‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 129 sur 182 · Au mois d'avril · texte numérisé non relu

Au mois d'avril

188. Saint Michel, l'archange du Seigneur, l'ambassadeur de Dieu, le saint des Valois, le beau chevalier qui tranche la tête du serpent et tient la balance où les âmes seront pesées. — Un grand pèlerinage, très fréquenté depuis le xive siècle, avait lieu en son honneur dans la célèbre abbaye du Mont-Saint-Michel en Normandie. La dévotion à saint Michel fut générale au xve siècle (l'église de Moncel, près de Domremy, était dédiée à saint Michel) ; et le dauphin avait eu des étendards à son image (la bannière de saint Michel fut portée dans Paris lors de la rentrée du roi Charles VII et sa légende fut mimée sur des échafauds. Cf. Dufresne de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. III, p. 52). Abandonnée en 14 19 par son abbé, Jean Jolivet, qui passa aux Anglais, celui-là que nous retrouverons parmi les juges de Jeanne, l'abbaye fortifiée résista à tous les assauts des Anglais ; en 1425, les défenseurs du Mont remportèrent même un brillant succès sur les Anglais grâce au secours apporté par les Malouins (Chronique du Mont Saint-Michel, éd. S. Luce, p. 202, 205 •^.Jeanne d'Arc à Domremy, p. cv). On sait encore qu'en dépit de l'état de guerre, le pèlerinage ne fut jamais interrompu : succès où l'esprit populaire a pu voir un miracle du saint. En 1469, quand Louis XI fonda l'ordre de chevalerie destiné à récompenser les actes de vaillance, il en plaça le siège au Mont, sous le vocable du saint qui a « toujours gardé, préservé et defïendu, sans estre subjugué ni mis es mains des anciens ennemis, nostre royaume ».

Toutefois il ne faut pas oublier la place que tient la tradition biblique dans les croyances de la France de ce temps. Or, à propos de la délivrance des Israélites, on lit dans la vision de Daniel, xii, i : « En ce temps se lèvera Michel, le grand chef qui tient pour les enfants de ton peuple. »

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Mais il n'est pas absolument rigoureux de dire que saint Michel fut opposé à saint Georges, patron des Anglais. Plusieurs images de saint Michel se voient dans le bréviaire dit deSaiisbury ; dans celui de Bedford, saint Michel porte même l'uniforme anglais sur sa cotte d'armes : la croix rouge sur fond blanc. (Cf. Paul Durrieu, Les souvenirs historiques dans les manuscrits à miniature de la domination anglaise en France au temps de Jeanne d'Arc, Paris, 1905.) Peut-on dire d'ailleurs qu'un saint a une autre patrie que le ciel ?

Un texte très curieux de Jouvenel des Ursins met en scène les saints de France et d'Angleterre priant ensemble pour la paix (1436) : « Et tantost survindrent sainct Clovis, sainct Louis et sainct Charlemagne et sainct Denis, et pareillement sainct Edouard et sainct Thomas de Cantorbve, lesquels très humblement se agenouillèrent devant la bcnoiste Trinité, en priant qu'elle voulsist envoyer paix en France et aussy en Angleterre » (Bibl. nat., ms. fr. 16259, P- 496)-

Les Normands, soumis aux Anglais, étaient' naturellement fort dévots envers saint Michel dont le culte était général en France à cette époque et très souvent associé à celui des saintes de Jeanne, Catherine et Marguerite, qui demeurèrent ses conseillères habituelles. On verra, en 1437, des indulgences accordées en faveur d'une confrérie de Saint-Nicaise à Rouen pour ceux qui visiteront l'église les jours de la fête de saint Michel, des saintes Catherine et Marguerite (Arch. de la Seine- Inférieure, G. 7291).

189. On sait que ce document n'a pas été retrouvé. Nous n'en connaissons plus que les conclusions insérées dans le Registre Delphinal de Mathieu Thomassin (Quicherat, Procès, t. IV, p. 506), par une refonte qui se trouve dans la Chronique de Tournai (éd. de Smedt, III, p. 406). Eberhard Windecke en a reproduit les conclusions (G. Lefévre-Pontalis, Les sources allemandes de l'histoire de Jeanne d'Arc, 1903, p. 36-41).

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