Ysambard de La Pierre et Martin Lavenu
644. Cette formule de style, empruntée au droit canon, demeurait lettre morte. Le relaps n'a plus droit à la protection de l'Église. Il est abandonné au bras séculier qui retombe ipso facto sur lui. L'inquisiteur, juge d'Église, ne peut frapper que de peines d'Église. Jl ne peut verser le sang ; mais il s'en remet au bras séculier pour le. faire, avec cette fiction juridique. Et saint Thomas l'a dit (Somme II, q. XI, art. 3) : « Non seulement les hérétiques peuvent être exclus de l'Église par l'excommunication, mais encore de ce monde, par la mort. Non seulement ils peuvent être excommuniés, mais encore et justement être mis à mort. »> Or la remise du coupable condamné au bras séculier a pour conséquence son exécution immédiate. Le juge séculier n'a pas à connaître du délit ; il n'est ici qu'un simple exécuteur. « Ce que l'un commence, l'autre l'achève », a dit un juge de ce temps (Jean Marx, o/). cit., p. 129). On sait que depuis les ordonnances de 1226, cette peine était celle du feu. Mais on rencontre, dans ce temps, plusieurs exemples d'hérétiques pendus.
644a. Il faut lire dans les pages si vivantes du Journal d'un bourgeois de Paris, à l'année 1429, le récit des prédications des religieux illuminés qui attiraient des foules attentives et crédules. Ainsi frère Richard prêcha aux Innocents, de 5 heures du matin jusqu'à 10 heures, pendant une semaine, devant des auditoires de 5 à 6.000 personnes. Les hommes brûlaient leurs jeux de cartes, la passion du jour, et les femmes leurs chaperons baleinés. Il annonçait la naissance de l'Antéchrist et la fin prochaine du monde. Saint Bernardin de Sienne soulevait le même enthousiasme que saint Vincent Ferrier qui venait de mourir. Vallet de Viriville a parfaitement mis ces faits en lumière {Procès de condamnation de Jeanne d'Ard Introduction).
645. Car ce n'est pas l'erreur en elle-même qui caractérise l'hérésie ; il faut qu'elle soit jointe à l'opiniâtreté. Celui qui reviendrait de bonne foi à la vérité ne serait censé avoir été hérétique. (Cf. Canon 29, c. 24, q. 3.) L'hérétique véritablement opiniâtre est celui qui, malgré la défense de ses supérieurs, affirme et défend ses erreurs avec connaissance de cause ou par orgueil.