Autre façon proverbiale de parler
166. Cf. Article LX — on aurait pu ajouter non devant habeo : « Ego vobis [non] habeo dicere ». Mais la note marginale n superbe responsum «laisse plutôt entendre que la phrSse de Jeanne était une interrogation narquoise aux juges.
167. Ce dicton ne se rencontre pas dans les Proverbes français de Leroux de Lincy. — On sait que Jeanne affectionnait les proverbes et les sentences.
168. Domremy ne relevait pas en totalité de la châtellenie de Vaucouleurs, incorporée au domaine royal par Charles V. Un très petit ruisseau, affluent de la Meuse, coupait le village en deux parties: celle du midi, comprenant une maison forte située dans une île de la Meuse et une trentaine de chaumières que possédait la famille de Bourlemont, dépendait de la châtellenie de Gondrecourt, c'est-àdire d'une partie de la Champagne cédée en 1308 par Philippe le Bel au comte de Bar (Siméon Luct, Jeanne d'Arc à Domremy, p. xxii). On sait que Jeanne naquit dans la partie septentrionale, où se trouvait l'église paroissiale, relevant de la châtellenie de Vaucouleurs ; que le cours du filet d'eau, une simple rigole dont on a fait une frontière, a été modifié depuis lexv^s. — Il est plus important de remarquer que l'église avait pour patron l'apôtre des Francs qui baptisa Clovis et l'oignit à Reims ; que Domremy appartenait au jeune beau-frère de Charles VII, René d'Anjou (Comte M. de Pange, Les Lorrains et la France au Moyen Age, p. 12 n. ).
Le diplôme de PhiHppe I^i-, roi de France (1090), cité par Michelet, auquel Luce fait allusion et suivant lequel Domremy, pendant les premiers siècles du moyen âge, aurait été un fief de l'abbaye de Reims {Jeanne d'Arc "à Domremy, p. xxxiv)concerne non pas le village de Jeanne d'Arc, mais Domremy-en-Ornois, non loin de Joinville (M. de Pange, Ibid., p. 12 n.).
169. Maxey-sur-Mcuse, village situé sur la rive droite du Ik-uve, en aval de Domremy. Il ne fut rattaché au duché de Lorraine qu'au xviie siècle. Au temps de Jeanne d'Arc, Maxey était en Barrois, prévôté de Foug. Mais ce village était en la garde du roi de France, c'est-à-dire du roi d'Angleterre. La prévôté de Foug appartenait au vieux et faible cardinal de Bar (M. de Pange, Les Lorrains et la France au Moyen Age, p. 12 n.). On ne saurait rigoureusement, comme l'a fait Luce {Jeanne d'Arc à Domremy, p. 18), opposer les enfants de Donn-emv à ceux de Maxey.
170. L'Ile était cette prairie basse, formée par un méandre de la Meuse, inondée au temps de la crue des eaux, où s'élevaient la maison forte des Bourlemont et la chapelle de Notre-Dame (.Siméon Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, p. xxv). Cf. le plan publié par Le Fâge, Jeanne d'Arc est-elle Lorraine? Nancy, 1852, p. 54-5 5 .
171. Jeanne ne gardait pas les troupeaux habituellement. Elle allait aux champs, comme les autres enfants du village (voir la note 123). Mais les Bourguignons feront d'elle une vachère (Monstrclet, Jean Jouffroy).
172. Ces fontaines de Lorraine ont, de tout temps, été l'objet de vénération, en particulier celles à l'orée des bois. J'ai été, enfant, au pèlerinage de Saint-Ouen et chacun. rapportait une bouteille d'eau de la fontaine sacrée, propre à guérir tous les maux. Au témoignage des curés du pays, les habitants de la Meuse ne « font plus leurs fontaines ». — On identifie la fontaine avec cette source, comme intermittente, dont l'orifice a été plusieurs fois changé de place durant la construction de la moderne basilique, et qui sortait non loin de l'ancienne « chapelle de Notre Dame » que Etienne Hordal avait fait édifier, au début du xvii^ siècle, en souvenir de la Pucelle (Le P. Ayrolles, La vraie Jeanne d'Arc : la paysanne et l'inspirée, p. 315), au lieu dit l'Ancien pierrier. Non loin est la fontaine aux groseilliers. — Sur la question des fées, voir les remarques de Marcel Hébert, Jeanne d'Arc a- 1- elle abjuré? Paris, 1914, p. 65 et ss.
173. Le hêtre, dont le beau tronc est gris et lisse, et dont le feuillage, à l'automne, forme un buisson de feu, est un arbre extrêmement fréquent dans cette région des côtes de la Meuse. — L'arbre que Montaigne vit, en 1580, ne lui parut en rien remarquable : « Il y a un arbre le long d'une vigne, qu'on nomme l'arbre de la Pucelle, qui n'a nulle autre chose à remarquer » (Journal de voyage, éd. Lautrey, p. 63). Il existait encore dans le premier quart du xviie siècle et il est ainsi décrit par Edmond Richer (éd. H. Dunand, p. 67) : « Les branches de ce fau sont toutes rondes et rendent une belle et grande ombre pour s'abriter dessous, comme presque l'on feroit au couvert d'une chambre. Et faut que cet arbre ave pour le moins trois cents ans, qui est une merveille de nature ... » Il fut détruit au temps des guerres du xviie siècle par les Suédois (E. Stofflet, Bull. Arch. Lorraine, 1910, p. 102). Quicherat (Procès, II, p. 390 n.) dit que les anciens de Domremy se rappelaient avoir entendu dire qu'il avait été arraché par un habitant nommé « Soudart » 1 — Sur la place de l'arbre, voir la déposition de Jean Morcl au procès de réhabilitation.
174. Le gui ou le feuillage de la fête de mai. Suivant Edmond Richer, le « fau » était dit le beau mai. « C'est un beau et grand hestre, assez proche de l'église de Procès de Jeanne d'Arc. — IL 24
J7d PROCÈS DE CONDAMNATION DE JEANNE D AKC
Domremy, lequel est sur le grand chemin de Neufchastel, auprès duquel il y a une fontaine. Et durant le printemps et tout l'esté, fils et filles s'y vont pourmener : et, comme j'ai appris des gens du païs, continuent encore aujourd'huy...» (éd. H. Duuand, p. 67). Les seigneurs de Domremy allaient s'ébattre et goûter sous son ombre. Jacob, curé de Moutiers-sur-Saulx, au procès de réhabilitation, dit qu'au printemps il était beau comme les lys, large et touffu, que ses branches descendaient jusqu'à terre. — Il faut entendre que du hêtre venait le feuillage de la fête de mai, extrêmement populaire au moyen âge, qui a été chantée tant de fois par Charles d'Orléans et par des poètes anglais de ce temps. (Cf. Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 431-433.) Le i^r mai, à l'orée du jour, au son du tambourin, en joyeuse cavalcade parfois, les gens de la campagne allaient au bois chercher un arbre que l'on plantait au milieu du village, en formant des rondes ; des rameaux de charme, de hêtre, que l'on fixait aux maisons, en particulier devant celles des jeunes filles et des fiancées. C'était là un très vieux rite animiste, expliqué dans le Rameau d'or de Frazer. (Cf. l'inscription gallo-romaine : fago deo.) Mais personne n'en savait le sens au temps de Jeanne et il fallait la malveillance de ses juges pour chercher quelque chose de coupable dans ces pratiques innocentes. (Sur l'iconographie de la fête du Mai, voir les Très riches heures du duc de £erry,1e Bréviaire Grimani, le May d'A. Watteau, gr. par Aveline, où l'on voit une jeune fille cueillir le mai à un arbre enrubanné tandis que dansent des paysans ; des couronnes sont également accrochées à l'arbre.)
175. Pierre de Bourlemont, chevalier, seigneur de la partie méridionale de Domremy, mais dont la « dame était de France » (Déposition de Zabillet, femme de Girardin d'Epinal). — Les Bourlemont possédaient les serfs de la partie barroise de Domremy, soit trente-cinq familles environ, à la fin du xiv^ siècle. Ils demeuraient parfois dans une maison forte située en face du village dans l'île formée par les deux bras de la Meuse (Siméon Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, p. xxv) et ils étaient seigneurs en partie de Greux, de Maxey et de Bourlemont. Le château de Bourlemont domine la Meuse, sur la rive gauche, en amont de Domremy (voir M. de Pange, Les Lorrains et la France au Moyen Age, p. 24-25). — On sait que Pierre de Bourlemont, sa dame et ses demoiselles ne manquaient pas d'assister à la fête du Mai.
176. Nous avons adopté le terme du vieux traducteur. Il s'agit de couronnes.
177. Le maire Aubry était l'intendant rural représentant le seigneur de Bourlemont. Cet office était parfois concédé à titre héréditaire.
178. Le Bois Chenu, non loin de Domremy, à mi-côte d'une colline assez abrupte vers la route de Neufchâteau, là où s'élève aujourd'hui la Basilique Neuve qui éloigne toute poésie de ce lieu. Le Pierrîer y marque la place de l'ancien Ermitage de Notre-Dame (voir note 172). — Le Bois Chenu n'est plus qu'un souvenir ; les chênes ont disparu ; les flancs de la colline ont été en partie défrichés et plantés de vignes qui achèvent de mourir. — On consultera avec profit la carte de Cassini, 8 L, et la vue du village de Domremy d'après une aquarelle de C. Pensée en 1819 (H. Wallon, Jeanne d'Arc, p. 52).
179. Jeanne connaissait donc la prophétie, qui courait alors le monde, et annonçait que la France, perdue par une femme, serait sauvée par une vierge des
iliarches de Lorraine (Déposition de Catlierinc Le Royer). On connaissait également cette prophétie parmi les Anglais, et tous, en France, la répétaient alors sous une forme ou sous une autre. C'était un dicton bien ancien, certainement d'origine ecclésiastique, qui rapportait que ce qui avait été perdu par une femme devait être sauvé par une autre femme. L'application la plus commune en a été faite très anciennement par les Pères à Eve et à Marie.
i8o. Sur la chambre de parement, voir note 113.
181 . Giovanni da Fano (et non de Favo), un Italien do la Marche, Mineur, qualifié de maître en théologie inexactement. En 1428- 1429 ce personnage n'était que sententiariiis et ne fut licencié en théologie qu'en 1433. On le voit régent la même année. On le retrouve dans cette fonction à Paris, au mois de septembre 1435 (Denifie et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 25 ; Chartuhriuin Univ. Paris., IV, p. 478, 523, 550, 5 5 5, 574)-
182. Jean, et non pas Nicolas Le Vautier, bachelier en théologie, religieux Ermite de Sàint-Augustïn, senientiarius à Paris, en i45i(Dcnifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 25).
183. Nicolas Caval, né vers 1390, maître es arts et bachelier en décret à Paris en 1403, licencié en 1428, qui obtint de Henri V, le 16 janvier I42i,un canouicat en l'église de Mortain ; il fut reçu, la même année, chanoine de la cathédrale de Rouen à la place de Robert de Faubuisson, demeuré fidèle à la France. Il résidait antérieurement à cette date à Rouen, fut député aux Etats de Paris, en 1424. En 1428, il est dit doyen de Notre-Dame d'Andely. Il fut nommé scelleur de la Cour d'église en 1443, *^"''é '^^ Critot et chapelain de la chapelle de Notre-Dame aux Béguines de Rouen. Nicolas Caval mourut peu de jours avant le 27 août 1457 (Ch. de Beaurepaire, Noies, p. 58-59; Denifle et Châtelain, C!)ariiilariinii Univers. Paris., IV, p. 106, 109).
C'était, à ce qu'il semble, un homme instruit, ami des livres (il fait payer 20 s. au bonhomme qui retrouva le livre fait par un archevêque de Rouen » en quel livre estoient contenues moult de notables choses touchant l'archevesclié ». Arch. de la Seine-Inférieure, G. 28, compte de 1426-1427; le 4 août 1430, il emprunte à la librairie du chapitre Isidorus super vêtus testamentuni. Ibid., G. 2126). Nicolas Caval était tout à la dévotion de Pierre Cauchon, dont il fut l'exécuteur testamentaire (c'est lui qui régla les frais de la procession qui suivit le corps de P. Cauchon de l'église Saint-Cande jusqu'à la Seine, en priant, et il accompagna jusqu'au bout le corps de son ami. Arch. de la Seine-Inférieure, G. 2130). C'était aussi un ami de Zano de Castiglione, l'évêque de Lisieux qui conclut si rigoureusement contre Jeanne. Caval, lui, détermina contre elle, suivant l'opinion des théologiens et l'autorité de l'abbé de Fécamp, Gilles de Duremort. Cité au procès de réhabilitation en 1452, Nicolas Caval prétendit, ce qui n'était pas, avoir entendu Jeanne une seule fois. Il fut lamentable, ne se rappela plus de rien, disant par exemple qu'il « croit bien que les Anglais n'avaient pas grand amour envers ladite Jeanne », qu'il « sait bien qu'elle a été brûlée ; si ce fut justement ou injustement, il s'en rapporte au droit et au procès ».
184. Le texte latin dit: garantiiationem, galHce en garant. J'ai conservé ce vieux mot qui a un sens juridique et chevaleresque.
372 PROCES DE CONDAiMNATION DE JEANNE D ARC
185. Sainte Catherine d'Alexandrie, dont le culte était si répandu en France, protectrice des jeunes filles et des philosophes, patronne de l'église de Maxey où Jeanne allait prier quand l'église de Domremy fut incendiée. Les legs pieux de Jean de Bourlemont, seigneur de Domremy et de Greux, datés'de 1398, en faveur Sainte Catherine de Maxey, prouvent la popularité dont le culte de cette sainte jouissait à Domremy (Siméon Lues, Jeanne d'Arc à Domremy, p. cxxviii).
La légende de sainte Catherine fut extrêmement répandue au xve siècle. En 1453, O" ^'°'^ Q^^ Nicolas de Cues, comme évêque de Brixen, recommandait à ses curés de ne pas prêcher au peuple « choses superstitieuses » que contenait la Légende dorée sur sa vie (Edm. Vansteenberghe, Le cardinal de Cues, p. 142). Dans presque chaque église on voyait une image de la pure et candide enfant tenant les attributs de son martyre, la roue dentelée et l'épée.
186. Sainte Marguerite, protectrice des femmes, en particuher dans la période de leurs couches, et des paysans. — On verra que dans leur esprit les juges avaient établi un rapport entre les apparitions de la Pucelle et les représentations des statues placées dans les églises; et, des déclarations de Jeanne relatives aux offrandes de fleurs qu'elle faisait aux saintes, il semble bien résulter que l'église de Domremy, comme presque toutes celles de France, devait abriter leurs images. On croit posséder encore la statue de pierre de sainte Marguerite qui se trouvait dans l'église de Domremy au temps de Jeanne d'Arc. Elle est représentée tenant la palme du martyre, les cheveux dénoués. Mais il semble bien difficile de dater cette figure avec quelque certitude.