainsi que de raison, que pour l'honneur aussi et l'exaltation de notre dite sainte foi, lui fîmes bailler ladite Jeanne afin de lui faire son procès : car nous ne voulions pas que les gens et officiers de notre justice séculière en prissent aucune vengeance ou punition, ainsi qu'il nous était licite de le faire raisonnablement, attendu les grands dommages, les inconvénients, les horribles homicides, les détestables cruautés et autres maux innombrables qu'elle avait commis contre notre seigneurie et notre loyal peuple obéissant. Cet évoque, adjoint avec lui le vicaire de l'inquisiteur des erreurs et des hérésies, appelés avec eux un grand nombre de maîtres solennels et de docteurs en théologie et en droit canon, commença, en grande solennité et gravité bien due, le procès de cette Jeanne. Et, après que lui et ledit inquisiteur, juges en cette partie, eurent, par plusieurs et diverses journées, interrogé ladite Jeanne, ils firent mûrement examiner ses confessions et assertions par lesdits maîtres et docteurs, et de façon générale par toutes les Facultés de notre très chère et très aimée fille l'Université de Paris, par devers laquelle lesdites confessions et assertions avaient été envoyées. Suivant ces opinions et délibérations, les juges trouvèrent cette Jeanne superstitieuse, devineresse, idolâtre, invocatrice de démons, blasphématrice envers Dieu, ses saints et ses saintes, schismatique et errant beaucoup en la foi de Jésus-Christ.

Et pour la réduire et ramener à l'union et communion de notre dite mère sainte Église, la purger de si horribles, détestables et pernicieux crimes et péchés, pour guérir et préserver son âme de la perpétuelle peine de damnation, elle fut souvent, et bien longuement, très charitablement et doucement admonestée afin que, toutes erreurs par elle rejetées et mises en arrière, elle voulût humblement retourner à la voie et au droit sentier de la vérité ; autrement elle se mettait en grave péril d'âme et de corps.

Mais le très périlleux et déjà signalé esprit d'orgueil et d'outrageuse présomption, qui s'efiorce toujours de vouloir empêcher et perturber l'union et sûreté des loyaux chrétiens, occupa tellement et tint en ses

liens le cœur de cette Jeanne que, pour aucune saine doctrine ni conseil, ni autre douce exhortation qu'on lui administrât, son cœur endurci et obstiné ne voulut s'humilier ni s'amollir. Mais souvent elle se vantait que toutes les choses qu'elle avait faites étaient bien faites, qu'elle les avait faites du commandement de Dieu et desdîtes saintes vierges qui lui étaient apparues visiblement; et, qui pis est, elle ne reconnaissait et ne voulait reconnaître sur terre que Dieu seulement, et les saints du Paradis, en refusant et reboutant le jugement de notre Saint-Père le pape, ceux du concile général et de l'Église militante universelle. Or les juges ecclésiastiques voyant son esprit, par si long espace de temps, endurci et obstiné, la firent amener devant le clergé et le peuple assemblés en très grande multitude : en leur présence, ses cas, crimes et erreurs, furent solennellement et publiquement prêches, exposés et déclarés par un notable maître en théologie, pour l'exaltation de notre dite foi chrétienne, l'extirpation des erreurs, l'édification et l'amendement du peuple chrétien : et, de nouveau, elle fut charitablement admonestée de retourner à l'union de sainte Eglise, de corriger ses fautes et erreurs. Sur quoi elle demeura encore opiniâtre et obstinée.

Et ce considérant, les juges dessusdits procédèrent à prononcer la sentence contre elle, en tel cas introduite de droit et ordonnée. Mais avant que cette sentence ne fût entièrement lue, elle commença, à ce qu'il semblait, à muer son courage, disant qu'elle voulait retourner à sainte Eglise. Ce que volontiers et joyeusement ouïrent ses juges et le clergé dessusdits, qui Ja reçurent bénignement à cela, espérant que par ce moyen son âme et son corps seraient rachetés de perdition et de tourment.

Alors elle se soumit à l'ordonnance de sainte Eglise, révoqua de sa bouche et abjura publiquement ses erreurs et détestables crimes, signant de sa propre main la cédule de ladite révocation et abjuration ; et comme notre mère sainte Eglise se réjouit de ce que la pécheresse fait pénitence, voulant ramener, avec les autres, la brebis égarée qui s'est fourvoyée par le désert, elle condamna cette Jeanne à la prison pour faire pénitence salutaire. Mais guère n'y fut que le feu de son orgueil, qui semblait être éteint en elle, ne s'embrasât de flammes pestilentielles sous les souffles de TEnnemi ; et bientôt retomba la malheureuse femme dans les erreurs et fausses folies qu'elle proférait auparavant, et qu'elle avait depuis révoquées et abjurées, comme dit est. C'est pourquoi, suivant ce que les jugements et institutions de sainte Eglise ordonnent, pour que dorénavant elle ne contaminât les autres membres de Jésus-Christ, elle fut de nouveau prcchée publiquement, et, comme étant retombée à ses crime? et fautes

PROCÈS DE CONDAMNATION DE JEANNE d'aRC ^I^

accoutumés, elle fut délaissée à la justice séculière qui, incontinent, la condamna à être brûlée. Or voyant approcher sa fin, elle reconnut pleinement et confessa que les esprits qu'elle disait lui être apparus si souvent étaient mauvais et mensongers, que la promesse que ces esprits lui avaient faite de la délivrer était fausse ; et ainsi elle confessa qu'elle avait été moquée et déçue par ces esprits.

Ici fut l'issue de ses œuvres, telle fut la fin de cette femme ! Et nous vous la signifions présentement, révérend père en Dieu, pour vous informer véridiquement de cette matière; afin que, dans les lieux de votre diocèse où bon vous semblera, par prédications publiques ^^'^ ou autrement, vous fassiez notifier ces choses pour le bien et l'exaltation de notre dite sainte foi, pour l'édification du peuple chrétien qui a été longuement déçu et abusé à l'occasion des œuvres de cette femme. Ainsi vous pourrez pourvoir, comme il appartient à. votre dignité, à ce que nul, parmi le peuple qui vous est confié, n'ait l'audace de croire légèrement de telles erreurs et périlleuses superstitions, particulièrement en ce temps présent, dans lequel nous voyons se dresser plusieurs faux prophètes et semeurs de damnables erreurs et folles croyances, levés contre notre mère sainte Eglise par folle hardiesse et outrageuse présomption, et qui pourraient peut-être contaminer le peuple chrétien du venin de fausse croyance, si Jésus-Christ, en sa miséricorde, n'y pourvoyait, et si vous et ses ministres, comme il leur appartient, n'entendiez diligemment rebouter et punir les volontés et folles hardiesses de ces hommes réprouvés.

Donné en notre ville de Rouen, le 28*= jour de juin [143 1]^^^

S'ensuit la rétractation de certain religieux qui avait mal parlé des juges q.ui jugèrent cette femme.

Révérend père en Christ et seigneur, et vous, religieuse personne et maître, vicaire de religieuse personne Jean Gravèrent, insigne professeur en théologie sacrée et inquisiteur de la perversité hérétique au royaume de France, spécialement député par autorité du Saint-Siège, moi, frère Pierre Bosquier'^^-, religieux de l'ordre des frères Prêcheurs, misérable pécheur et votre sujet en cette partie, désirant, comme bon et vrai catholique, obéir en tout et pour tout à ma sainte mère l'Eglise et à vous, juges en cette partie, avec toute humilité et dévotion, comme je confesse y être tenu ; comme, par information faite de votre commandement, vous m'ave^

3lS tROcilS £>E CONDAMNATION DE JEANNE D^ARC

trouvé coupable en ce qui suit : c'est à savoir en cela surtout que, le dernier jour du mois de mai, vigile du Saint-SaCrement dernier passé, j'ai dit que vous et ceux qui jugèrent cette femme, Jeanne vulgairement appelée la Pucelle, avaient fait et faisaient mal ; lesquelles paroles, attendu que cette Jeanne avait comparu devant vous, juges susdits, en jugement et pour cause de foi, sont mal sonnantes et paraissent favoriser quelque peu l'hérétique perversité : lesquelles paroles, si Dieu m'aide, puisqu'il a été trouvé que je les ai ainsi proférées, ont été par moi dites et proférées de façon inconsidérée et par inadvertance, et après boire. Je confesse en cela avoir gravement péché, et j'en demande pardon à notre dite sainte mère l'Église et à vous, mes juges et très redoutables seigneurs, les genoux plo^'és et les mains jointes; et je requiers miséricorde de l'Eglise, me soumettant très humblement à vos amendement, correction et punition, vous suppliant humblement de mettre de côté toute rigueur.

S'ensuit la sentence du même religieux

Au nom du Seigneur, amen. Vu par nous, Pierre^^J, par la miséricorde divine évéque de Beauvais,et par frère Jean Le Maistre, député et commis en cette cité et diocèse de Rouen par l'insigne docteur Jean Gravèrent, inquisiteur de la perversité hérétique, lui-même député par l'autorité apostolique au royaume de France^, et spécialement commis et député par l'inquisiteur en ce qui concerne l'affaire qui suit, les faits de la cause en matière de foi mue et pendante par devers nous contre religieuse personne frère Pierre Bosquier; vu certaine information sur les charges à lui imposées, faite de notre commandement et rapportée devant nous ; attendu qu'il résulta et résulte parfaitement de l'information à laquelle se rapporta le prévenu qu'en certain lieu, où peu de témoins se trouvaient, l'accusé a dit et proféré — peu de temps après que certaine femme, Jeanne vulgairement appelée la Pucelle, avait été abandonnée par nous et par notre sentence définitive à la justice séculière comme hérétique — que nous fîmes mal, et que tous ceux qui la jugèrent ont mal fait (lesquelles paroles sembl^ent bien favoriser cette Jeanne), ce en quoi il pécha gravement et erra ; attendu néanmoins que ledit frère Pierre, désirant comme il nous l'affirma, en bon et vrai catholique, obéir en tout et pour tout à notre sainte mère l'Église et à nous, ses juges en cette partie, avec toute, humilité et dévotion, comme il professa être tenu de le faire, et qu'il s'est soumis de bon gré à nos ordres et correction, qu'il s'est dit prêt à obéir à nos commandements, Nous, voulant préférer miséricorde à rigueur de justice, attendu surtout la qualité de sa personne, que ces paroles il les

PROCES DE CONDAMNATION DE JEANNE dVkc jl^

Jjroféra après boire, comme il le dit et l'affirme, l'absolvant des sentences qu'il a encourues pour cette cause, nous le maintenons dans l'agrégation des catholiques et nous le restituons à sa bonne renommée, si besoin est. Toutefois, nous le condamnons à tenir prison, au pain et à l'eau, jusqu'au jour de Pâques prochain ^64 dans le couvent des Frères Prêcheurs ^^5, en vertu de cette sentence définitive que nous portons, siégeant en tribunal, dans ces termes écrits, sauf notre grâce et modération. Fait à Rouen le 8 août 143 1.

Copie des lettres de l'université de paris envoyées a notre saint-père

LE pape, a l'empereur ET AU COLLÈGE DES CARDINAUX.

C'est notre opinion, très Saint-Père, qu'il faut travailler avec d'autant plus de viligance à repousser les atteintes pestilentielles dont l'Église est contaminée par les erreurs variées des pseudo-prophètes et des hommes réprouvés, que la fin des siècles semble davantage imminente ^^^. Car ces temps, futurs et périlleux, le docteur des nations ^^7 les annonça ces jours derniers, quand les hommes ne maintiendront plus saine doctrine : car ils se détourneront d'ouïr la vérité, pour se convertir à des fables. La Vérité°'5^ aussi l'a dit : « Ils surgiront les pseudo-Christ et les pseudoprophètes, et ils donneront grands signes, merveilles et prodiges, au point d'induire en erreur, s'il était possible, les élus eux-mêmes. » Aussi quand nous voyons se lever de nouveaux prophètes qui se vantent d'avoir reçu révélations de Dieu et des bienheureux de la triomphante patrie, quand nous les voyons annoncer aux hommes l'avenir et des choses dépassant l'acuité de l'humaine pensée, oser accomplir actes nouveaux et insolites, alors il convient à la sollicitude pastorale de prêter tous ses efforts afin qu'ils ne submergent point les peuples, trop avides de croire aux nouveautés, par ces doctrines étrangères, avant d'avoir bien vérifié que les esprits qu'ils allèguent viennent de Dieu. Facile en effet serait à ces rusés et pernicieux semeurs d'inventions mensongères d'infecter le peuple catholique, si chacun, sans l'approbation et le consentement de notre sainte mère l'Eglise, était laissé libre de feindre à son bon plaisir des révélations surnaturelles, s'il pouvait usurper l'autorité de Dieu et des saints. A bon droit nous semble donc bien recommandable, très Saint-Père, la soigneuse diligence que révérend père en Christ, monseigneur l'évêque de Beauvaiset le vie aire de monseigneur l'inquisiteur delà perversité hérétique, député par le Saint-Siège apostolique au royaume

de France, montrèrent naguère dans la protection de la religion chrétienne. Car ceux-ci ont pris soin de faire attentivement examiner certaine femelle, prise dans les limites du diocèse de Beauvais, portant l'habit d'homme et des armes, accusée judiciairement devant eux de feindre mensongèrementdes révélations divines, de graves crimes contre la foi orthodoxe; et ils firent pleine vérité sur ses gestes. Et après qu'ils nous communiquèrent le procès déduit devant eux, nous faisant requête de leur donner notre opinion sur certains articles affirmés par elle, pour qu'on ne puisse pas dire que le silence a recouvert ce qui fut fait pour l'exaltation de la foi orthodoxe, nous avons résolu de nous ouvrir à votre Béatitude sur ce que nous avons adopté.

Comme nous en instruisirent lesdits seigneurs juges, cette femme, qui se nommait elle-même Jeanne la PuceUe, a confessé spontanément, en justice, divers points qui, pesés parle diligent examen de plusieurs prélats, considérés mûrement par les docteurs et autres savants en droit divin et humain, après détermination et conclusion de notre Université, prouvèrent qu'elle devait être tenue pour superstitieuse, devineresse, invocatrice de malins esprits, idolâtre, blasphématrice envers Dieu, les saints et les saintes, schismatique et tout à fait errante en la foi de Jésus-Christ.

Pleins de douleur et gémissant sur l'âme de cette misérable pécheresse prise aux rets pernicieux de tant de crimes, par fréquentes admonitions et charitables exhortations, ses juges mirent tout en œuvre pour la retirer de la voie de son erreur et faire en sorte qu'elle se soumît au jugement de notre mère sainte Eglise. Mais l'esprit du mal avait à ce point rempli son cœur que, bien longtemps, elle avait vomi nos salutaires monitions d'un cœur endurci, refusé de se soumettre à nul homme au monde vivant, de quelque dignité qu'il brillât, ainsi qu'au sacré concile général, ne reconnaissant d'autre juge que Dieu.

Enfin il arriva que le persévérant travail desdits juges a diminué un peu une telle présomption : écoutant de plus sains conseils, elle a révoqué et abjuré de sa bouche ses erreurs, en présence d'une grande multitude de peuple ; elle a souscrit et signé de sa propre main une cédule d'abjuration et de révocation. Mais, à peine quelques jours s'étaient-ils écoulés, que cette malheureuse femme retomba dans ses anciennes insanités, qu'elle adhéra de nouveau aux erreurs qu'elle avait révoquées. C'est pourquoi les susdits juges la condamnèrent, par sentence finale, comme relapse et hérétique, et ils l'abandonnèrent au jugement de la puissance séculière. Or, quand cette femme connut que la destruction de son corps était proche, elle confessa, avec bien des gémissements et devant tous, qu'elle avait été moquée et déçue par ces esprits qu'elle disait lui être

PROCÈS DE CONDAMXATION DE JEANNE d'aRC 3 11

visiblement apparus ; et, à ce qu'il semblait, menant pénitence à l'article delà mort, à tous elle demanda pardon : ainsi elle quitta ce monde.

Par quoi tous reconnurent clairement combien il était périlleux, combien il était redoutable de donner une trop légère croyance aux inventions modernes qui ont été depuis peu répandues dans ce très chrétien royaume, non seulement par cette femme, mais encore par plusieurs autres "^^'9 ; et tous les fidèles de la religion chrétienne, tous doivent èlre avertis par un si mésirable exemple de ne point agir, et si vite et suivant leur propre sentiment, et qu'ils doivent écouter les doctrines de l'Eglise et les enseignements de leurs prélats plutôt que les fables des femmes superstitieuses. Car enfin, par l'exigence de nos démérites, si nous sommes arrivés à ce point que les devineresses, vaticinant faussement au nom de Dieu, sans mission de sa part, soient mieux accueillies par la légèreté populaire que les pasteurs de l'Eglise et les docteurs, à qui naguère Christ a dit : « Allez, enseignez toutes les nations », c'en est fait, la religion va périr, la foi s'écroule, l'Eglise est foulée aux pieds, et l'iniquité de Satan dominera l'univers entier !

Daigne Jésus-Christ empêcher tout cela, et, sous l'heureuse direction de votre Béatitude, préserver son troupeau de toute tache et contamination !

Pour le collège des cardinaux ^to.

Ce que nous ouïmes et connûmes, très révérends pères, sur \r condamnation des scandales perpétrés en ce royaume par certaine femelle, nous avons jugé bon de nous en ouvrir au très Saint-Père, le souverain pontife, pour le bien de la foi et de la religion chrétienne, en écrivant à Sa Sainteté en ces termes : « C'est notre opinion, très Saint-Père, qu'il faut travailler avec d'autant plus de vigilance, etc. »^7i. Or, pères révérendissimes, comme Notre Seigueur a placé vos très révérendes paternités en cette sublime vigie du Saint-Siège pour qu'elles découvrent tout ce qui se fait dans le monde entier, surtout en ce qui concerne l'intégrité de la foi, nous avons pensé qu'il ne convenait à aucun degré que cette affaire demeurât inconnue de vos paternités. Vous êtes en eft'etla lumière du monde, à laquelle aucune notion de vérité ne doit demeurer celée, afin que tous loyaux chrétiens reçoivent de vos révérendissimes paternités salutaire instruction dans les matières de foi.

Que le Très-Haut vous conserve pour le salut de sa sainte Eglise!

Procès de Jeanne d'Arc. — II. 5t

I. PiJ^RRE Cauchon, né, vers 1371, aux environs de Reims, fit ses études à l'Université de Paris. Licencié en décret en 1398, on le trouve parmi les élèves parisiens qui prennent part au vote sur la soustraction d'obédience envers Benoît XIII ; en 1403, étudiant de sixième année en théologie, déjà recteur de l'Université, il cherchait à obtenir un bénéfice auprès du chapitre de Reims, bien qu'il cumulât déjà un canonicat et une prébende dans l'église de Châlons avec la cure de l'église paroissiale d'Égrisclles, au diocèse de Sens. En 1406, il portait l'affaire de la soustraction d'obédience à Benoît XIII devant le Parlement de Paris. L'année suivante, il faisait partie de la grande ambassade qui se rendait en Italie pour sommer Benoît XIII d'accepter sa renonciation. En 1408, en récompense des services qu'il venait de rendre à cette occasion, il obtenait la chapellenie majeure de Saint-Etienne de Toulouse. Chanoine de Reims en 1409 ;vidame de l'église de Reims en 1410 ; chanoinedeBeauvais, le 28 juin 1410 (Reg. du chapitre de la cathédrale) ; en 1412, on le trouve parmi les réformateurs chargés de sévir contre les excès des Armagnacs ; en 14 15, à Paris, il conduit les émeutes des Cabochiens. Banni de la capitale en 1414, ce prélat révolutionnaire se rendit, comme ambassadeur du duc de Bourgogne, au Concile de Constance (141 5), où il s'entremit en faveur de Jean Petit, le cordelier tyrannicide. En 141 8, maître des requêtes du roi, il plaidait pour obtenir la prévôté de Lille, vacante par la mort de Jean de Montreuil (à cette occasion, l'Université suppliait le pape de lui accorder la faveur de réunir divers bénéfices incompatibles, alléguant son courage, ses travaux pour le bien de l'Église); il était alors archidiacre de Reims, chanoine de Reims, de Chartres, de Châlons, de Beauvais, chapelain de la chapelle des ducs de Bourgogne à Dijon, bénéficié à Saint-Clair, au diocèse de Bayeux, le tout lui rapportant environ 2.000 livres; et il obtint encore l'archidiaconé de Châlons. En 1419, Pierre Cauchon était référendaire du pape Martin V, qu'il avait contribuée faire élire, puis conservateur des privilèges de l'Université.

Éluévêque de Beauvais, le 21 août 1420, sur la recommandation de l'Université de Paris (Collection Bucquet, Bibl. de Beauvais), pair ecclésiastique du royaume par faveur de Philippe le Bon qui vint lui-même l'introduire dans son évêché, Pierre Cauchon servit dès lors le parti anglais, suivit Henri V à Paris, où il combattit le chapitre et l'évêque Courtecuisse. Homme de confiance de Bedford, exécuteur testamentaire de Charles VI, conseiller de Henri VI aux appointements de i.ooo livres, on voit qu'il avait la garde du petit sceau en l'absence du chancelier (Bibl. nat., n. acq. fr. 7627, fol. 38 v) ; on le trouve chargé de missions importantes, en particulier de la collation à la cour de Rome des trois quarts des bénéfices, moyennant quoi Bedford acheta la faveur de Martin V et de la papauté. Il fut, à cette occasion, couvert d'éloges par Martin V : « Tu nous trouveras toujours bien disposé envers toi et envers ton église, pour tes services fidèles et pour tes autres vertus » (N. Valois, La Pragimilique sancliou tie Bourges, p. 58).

A Rouen, dès 1426, Pierre Cauchon avait mis d'accord le chapitre et l'évêque au sujet de la cardinalité (Arch.de la Seine-Inférieure, G. 2124). Expulsé de Beauvais, avec les Anglais (août 1429), Pierre Cauchon se réfugia à Rouen où il avait déjà séjourné plusieurs fois : le gouvernement anglais l'indemnisa de la perte de ses revenus et le chargea de missions spéciales, en Angleterre, à Paris, etc. Le procès de Jeanne d'Arc est l'une de celles-là. Pierre Cauchon ne devait pas obtenir toutefois l'archevêché de Rouen, qu'il avait administré au spirituel et au temporel, mais l'évèché de Lisieux (1432). Mais il demeura le plus souvent à Rouen, auprès du grand conseil dont il était membre.

Chancelier en France de la reine d'Angleterre, Pierre Cauchon se rendit au Concile de Bâle comme député de l'Angleterre (143 5), assista au Congrès d'Arras, où il soutint jusqu'à la fin le droit exclusif de Henri VI à la couronne de France. Il faillit être pris à Paris, dans la Bastille Saint-Antoine, en 1436, quand les Français rentrèrent dans la capitale.

On trouve que, cette année-là, Pierre Cauchon reçut commission de réunir à Caen les Trois États et il lui est fait part de l'intention du roi d'Angleterre de fonder à Caen une Université (Bibl. nat., ms. fr. 26061, p. 2887). Il remplit encore denombreuse missions diplomatiques relatives à la paix anglaise (Conférences de Calais, de Gravelines). Le 29 juillet 1437, i' donnait quittance au trésorier général de Normandie de 770 1., restant de la somme de 2.177 '•» pour un voyage fait de Paris à Rouen pour le service du roi (Bibl. nat., ms. fr. 26063, P- 3270). On voit qu'en 1439 ^^ ^^ 1440? Pierre Cauchon était mandaté pour divers voyages à Calais et en Angleterre pour traiter de la paix entre les deux royaumes, ainsi que de la délivrance du duc d'Orléans.

Pierre Cauchon mourut subitement, tandis qu'on lui faisait la barbe, à Rouen, en son bel hôtel Saint-Candedit de Lisieux, le 18 décembre 1442, au comble des honneurs. Il laissait pour héritiers son neveu, Jean Bidault, chanoine de Rouen et de Lisieux, et Jeanne Bidault, mariée à Jean de Rinel, secrétaire du roi Henri VI, celui-là dont on voit le nom au bas de l'acte du traité de Troyes. Son corps fu transporté solennellement à Lisieux, où l'accompagna son ami et exécuteu"" testamentaire, Nicolas Caval, chanoine de Rouen. Il fut enterré près de l'autel, dans la magnifique chapelle de la Vierge qu'il avait reconstruite et ornée à ses frais.

Son testament le montre comme un homme riche et extrêmement libéral. Il fonda deux obits en la cathédrale de Beauvais, un autre à Notre-Dame du Châtel pour son frère Jean, qui y fut inhumé (Collection Bucquet, vol. XXXIV, et extrait d'un vieux registre du chap. de Beauvais). Il est dit « de bonne mémoire ». — Cf. Histoire des évêques de Beauvais, ms. d'Augustin Lecat, chanoine de Beauvais (1679) et note de M. le baron de Troussures (Bibl. de Beauvais); Abbé Delettre, Histoire du diocèse de Beauvais, Beauvais, 1842, t. III, p. 1-24 ; Albert Sarrazin, Pierre Cauchon, juge de Jeanne d'Arc, Paris, 1901; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc et F Université de Paris, 1897, p. 16, dans les Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris, t. XXIV ; Ch. de Baurepaire, Notes sur les juges et assesseurs du procès de condamnation de Jeanne d'Arc, Rouen, 1890, p. 12-19; N. Valois, La France et le grand Schisme d'Occident, Paris, 1902, t. III et IV; G. Hanotaux, Jeamie d'Arc, 191 1, p. 271-277.

Sur le rôle capital qu'il joua au procès, voir l'Introduction. — On peut noter qu'ayant à instruire, à Lisieux, un procès en matière de foi, Pierre Cauchon fit encore appel aux chanoines de Notre-Dame de Rouen, où il n'avait que des créa-

tures (Arch. de la Seine-Infcrioiire, G. 2128, n octobre 1437) et (.ju'il légua 300 livres au chapitre (Ibid., G. 2130).

Il est remarquable de constater que l'admirable Français qui succéda à Pierre Cauchon au siège de Beauvais, Jean Jouvenel des Ursins, à propos de la fidélité des gens de Beauvais à Charles VII, n'a fait qu'une allusion très courte à son prédécesseur, qu'il n'a pas parlé du procès de Jeanne d'Arc à son sujet : " Et supposé qu'ils tinssent vostre adversaire à seigneur, c'estoit pour ce que le sieur évesque estoit en ceste folle erreur; mais tousjours le cueurestoit à vous... » (Abbé Péchenard,/ea« Juvénal des Ursins, archevêque de Reims, Reims, 1876, p. 140).

2. Jean Le Maistre, Magistri, dominicain, bachelier en théologie sans doute d'une université autre que Paris, vicaire de l'inquisiteur de France au diocèse de Rouen dès 1424. En 143 1, il est dit prieur du couvent des Frères Prêcheurs de Rouen, où il jouissait d'une certaine réputation comme prédicateur. Il vivait encore lors des premières informations faites à Rouen pour la réhabilitation de Jeanne (il prononça un sermon en janvier 1452) ; mais il est vraisemblable de croire qu'il était mort en 1455. Quoi qu'il en soit, il ne fut ni consulté ni cité au cours du deuxième procès (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 25-26).

On l'a représenté, plus tard, agissant sur les menaces de Pierre Cauchon, et parlant même des irrégularités du procès de condamnation. En vérité, il fut moins zélé que Jean Gravèrent, le grand inquisiteur de France, alors retenu à Coutances par un autre procès, qui lui donna l'ordre de s'adjoindre au procès, et prêcha à Paris contre la mémoire de Jeanne. Le Maistre réserva son avis sur la torture : mais on voit aussi qu'il fit condamner le religieux Pierre Bosquierqui avait mal parlé de la sentence. Le 24 avril 145 1, Jean Le Maistre reçut du gouvernement anglais une gratification de 20 salus d'or « pour ses peines, travaulx et diligences d'avoir esté et assisté au procès «. Peut-être fut-il simplement un homme timide, mais tout à la dévotion de Cauchon, et peu persuadé de la régularité du procès (du moins aux dires de N. de Houppeville). Jean Le Maistre avait certainement hésité à accepter la conduite de cette affaire et il a pris la précaution de se faire couvrir par l'inquisiteur général. Le 7 décembre 1443, on le verra cependant prêcher le peuple à l'occasion de l'élection à l'archevêché de Rouen de Raoul Roussel, un des juges de Jeanne fort zélé pour les Anglais, et le successeur du cardinal de Luxembourg (Arch. delà Seine-Inférieure, G. 2130).

3. Jean Gravèrent, dominicain, grand inquisiteur de France. Il est dit, en 141 3, maître en théologie à Paris et assistait au concile de Paris où il opina en faveur de l'appel au pape dans la question des propositions de Jean Petit. Inquisiteur de la foi dès 1425, il avait succédé à Jacques Suzay que cite du Bculay à l'année 1422 (Hist. Univ. Paris). Le 16 août 1429, en qualité de prieur du couvent des Jacobins de Paris, Jean Gravèrent avait prêté serment au gouvernement anglais devant le Parlement de Paris (Journal d'un bourgeois de Paris, note de A. Tuetey, p. 270). On le trouve instruisant à Coutances le procès de Jean Le Couvreur, bourgeois de Saint-Lô, qui durait encore le 4 mars 143 1 (Arch. de la Seine- Inférieure, G. 1162) : ainsi ce dominicain, qu'on a lieu de croire très favorable au parti bourguignon, ne put prendre part au procès de Jeanne d'Arc (Denifle et Châtelain, Chartulariuni Univers. Paris., IV, p. 271, 279,446, 504)- Le 4 juillet 143 1, Jean Gravèrent prononça un sermon à Paris, accusant frère Richard d'être le « beau

père », c'est-à-dirt: le guide de quatre femmes visionnaires suspectes, dont la Pucelle (Journal dhin bourgeois de Paris, p. 270).

4. Ceci a été nié, mais assez vainement. (Voyez l'Introduction.) — Parmi les maîtres qui donnèrent leur avis sur le défaut de forme du procès, lors des préliminaires de la réhabilitation, Thomas Basin a fait remarquer que ce n'était pas dans le diocèse de Beauvais que la Pucelle se serait rendue coupable de schisme et d'hérésies, que l'évèque de Beauvais était donc incompétent.

5. Pour qu'une procédure puisse être engagée, il faut qu'il y ait infamatio contre celui qu'on veut poursuivre. C'est sur le bruit de la renommée publique

.que les poursuites sont entreprises par le juge inquisitorial. Une enquête, toujours secrète, dite inquisitio famx, est donc menée par le juge, ou celui qui a reçu son mandat. Quand elle est terminée, l'individu incriminé est en état de diffamation. La procédure d'office était alors ouverte. (Voir Nicolas Eymeric, Directorium Inquisitorum, éd. Francisci Pegnas, Romae, 1585, p. 410.)

6. Martin Billorin, Marlinus Billorini, dominicain, professeur en théologie, vice-gérant du grand inquisiteur. Licencié en théologie en 1416, maître régent .à Paris en 1425, en même temps que Jean Beaupère, on le voit censurer à Paris les propositions de frère Jean Sarrasin, au mois de mars 1430. On le trouve encore professant à Paris, en 1433 (Charttilarium Univers. Paris., IV, p. 322,445,493, 563). Martin Billorin, dont le nom a été rendu à tort par Quicherat par la forme Beïîornie sur une lecture fautive des mss. du procès, est mentionné également par L. Delisle, Cabinet des Manuscrits (t. III, table).

7. Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, le grand duc d'Occident.

Prince magnifique, tout ensemble rusé et chevaleresque, régnant sur les provinces les plus plantureuses et les plus actives du royaume, et y maintenant l'ordre, il avait reconnu Henri VI comme roi de France, et fait ramener le corps de son père, Jean sans Peur, de Montereau à la Chartreuse de Dijon. Français d'origine. Flamand de cœur. Anglais par intérêt, Philippe sut n'accepter point la régence du royaume; mais il donna sa sœur en mariage à Bedford. On sait comment les visées de Gloucester sur les territoires du Nord le tournèrent du côté du parti français, auquel cependant il n'adhéra jamais complètement. Mais Philippe le Bon fut, désormais, l'arbitre de la lutte anglo-française, ondoyant et toujours intéressé: et, jusqu'au traité d'Arras (1435), il conduisit missions, ambassades, trêves, négociations, qui tantôt favorisèrent, tantôt arrêtèrent les efforts du parti national, et qui, finalement, amenèrent la perte de Jeanne. Philippe agissait alors comme un autre roi de France, dont il avait d'ailleurs l'allure, au témoignage de G. Chastellain qui a laissé de lui un inoubliable portrait : « son semblant seulement le jugeoit empereur » (Œuvres, éd. Kervyn de Lettenhove, t. VII, p. 220).

Ainsi Philippe le Bon accueillit l'ambassade des Orléanais assiégés, rappela ceux de ses sujetsqui participaient au siège de cette ville. Puis on le voit dénoncer à Reims une conspiration en faveur des Français. Exhorté par la Pucelle à faire la paix, mandé par elle au sacre de Reims, Philippe le Bon conclut avec le dauphin, à Compiègne, un traité que Jeanne n'admit point. Il continua à lever des troupes, à recevoir des ambassades. On sait qu'il était devant Compiègne quand Jeanne fut prise, et qu'il s'entretint avec elle. Il annonça au monde entier la nouvelle de sa prise et il reçut du gouvernement anglais la relation du procès de Rouen,

Il est assez singulier, après cela, de voir que le premier témoignage en faveur de Jeanne qui suivit sa condamnation, se rencontre dans un manuscrit qui est dédié à Philippe le Bon, en 1440, dans le Champion des Dames de Martin Le Franc. Il est vrai qu'il s'agit d'un débat où le pour et le contre se trouvent exposés.

8. Jean de Luxembourg, seigneur de Bcaurevoir, comte de Lign\', frère cadet du cardinal, chancelier d'Angleterre.

Gouverneur d'Arras en 1414, Jean de Luxembourg soutint une guerre cruelle sur les frontières de France, déhvra Senlis en 141 8, reçut une balafre à la journée de Mons-en-Vimeu (1421), fit de nombreuses expéditions en Picardie et dans le Hainaut, fut chargé, par Bedford, en 1424, d'assiéger Guise (Bibl. nat., nis. fr. 26047, p. 269), conduisit l'expédition anglo-bourguignonne contre les forteresses françaises de l'Argonne (1428), ravagea le Beauvaisis. Au mois d'août 1429, à la tête d'une ambassade, il vint à Compiégne apporter au roi de fallacieuses promesses de paix. Le 20 février 1450, il quittait Péronne, formant l'avant-garde de Philippe le Bon qui marchait sur Compiégne.

On sait que le bâtard de Wandomme, qui fit prisonnier Jeanne d'Arc, servait en la compagnie de ce capitaine : il la céda à Jean de Luxembourg, qui dut lever le siège de Compiégne, qu'il avait investi soigneusement de bastilles, par suite de la vigoureuse défense du capitaine Guillaume de Flavy. Le 26 octobre, Jean de Luxembourg dut suivre la retraite de ses troupes, la mort dans l'âme, et il laissa aux mains de Flav\'son artillerie. Jeanne se trouvait depuis le mois d'août dans son château de Beaurevoir.

Requis de la livrer par les Anglais, Jean de Luxembourg s'v refusa d'abord, détourné peut-être de cette vilenie par sa tante. Dans la suite, il céda aux démarches de Pierre Cauchon CA. Sarrazin, P. Cauchon juge de Jeanne d'Arc, p. 112) et il la vendit aux Anglais pour 10.000 livres; il la visita plus tard, à Rouen, dans sa prison.

Protecteur à gages des villes picardes, Jean de Luxembourg essaya de les soustraire aux pillages de Flavy et des capitaines français ; il refusa de signer le traité d'Arras, en 1435, continua de ravager, en représailles, le Soissounais et le Laonnais (en 1456, La Hire s'était emparé de Soissons). En 1457, on voit qu'il était entré en rapport avec Charles d'Orléans qui fit envoyer son poursuivant d'armes, Porte Espv, de Blois en Picardie (Bibl. nat., ms. fr. 26062, p. 3i'j4). Ce rude condottiere bourguignon mourut au château de Guise, en 1440. (Cf. Monstrelet, la Chronique des Cordéliers (Bibl. nat., ms. fr. 23018), P. Champion, Guillaume de Flavy, passim.) — Le comte de Ligny est représenté dans le carrousel des chevaliers de la Toison d'Or en 143 1 (Bibl. nat., Gaignières P. d. 7, fol. 18).

9. Le petit Henri VI, fils de Henri V et de Catherine de France, né à Windsor le 6 décembre 142 1, au nom de qui gouvernèrent, tour à tour^ le duc de Bedford et Gloucester, durant la régence. Proclamé roi de France à la mort de Henri V, il reçut comme « maître » Richard Beauchamp, comte de Warwick, en 1428. Couronné comme roi d'Angleterre, le 6 novembre 1429, à Westminster, il passa en France, le 23 avril 1430. Le 29 juillet, il fit son entrée à Rouen ; puis à Paris, le 2 décembre 1430, il fit une autre entrée triomphale.

Le 16 décembre, Henri VI était couronné roi de France par le cardinal Beaufort, à Notre-Dame (on sait comment le sacre de Charles VII, à Reims, avait ôté

toute signification à cette cérémonie); le 26, l'enfant roi quitta Paris pour Rouen OÙ il résida pendant tout le procès.

On sait combien Henri VI fut malheureux, en particulier après la rupture de l'alliance bourguignonne, dans ses tentatives pour maintenir la domination anglaise en France. Pacifique d'esprit, peu capable d'ailleurs, suspect à ses compatriotes à la suite de son mariage avec Marguerite d'Anjou, la fille du roi René, déconsidéré par l'influence que prit le pacifique Suffolk dans le gouvernement, Henri VI disparut très mystérieusement, après avoir été enfermé à la Tour de Londres (1471). Cf. J. H. Ramsay, Lancaster and Yorlx, Oxford, 1892.

10. Il v a lieu de remarquer que Jean de Luxembourg réserva longtemps sa réponse (six mois environ). Il garda la Pucelle, comme un gage, durant le siège de Compiégne et il ne se laissa tenter par la rançon royale de 10.000 livres que lorsque ses affaires tombèrent très bas. Ainsi le comprit Jeanne.

ri. Voir ce qui a été dit dans l'Introduction sur le rôle du chapitre. — Le siège de Rouen était vacant depuis la translation du cardinal de La Rochetaillée au siège de Besançon. Sur ces faits cf. Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 45.

12. A rapprocher ds la formule « coiiimunicato iiiultonivi prelatonim et alioriim houorinu vironnii consUio », invariable et très ancienne pour indiquer la composition du tribunal inquisitorial. (Cf. Mgr Douais, dans le Moyen-Age,

13. Martin V(OthonColonna), élu en 141 7, reconnu par le rovaume presque entier. (Sur le rôle de ce pontife, voir l'Introduction.) Mais Jean IV, comte d'Armagnac, était demeuré en relations avec l'antipape Benoît XIII, qui, le 27 octobre 1418, retiré sur son rocher de Peniscola, avait accordé au comte et à sa famille une série de faveurs spirituelles. En 1420, la rupture était complète. A la mort de Benoît XIII (1424), on vit Jean IV soutenir Gilles Muiïoz qui prit le nom de Clément VIII. (Cf. Ch. Samaran, La Maisou iV Armagnac au XV^ siècle, Paris,

14. On sait qu'après le siège de 1418 un local convenable avait été aménagé pour les ofiBciers du baillage dans le voisinage du château (F. Bouquet, Jeanne d'Arc an château de Rouen, 1865, p. 32).

15. Gilles de Dvreuort (^gidius Durxmortis), bénédictin, le plus sotivent dit l'abbé de Fécamp, moine cistercien de Beaubec, bachelier formé en théologie quand il fut nommé abbé de Beaupré en 1403. Licencié en théologie en 1408, il devint abbé de Beaubec en 141 3 ; il est dit abbé de Fécamp en 1423 et maître régent de la Faculté de Théologie à Paris, office où il demeura jusque vers 1429 ; il devint évêque de Coutances en 1439. Gilles de Duremort mourut à Rouen, le 29 juillet 1444, et fut enterré en l'église du prieuré de Saiiit-Lô, qui dépendait de son évêché (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 17 ; Charlulan'nni Univers. Paris., IV, p. 162; Ch. de Beaurepaire, Notes, p. ici).

Gilles de Duremort était un homme considérable, résidant habituellement à Rouen, soit dans le grand hôtel de Fécamp, soit dans son hôtel en la paroisse Saint- Vincent. Il avait toute la confiance du gouvernement anglais, depuis longtemps, puisqu'àii mois de juin 1421 on le chargeait d'intervenir en faveur de l'Université

de Paris auprès de UsmiY (Cbartuluriian Univers, Puris., IV, p. 595, noie). Le duc de Bedford l'avait envoyé en ambassade en Bourgogne pour apaiser la querelle de Gloucester et du duc de Brabant, en 1424 (Stevenson, Letfers and papers, vol. I, p. Lxxxiii). Gilles de Duremort passa plusieurs fois en Angleterre et alla en Bourgogne avant 1426. En 1427, il se rendait en ambassade en Bretagne. Reçu conseiller du roi anglais, aux appointements considérables de i.ooo livres (P. Le Cacheux, Actes de la Chancellerie d'Henri VI, t. H, p. 230), il prétait serment entre les mains de son chancelier, en 1428. En 1429, Gilles de Duremort passait en Angleterre pour des affaires d'État. En 143 1, il était chargé de s'occuper de l'ambassade au concile de Bâle; le 16 novembre de cette même année, le roi Henri mandait au trésorier général Thomas Blount de payer les gages de 10 lances et de 30 archers à cheval qui escortaient l'abbé de Fécamp, celui du Mont-Saint-Michel et le sire de Saint-Pierre mandés à Paris par le roi(Bibl. nat., fr. 26055, no 1690) ; en 1438, on le trouve désigné comme ambassadeur de Henri VI pour traiter de la paix avec le roi de France ; le 5 juillet 1439, '^ ^^^ mandaté de 300 1., et envové en ambassade à Calais (Bibl. nat., ms. fr. 26066, p. 3815); en 1440, de 250 1., pour un quartier de ses gages (Bibl. nat., lat. 17025, fol. 152).

Gilles de Duremort était fort lié avec le cardinal de Luxembourg, qui l'a nommé parmi ses exécuteurs testamentaires. Il fut l'un des juges les plus assidus au procès, et, au dire de Jean Massieu lui-même, ce régent en théologie « semblait plutôt agir par haine de Jeanne et amour des Anglais que par zèle de justice ». Dans la séance du 29 mai, Gilles de Duremort formula l'avis, ou mieux l'arrêt de mort, auquel les assesseurs s'empressèrent de se joindre, sans plus longues explications. Son éphaphe (Gaîîia Chrtstiana, t. XI, col. 892) célèbre sa science insigne, sa vertu et son éloquence.

16. Nicolas Le Roux, Ruffi, bénédictin, d'une famille noble de Rouen, entré à l'abbaye de Jumièges vers 1395. Il étudia à Paris où il est dit bachelier en décret en 1403 ; il fut reçu docteur en décret en 141 1. Ambassadeur aux conciles de Pise, de Rome, de Constance, l'Université recommande au pape ce « docteur insigne », qui fut nommé abbé de La Croix-Saint-Leufroy en 1412, puis abbé de Jumièges, le 28 septembre 14 18. On le trouve parmi les régents de la Faculté de Décréta Paris, en 1419, avec Jean Garin et Raoul Roussel. Il prêta serment de fidélité à Henri V, en 1420, et mourut, peu de jours après le supplice de Jeanne, le 17 juin 1431. -Il laissait une fortune personnelle de 32.000 1. que ses héritiers ravirent aux religieux de Jumièges, bien que cette somme ait été réservée, suivant ses intentions, aux réparations du célèbre monastère, très éprouvé par la guerre, abbaye que Nicolas Le Roux chérissait et où il avait tenté de rétablir l'observance de la règle. La pierre tombale, sur laquelle il est figuré mitre, conservée à Jumièges, a été reproduite par Gaignières (Bibl. nat., P^ i. d., fol. 22). Cf. Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 106; M. l'abbé Loth, i7/5/. de Valhaye de Jumièges, II, p. 159-176; Chartulariitm Univers. Paris., t. IV, p. 71, 561. Nicolas Le Roux eut la réputation d'un bon administrateur et d'un homme d'excellent caractère. Il ne joua qu'un rôle secondaire au procès, s'en remettant en tout à l'Université.

17. Pierre Miget, ou Muguet, nommé aussi Je Glenesiis, Migecii, bénédictin, docteur en théologie, prieur de Longueville-Giffard. Licencié à Paris en 141 3» il

eut, en i4i6,un procès au Parlement contre Jean Bouesgue au sujet du prieuré de Gournay. Longtemps maître régent en théologie, on voit cependant que Pierre Miget résida habituellement à Rouen, dans l'hôtel de Longueviile, situé devant la porte de l'archevêché (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 3013). Il avait obtenu du roi Henri V, en 1420, la restitution des revenus de son bénéfice, et semble avoir été très lié avec Beaupère, qui le chargea de sa procuration en l'an 1434. Avec ce dernier aussi-, on le trouve à Paris, parmi les maîtres de la Faculté de Théologie, dès 1421. Là, il put connaître Erard Emengart, Nicolas Midi, Pierre de Houdenc, Martin Billorin, Pierre de Dyerée, Jean de Troyes, ses confrères, que nous trouvons aussi par les assesseurs du procès (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 108] Denifle et Châtelain, Le Procès de Jcamie d'Arc, p. 17).

Pierre Miget se montra fort assidu au procès, où il ne fut nullement favorable à l'accusée. (En 1414, au concile de Paris, il s'était montré zélé bourguignon et soutint les propositions de Jean Petit. Cf. Denifle et Châtelain, Chart. Univers. Paris, t. IV, p. 279-280.) Il déposa comme témoin au procès de réhabilitation, en 1452 ; mais il déclara avoir pleuré au supplice de Jeanne, dont il avait été cependant un des fauteurs, que la sentence rendue contre la Pucelle était injuste ; en résumé, il chargea beaucoup l'évèque de Bcauvais dont il avait été le complice.

18. Raoitl Roussel, né à Saultchevreuil, près de Villedieu, licencié en décret en 1416, doyen de la Faculté de Décret de Paris de novembre 1417 à janvier 1419, fut reçu chanoine de Rouen en 1420. Trésorier l'année suivante, en 1422 il était député vers le régent Bedford pour obtenir la permission de procéder à l'élection d'un archevêque, et il défendit avec soin les prérogatives canoniales. En 1424, Raoul Roussel était envoyé en mission par Bedford vers Gloucester, pour pacifier la querelle de ce dernier avec le duc de Brabant (Stevenson, Letters and papers, vol. I, p. Lxxxiv). Roussel remplissait même parfois des missions militaires, puisqu'au mois d'août 1428, qualifié de maître des requêtes, on le voit donner quittance à Pierre Surreau, receveur général de Normandie pour une inspection des forteresses de la Basse-Normandie (Bibl. nat., ms. fr. 26.05 1, P- 727)- Le 7 novembre 1429, son procureur déclare au chapitre de Notre-Dame de Paris qu'il accepte la prébende et le canonicat de défunt Jean Gerson, mort loyalement fidèle au parti de France (Arch. nat., LL. 241).

Chanoine de Coutances, vicaire général à Rouen pendant la vacance archiépiscopale (1429-1443), conseiller maître des requêtes du roi anglais et membre de son conseil aux appointements de 200 puis de 300 1., deux fois ambassadeur vers la France pour traiter de la paix (1435, 1438), Raoul Roussel reçut le duc d'York, lieutenant du roi d'Angleterre, en 1441, et il le complimenta dans la cathédrale de Rouen (Arch. de la Seine-Inférieure, G., 2129). Raoul Roussel succéda au cardinal de Luxembourg comme archevêque de Rouen (1444). Mais il prêta serment de fidélité à Charles VII, lors de son entrée à Rouen (Arch. de la Seine-Inférieure, G. ii3j). Raoul Roussel mourut le 51 décembre 1452. — Son tombeau, anciennement à la cathédrale de Rouen, a été conservé par Gaignières (Bibl. nat., P« I c, fol. 9 ; Gai. Christiana, t. XI, col. 89-91 ; Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 90-91 ; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 20). Son épitaphe loue sa science éminente (A. Deville, Tombeaux de la cathédrale de Rouen, 1833,

Roussel fut l'un des juges assidus au procès de condamnation et il adhéra

toujours vivement à l'opinion de l'Université et des théologiens. Il devait assister auK premières informations fiiites pour la réhabilitation de Jeanne.

Il est bon de retenir que ce décretiste renforcé tenait le procès de Jeanne pour bien fait et pensait qu'il fallait éviter qu'il puisse être calomnié par l'emploi de la torture.

Son testament, daté de 1452 (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 3415), montre qu'il était très affectionné pour Notre-Dame de Rouen. Il ht des legs à l'Hôtel- Dieu, au prieuré de Saint-Lô, aux quatre Ordres Mendiants, fonda un obit solennel à la collégiale d'Andely, à la cathédrale de Coutances, à Villedieu et à Saint-Lô. A Guillaume Roussel, son frère, il laissa une chasuble, etc., l'Exposition de Lyra sur le Psautier et en général tous ses livres d'étude. Ce Guillaume Roussel, en 1427, est qualifié de lieutenant général du vicomte de Falaise (Bibl. nat., ms. fr. 26.050, p. 802). Robert Guérould est dit son exécuteur testamentaire et son secrétaire.

19. Nicolas de Venderès, seigneur de Beausseré, né vers 1372. Licencié en lois, il prêta serment à Henri V et fut reçu à un canonicat en l'église de Rouen, en 1422, et à l'archidiaconé d'Eu. Son nom figurant au traité de composition de la ville de Rouen avec Henri V (13 janvier 14 19), on peut croire qu'il fut Un des premiers ecclésiastiques normands à adhérer au gouvernement anglais. Vicaire de Mgr Louis d'Harcourt, aux appointements de 120 livres (1412-1422), vicaire sede vacante (^ décembre 1429-143 1), il faillit être nommé archevêque de Rouen après la mort de Louis d'Harcourt (la majorité des chanoines l'ayant désigné à cet office) et il fut un temps considéré comme tel : on lit dans l'inventaire après décès de Jean Alespée que « ledit deffunt presta en son vivant à feu maistre Nicolle de Venderès, quand il fu esleu archevesque de Rouen, pour parsuir le fait de son élection, XIII mars » (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 1193). Nicolas de Venderès jouissait aussi de la cure de Gisors. Il mourut à Rouen, le i" août 1438. On voit qu'il eut pour exécuteurs testamentaires André Marguerie, Nicolas Gavai et Jean Mahommet, prêtre, tous juges de Jeanne (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 2089). Cf. Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 94; Inventaire des Archives départementales delà Seine-Inférieure, série G., t. I, p. 37. — Le sceau de N. de Venderès a été reproduit par A. Sarrazin, Pierre Cauclion ju/e de Jeanne d'Arc, p. 142.

Venderès fut'un juge assidu dans l'affaire de la Pucelle. C'était un familier de P. Cauchon. Il opina comme ses maîtres au sujet des douze a»ticles, et, comme Raoul Roussel, lors de la cause de relaps, il estima que le procès avait trop duré.

20. Robert Le Barbier, Barberii, né vers 1388, maître es arts, licencié en l'un et l'autre droit, reçu chanoine de Rouen en 1419. Il fut, à diverses reprises, officiai et député aux États de la province. Il mourut à Rouen, le 29 août 1444, et fut enterré dans la cathédrale (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 75).

Robert Le Barbier n'aimait pas à prendre une décision et il craignait surtout de se compromettre. Il opina tour à tour comme Erart, comme Gilles Deschamps, comme la Faculté de Théologie.

21. Nicolas Couppecluèsne, du diocèse de Rouen, cité comme maître es arts dès 1403, bachelier en théologie, recteur, pour le chapitre, des grandes écoles de grammaire de Rouen, en 14 17. Reçu chanoine de la cathédrale, en 1423, à la place ^e Jean d'Étampes, demeuré fidèle à la France, il eut le bénéfice des cures d'Hermanville, de Saint-Pierre d'Yvetot et devint pénitencier du diocèse, à la vacance

du siège archiépiscopal. Il mourut intestat, le lo juillet 1442 (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 60-61 ; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jemme d'Arc, p. 20).

C'était certainement une personne instruite et fort agréable au gouvernement anglais, puisque, le 5 juin 1450, avisé de la prochaine arrivée du roi d'Angleterre, le chapitre de Rouen décidait que Nicolas Couppequesne adresserait au roi les compliments de bienvenue, dans le cas où Pierre Maurice ne l'aurait pu faire. Quelques mois après, quand Bedford fut reçu chanoine, cet insigne grammairien complimenta le noble duc et il eut pour sa peine un gallon de vin du prix de 6 s. 8 d. Peu de temps avant d'être appelé au procès, le 4 août 1430, Nicolas Couppequesne emprunta à la librairie du chapitre un livre intitulé : Lyrenensis Lvgdiinensis contra hereses fArch. de la Seine-Inférieure, G. 2126).

Dans sa détermination Nicolas Couppequesne invoqua surtout l'autorité de l'Université de Paris.

22. Nicolas Loiseleur, Aiicupis, né à Chartres en 1390, maître es arts à Paris en 1403. Il ne fut admis bachelier en théologie qu'en octobre 1431. Déjà chanoine de Chartres, il fut reçu chanoine de Rouen en 1421, au lieu de Martin Ravenot, demeuré fidèle à la France. Il remplit, pour le chapitre, plusieurs missions délicates, se rendit, par exemple, à Paris pour suivre des procès. Le 8 juillet 1429, avec Baudribosc et Basset, il était délégué par le chapitre de Rouen pour délibérer sur l'envoi d'une ambassade à Rome (N. Valois, Le Pape et le Concile, t. I, p. 87, n.). C'était, à n'en pas douter, un homme fort bien vu du gouvernement anglais, puisque, le 2 août 1430, Nicolas Loiseleur était adressé au cardinal d'Angleterre afin d'obtenir une audience du roi au cours de laquelle il devait lui recommander l'église de Rouen.

Député au concile de Bâle avec Midi et Beaupère, en 1432, on voit que Nicolas Loiseleur allait de Rouen à Paris « pour les libertez de l'Eglise » (Arch. dép. de la Seine-Inférieure, G., 35, compte de 1433-1434) ; il ne se rendit pas au concile avant 1435 où il soutint, avec les universitaires et le clergé de Charles VII, la théorie de la prééminence du concile général sur le pape. Ce n'était plus là l'opinion du gouvernement anglais, ni celfe du chapitre de Rouen qui chercha à faire rentrer son ambassadeur. Il fut, semble-t-il, assez mal reçu en Angleterre, où Henri VI soutenait à fond Eugène IV (N. Valois, op. cit., t. II, p. 1 32-1 3 5). Nicolas Loiseleur fut donc révoqué en 1438, et par deux fois. En 1439, ^^^ Pères du concile l'envoyaient, comme jurisconsulte, à la diète de Mayence; en 1440, par sentence de la Cour de Rome, Nicolas Loiseleur était privé de son bénéfice comme chanoine de Rouen (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 2133).

Nicolas Loiseleur demeurait à Rouen, rue de la Chaîne (aujourd'hui Place des Carmes), dans une maison dont son beau-frère, Pierre Le Marié, et sa sœur Thomasse étaient les concierges (Archives de la Seine-Inférieure, G. 6858). Pierre Cauchon y venait fréquemment, quand Loiseleur l'habitait. Il mourut à Bâle, après 1442 et avant la réhabilitation de Jeanne (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 75- 82; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 25; N. Valois, Le Pape et le Concile, II, p. 152-135).

Nicolas Loiseleur, ami intime de Pierre Cauchon, fut également lié avec Nicolas Midi, l'un des ennemis les plus acharnés de Jeanne ; il a joué dans le procès un rôle parfaitement odieux, celui de faux confesseur, mais tout à fait conforme à la procédure inquisitoriale (N. Eymeric, Directoriurn Inqtdsitorutn, Romae, 1585, p. 466^

KOtÈs 333

col. 2, Ciiutela nova). G. Colles assure, du moins, qu'il pleura en la voyant mourir. Mais, ce qui est certain, c'est qu'il ne fut pas banni de Rouen, comme on l'a écrit, et que sa considération n'a subi aucune atteinte du fait de sa conduite pendant le procès. Il est mentionné, avec la qualité de normand, par Pie II (de gestis Basil, concilii, dans les Opéra oninia, Basilese, 1551, p. 3).

23. Jean d'Estivet, dit Bcnedicile, promoteur général du diocèse de Beauvais, chanoine de Beauvais et de Bayeux. Le 16 janvier 1430, il est dit chanoine de Baveux, et fut déclaré par Pierre Cauchon exempt des décimes à lever sur le clergé en qualité d'étudiant en décret à l'Université de Paris (Bibl. nat.,fr. 20881, fol. 61). On le retrouve à Rouen où, le 25 avril 1437, il obtint une prébende canoniale (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 26-27; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 17 ; A. Sarrazin, P. Cauchon juge de Jeanne d'Arc, p. 98 «.).

C'était un ancien étudiant en décret de l'Université de Paris, intimement lié avec Pierre Cauchon (en 1437, i^ '^gi'^ comme procureur de son neveu pour une prébende au diocèse de Beauvais, voir note 51) et comme lui fugitif : un mauvais homme, de l'aveu même de Manchon. Il fut un des juges les plus acharnés après Jeanne, qu'il insulta dans sa prison, la traitant de paillarde, de putain, d'ordure. Très dévoué aux Anglais, Jean d'Estivet s'introduisit auprès de Jeanne, comme Loiseleur, feignant d'être un prisonnier. Au témoignage de Guillaume Manchon, c'est lui qui aurait envoyé à Paris les douze articles, sans les corriger entièrement. Il est l'auteur du réquisitoire, lu à la séance du 27 mars, et il fit reconduire Jeanne au château de Rouen après l'abjuration. Les greffiers, qu'il paya cependant de leurs travaux, le détestaient, car il se montra acharné après eux. Boisguillaume le chargea beaucoup lors de la réhabilitation de Jeanne : « Et croit que Dieu, sur la fin de ses jours, l'a puni, car il finit misérablement : on l'a trouvé mort dans un certain égout (columbarium), hors de la Porte de Rouen. » Cet accident, arrivé le 20 octobre 1438, fut interprété fabuleusement comme la punition de sa conduite au procès : mais Jean d'Estivet était alors chargé de nombreux bénéfices.

24. Jean de La Fontaine, de Fonte, clerc du diocèse de Bayeux, dit en 1403 maître es arts et étudiant en décret, bachelier et promoteur de l'Université en 1421, envoyé vers Bedford et Henri VI, en 1422, pour obtenir confirmation des privilèges de l'Université ; licencié en décret à Paris, en 1424. En 1427, avec Guillaume Colles, Manchon et Robert Guérould, il rédige la transaction, faite par les soins de Pierre Cauchon, entre l'archevêque et le chapitre de Rouen (Arch. de la Seine- Inférieure, G. 3589). Jean de La Fontaine lut, en 1436, la confirmation des privilèges universitaires par Charles VII (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 21 ; Chartularium Univers. Paris., passim; Ch. de Beaurepaire, Notes,

Institué commissaire conseiller au procès, délégué par Pierre Cauchon pour interroger Jeanne, Jean de La Fontaine lui conseilla de se soumettre à l'Église. Aux dires de Manchon et de Massieu, qui demandent à être contrôlés, il dut quitter Rouen sur les menaces de Cauchon, qui le trouvait trop favorable à l'accusée. On sait aussi qu'il était l'ami de Nicolas de Houppeville à qui il fit passer un billet dans sa prison. — Un Guillaume de La Fontaine est dit lieutenant général de Jean Salvain, bailli de Rouen en 1432 (Bibl. nat., fr. 26055, ^° i86o). — Un Jacques de La Fontaine, bachelier en décret, secrétaire et familier du pape, était, le

^34 MOcLs DE CONDAMNATION DE JEÀNNÈ d'aRC

27 mars 1429, occupé à permuter son canonicat de Bcauvais (Reg. des délibérations du chapitre).

25. Guillaume Colles, dit Boisguillaume, et mieux Boscguillaume, d'une famille Colles de Boisguillaume (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 4755), greffier du procès, notaire de l'Officialité de Rouen.

Dès 1424, on voit le nom de Guillaume Colles au bas d'une formule d'excommunication (/5/(i., G. 2123). On retrouve Boisguillaume comme notaire delà cause inquisitoriale instruite à Rouen, entre juillet et novembre 1430, par Jean Gravèrent contre Jean Seguent (Denifle et ChâlQh'm,CJ}artuîarium Univers. Paris., IV, p. 504). En 1421, il est dit curé de Notre-Dame-de-la-Ronde (cure dent le roi d'Angleterre avait la présentation), et il signait l'acte par lequel les membres du clergé de Rouen, réunis dans la chapelle archiépiscopale, déclaraient privés de leurs bénéfices leurs confrères résidant dans les terres soumises à l'obéissance du dauphin (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 1202). Boisguillaume est dit clerc des vicaires de l'archevêque en 1425 (Arch. dép.de la Seine-Inférieure, G. 251). On voit que, par un mandement de Henri VI, l'official de Rouen est chargé de faire l'inventaire de ses biens. Il est dit alors curé de Notre-Dame, près Bernay, « en sentence d'excomniche, agrave etréagrave... pertinax et mal sentant des clefs de notre mère Sainte Église ». Cette vente est ordonnée afin que l'argent soit employé au bénéfice de son absolution (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 1195). G. Colles demeurait à Rouen sur la paroisse Saint-Nicolas {Ihid., G. 7323). Il déposa au procès de réhabilitation, le 18 décembre 1456, donna des détails sur le travail des notaires, déclarant que le procès avait été fait aux frais des Anglais, reconnaissant les pièces qui lui étaient présentées, révélant les supercheries de N. Loiseleur et de J. d'Estivet.

26. Guillaume Manchon, greffier du procès, notaire de l'Officialité de Rouen, chanoine de Rouen et d'Evreux, curé de Saint-Martin de Vitefleur, plus tard de Saint-Nicolas de Rouen, et aumônier de la Confrérie de la Calende du doyenné de la Chrétienté de Rouen (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 1220).

Promoteur d'office, de 1437 à 1443, il poursuit l'aff'aire où Jean Massieu est accusé de mauvaises mœurs {Ihid., G. 255) ; en cette qualité, il visita les abbayes et les prieurés du diocèse en 1440, et est dit promoteur (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 42); en 1453, oiï 1^ trouve tauxeur et positionnaire {Ibiâ., G. 51). Guillaume Manchon mourut le 9 décembre 1456 (Inventaire sovrnm ire des Archives départementales de la Seine-Inférieure, série G., t. II, p. viii).

On trouve que, le 21 septembre 1440, Guillaume de Croisemare, bailli de la Madeleine de Rouen; vidime certaines de ses fondations : Guillaume Manchon est dit notaire de la Cour de Rouen, curé de Vitefleur depuis le 31 octobre 1436, chanoine d'Evreux, promoteur d'office en la Cour spirituelle de Louis de Luxembourg, archevêque de Rouen, premier chapelain par élection et dénomination des frères delà Confrérie des notaires (13 septembre 1440). Parmi les témoins cités, on rencontre Pierre Cochon, curé de Vitefleur, notaire de la Cour spirituelle de Rouen. Sur l'acte original de fondation (1436), on voit les signatures de Manchon et de Nicolas Taquel (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 8977). Une commission, donnée au mois d'octobre 1445 par les commissaires sur le fait des rentes appartenant aux gens d'Eglise, indique qu'il était chargé de recevoir les fruits des revenus « des curez situés au diocèse de Rouen, dont les curez sont absens et demourans hors de l'obéissance du roy » (Bibl. nat., nis. fr. 26.074, p. 5.338).

Guillaume Manchon, qui livra aux juges du procès de réhabilitation la minute du procès de condamnation, déposa en 1450, en 1452, en 1455. Il la fit avec prudence, chargeant beaucoup l'évêque et les Anglais.

27. Jean Massieu, prêtre, curé doyen, qui remplit les fonctions d'huissier durant le procès. On voit, le 11 octobre 1430, que la ville de Rouen lui reconnaissait une dette de 7 1. 10 s., somme prêtée par Jean Massieu à la cité (Bibl. nat., fr. 26.053, no 1428). Il est dit doyen de la Chrétienté de Rouen en 143 1 (Arch. de la Seine- Inférieure, G. 5 3 72), c'est-à-dire, suivant Quicherat, syndic des curés de la division du diocèse qu'on appelait le Doyenné de la Chrétienté. Le 3 février 143 1, Jean Massieu est condamné à l'amende pour avoir, dans le cimetière de la cathédrale, exempt de la juridiction de l'évêque, reçu de l'argent de certains prêtres et clercs cités par lui (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 3372). Le doyen de la Chrétienté de Rouen fait plusieurs voyages à Bâie, au sujet des « libertés de l'Eglise » (Arch.de la Seine- Inférieure, G. 35, compte de 1433-1434) ; en 1434, Jean Massieu est envoyé à la recherche d'un malfaiteur (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 155). On voit que des poursuites sont exercées contre Thomas Milton, chapelain du seigneurde Fauquemberge, et Jean Massieu, autrefois doyen de la Chrétienté, pour mauvaises mœurs {Ihid., G. 255, 1438-1439). Jean Massieu, prêtre de la paroisse de Saint-Maclou, est poursuivi pour inconduite (/Z)/J., G. 263, registre de 1458-1459). En 1450, il est dit chanoine, curé de Saint-Cande-le-Vieux, lors de la fondation de 300 livres par Pierre Cauchon, en l'honneur du Saint-Sacrement (Jhid., G. 6560).

Jean Massieu déposa en 1450 et témoigna au procès de réhabilitation le 17 décembre 1455. Il sst dit alors âgé d'environ 50 ans. Il dénonça alors la haine que les Anglais portaient à Jeanne, accusant Pierre Cauchon d'une extrême>'docilité à leur égard.

28. C'est-à-dire syndic des curés d'une division du diocèse. Cf. note 27.

29. Sur le rôle de l'Université de Paris, voir ce qui a été dit dans l'Introduction.

30. Il me semble que les historiens de Jeanne d'Arc ont passé rapidement sur ces tentatives pour sauver Jeanne prisonnière. On voit qu'à la date du 1 5 décembre 1430, Morosini a enregistré la nouvelle qu'aussitôt que la Pucelle fut tombée entre les mains du duc de Bourgogne et que le bruit se répandit que les Anglais l'obtiendraient moyennant deniers, le dauphin, informé, envoya une ambassade vers le duc de Bourgogne pour lui dire qu'il ne devait la livrer pour rien au monde, sans quoi il en tirerait vengeance sur ceux des hommes qui viendraient entre ses mains (éd. G. Lefèvre-Pontalis et L. Dorez, t. III, p. 336-559).

31. Philippe le Bon était en effet issu de la maison de France. Son père, Philippe le Hardi, était le quatrième fils du roi Jean.

32. On remarque qu'aucune des expéditions authentiques ne donne la date de cette lettre.

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