Voir note
295. Regnault de Chartres, archevêque de Reims, prélat et diplomate. Fils d'Hector de Chartres, seigneur d'Onz-en-Bray, grand maître des eaux et forêts en Normandie et Picardie (Bibl. nat., P. orig. 693 ; Clair., Titres scellés, t. XXIX), massacré à Paris au cours des émeutes de 1418, lors de la rentrée des Bourguignons, tandis que Regnault était jeté en prison (Journal truii Bourgeois de Paris, p. 109 ; Bulletin delà Soc. de Vhlst. de Paris, 1877). Trois frères de Regnault avaient déjà trouvé la mort au désastre d'Azincourt. Une immense fortune allait récompenser le dévouement de ces fidèles serviteurs en la personne du jeune prélat.
La carrière ecclésiastique de Regnault fut en efïet très rapide ; doyen de la cathédrale de Beauvais avant 1410, il était maître des grandes écoles desCholets (Collection Bucquet); il est dit, le 17 septembre 1412, camérier du pape, référendaire et continuel commensal ; et il intriguait pour être élu évêque de Beauvais (Reg. du chapitre) : dès 1414 Jean XXIII le nommait archevêque de Reims, malgré la municipalité et le chapitre. Créature pontificale (Chart. Univ. Paris., IV, 275), il fut chargé à Constance d'expliquer la fuite du pape : il rejoignit en août 1414 l'empereur Sigismond afin qu'il déterminât la translation du concile (N. Valois, Histoire du grand Schisme, IV, p. 289, 299, 342) ; Jean XXIII l'adressait comme ambassadeur à Louis II d'Anjou ainsi qu'à Charles VI. Ces missions durent fort grandir notre Regnault en France puisqu'on le voit, dès 1414, s'entremettre dans les
feintes réconciliations des maisons d'Orléans et de Bourgogne (Pierre de Fenin, p. 51). Q.ualifié de conseiller du roi en 14 17 (Bibl. nat., Clair., Titres scellés, t. XXIX, p. 107), on le trouve on 1418 a la conférence de Montereau représentant le roi de France et le comte d'Armagnac (Monstrelct, VI, p. 247). En 141 7, on le voit passer en Angleterre ; en 1418, en Languedoc, où il lévedes troupes (Clair., Titres scellés, t. XXIX); en Savoie (Guichenon) : en 1420, il allait en Ecosse chercher des secours (Raoulet ; Bibl. nat.,fr. 20887) ; en 1422, ^" Espagne (Bibl. nat., lat. 6024, fol. 12); en 1425,011 le retrouvait à Rome.
Ce jeune homme passait alors pour un grand prud'homme, un bon diplomiate, chargédes plus difficiles missions, comme un vieil ambassadeur : le8mai 1424,11 était chancelier (Fr. Duchesne, Hist. des Chanceliers, 1680, p. 483). Les Anglais confisquaient son hôtel à Paris (Sauvai, III, p. 270) et Charles VII lui faisait remettre 4.000 écus d'or pour l'aider à marier une sienne nièce au sire de Vauvert (BibL nat., fr. 20887, 16 octobre 1425) : le roi lui vendait la seigneurie de Vierzon.
Personne prudente, raisonnable à l'excès, ayant toute confiance dans sa diplomatie, Regnault pressent que la fin de la guerre anglaise est liée à l'alliance bourguignonne. Témoin de l'entrevue décisive du roi et de Jeanne, l'un de ses examinateurs, envoyé à Blois pour diriger les secours sur Orléans, Regnault écrit de Troyeaux habitants de Reims pour les disposer à recevoir le roi honorablement : il sacre Charles VII et recouvre sa métropole. Il semble, dès cet instant, que tout soit accompli, pour lui comme pour Jeanne. La singulière question qu'il pose à Jeanne sur le chemin de Crépy-en- Valois nous le montre déjà en défiance et, dès ce moment, on voit Regnault revenu à sa vieille et grande idée de paix par l'alliance bourguignonne (Bibl. nat., fr. 20887, ^^ l^^ii^ 1425). La lettre extraordinaire qu'il adressa aux habitants de Reims, au lendemain de la prise de Jeanne, est peut-être d'un politique ; mais elle témoigne aussi de la plus grande sécheresse de cœur. Jeanne était devenue, du jour au lendemain, une gêneuse, contrariant le système de trêves qui arrêta net la marche de l'armée victorieuse et détermina l'échec devant Paris. Mais, dans aucun cas, on ne saurait voir là des manoeuvres ténébreuses ; plus imprudent encore serait de regarder Guillaume de Flavy, le demi-frère de Regnault, comme un traître ayant abandonné la Pucelle devant sa ville assiégée. Regnault, après Reims, représenta toujours dans le conseil du roi le parti delà paix, contre Jeanne et ceux qui désiraient des aventures, comme le duc d'Alençon. Dans cette mesure, on peut dire que Regnault de Chartres perdit Jeanne. C'est dommage qu'il n'ait pas lu, comme nous pouvons le faire dans les papiers de Ghillebert de Lannoy, les mémoires bourguignons préconisant la continuation de l'alliance anglaise. Mais n'oublions pas non plus que la pensée de Regnault se réalisera cinq ans plus tard : ce sera l'heureuse paix d'Arras, pour laquelle il travailla beaucoup, et qui amena tout de même la fin de la guerre de Cent ans. Regnault de Chartres mourut chargé d'honneurs, l'an 1445, après la Mi-Carême, à Tours, tandis que, pacifiste obstiné, il traitait delà paix entre la France et l'Angleterre (Fr. Duchesne, op. cit., p. 487).
M. G. Hanotaux a publié un portrait fantaisiste de Regnault de Chartres. Cette figure se rencontre en eflfet sous une autre effigie, celle de Charimère, chancelier de France l'an 595 (cf. Chroiiolos^ie Collée).
296. Charles de Bourbon, d'abord comte deClermont (1401-1456), filsde JeanI, quatrième duc de Bourbon qui fut fait prisonnier à Azincourt et mourra captif en
Angleterre en 1433. Après le meurtre de Montereau Charles combattit pour le parti armagnac et renvoya à Philippe le Bon sa petite fiancée Agnès. Le duc de Bourbon reçoit le gouvernement du Languedoc et de la Guyenne, puis celui du Dauphiné. Il est fait lieutenant général du roi dans le Bourbonnais, l'Auvergne et le Forez. Il attaque vivement La Trémoïlle, met la main sur le chancelier de France, Gouge de Charpaigne, puis se rapproche un instant du duc de Bourgogne à qui il redemaade sa fiancée. Beau, entreprenant, très aventurier mais fort versatile, Charles de Bourbon conduit à Charles VII une armée au secours d'Orléans ; il est blessé et vaincu à la journée des Harengs. On le retrouve au siège de Troyes, à Reims où il remplit les fonctions de pair et fait des chevaliers. Présent à la journée de Montépilloy, il communie avec Jeanne devant Senlis, prend part à l'attaque de Paris et témoigne du mécontentement de la rapide retraite de Charles VIL Etabli lieutenant général de l'Ile de France, Charles de Bourbon montra très peu de caractère dans cet office. On sait que plus tard, jaloux de l'influence de son beau-frère Charles du Maine dans le gouvernement, il prit part à la Praguerie, se rapprocha des Bourguignons. Il mourut fatigué des plaisirs et de la guerre, et fort goutteux. Voir n. 141.
297. Georges, le sire de la Trémoïlle (i 382-1446). Élevé à la cour de Jean sans Peur, qu'il accompagna à Paris en 141 3, il fut nommé, cette année-là, grand chambellan de Charles VI. Prisonnier à Azincourt, Georges ne recouvra sa liberté qu'au prix d'une forte rançon. Il épousa, en 1416, la très riche et vieille Jeanne de Boulogne, la veuve du duc de Berry, qui mourut vers 1423. Dès 1418, Georges avait rempli le rôle de médiateur entre Charles VI et les princes. Le 21 janvier 1420, Philippe de Bourgogne mandait aux gens des Comptes de lui accorder le comté de Boulogne à charge d'hommage. Envoyé en mission près du duc de Bourgogne, en décembre 1425, Georges fut arrêté à La Charité-sur-Loire par Perrinet Gressart, le capitaine que combattra vainement Jeanne d'Arc. Au mois de février 1427, Georges s'emparait d'Issoudun, où il enlevait Pierre de Giac, le favori et le ministre de Charles VIL Giac fut noyé, et sa femme, Catherine de l'Ile-Bouchard, donna à l'audacieux Georges les joyaux et l'argent de Giac ; puis elle se donna elle-même à lui. Ainsi, au mois de juillet 1427, l'ancien chambellan de Jean sans Peur, le puissant baron dont la famille appartenait au parti bourguignon, arriva au pouvoir comme premier ministre. Georges avait d'ailleurs en main les grands seigneurs militaires de ce temps ; et ce gros homme savait, à propos, avancer de l'argent au roi Charles VII, toujours besogneux.
Après la réduction de Baugcncy, de Jargeau et de Troyes, Georges de la Trémoïlle assista au sacre de Reims. On sait qu'après l'échec devant Paris, Jeanne passa quelque temps à Sully-sur-Loire, que ce séjour paraît avoir été une demicaptivité. On sait encore qu'en 1433 le connétable de Richemont,quia été, lui aussi, accusé d'avoir confisqué l'influence de Jeanne, surprit La Trémoïlle à Chinon. Georges, blesséd'uncoup de dague au ventre, ne dut la vie qu'à son embonpoint. Confirmé dans ses pensions, mais toujours éloigné de la Cour, Georges se jeta dans la Praguerie, à la suite du dauphin Louis. Il mourut, le 6 mai 1446, à Sully (Les La Trémoïlle pendant cinq siècles, I, Nantes, 1890 ; P. Champion, Le Complot de Louis d'Amboise dans le Moyen âge, 19 10, mai-juin).
298. Jean duc d'Alençon, quieut son père tué à Azincourt en 141 5. Dèsqu'il put le faire, vers l'âge de 18 ans, Jean suivit le métier des armes, cherchant à recou-
vrer ses terres occupées par l'ennemi : il avait épousé, en 1423, Jeanne, fille de Charles d'Orléans et d'Isabelle de France. Lieutenant du dauphin Charles en Normandie, Jean livra, en 1424, la malheureuse bataille de Verneuil où périrent tant de seigneurs de France et d'Ecosse (17 août 1424). Fait prisonnier par le duc de Bedford, détenu trois ans au Crotoy, Jean avait dû payer pour sa délivrance 200.000 saluts d'or. Il vendit aux Anglais tout ce qu'il possédait ; sa seigneurie de Fougères, au duc de Bretagne. Quand il sortit de prison, en 1424, Jean d'Alençon était l'homme « le plus povre de France ».
Fidèle, n'ayant rien à perdre et tout à gagner, le duc d'Aleiiçon se fit chef de compagnie de gens d'armes. On sait comment il conduisit partout « le fait » de la Pucelle, la confiante amitié que Jeanne avait pour son « beau duc ». Jean espérait bien la mener un jour conquérir son duché d'Alençon en Normandie. (Le 29 mars 1451, certificat de Guillaume Millez, dit le Tailleur, desréparations du château d'Alençon faites par le roi d'Angleterre : Bibl. nat.,fr. 26054, m 1526.) Vers 1440, Jean d'Alençon, qui avait eu jusque là la plus haute renommée de prouesse et de fidélité, ciiange tout à coup. Il prend part à la révolte des princes, reçoit la Toison d'or, se fait révoquer de son office de lieutenant général, se croit persécuté par le comte du Maine, dit que le roi se moque de lui et qu'il ne le traite pas comme il le mérite. Jean prononce des paroles insensées, entre en relations avec les Anglais, leur promet Granville, se donne à la boisson, aux filles, à la magie. Il était devenu fou. Le ^ mai 1456 Jean déposait à Paris au procès de réhabilitation; mais il fut arrêté le 51, par Dunois. Condamné à mort par les Pairs de France, en 1458, comme criminel de lèse-majesté, puis gracié et délivré à l'avènement de Louis XI, Jean, duc d'Alençon, fut de nouveau condamné à mort lors d'un second procès, en 1474, et cette fois encore, remis en liberté : il mourut en 1476.