I . Journal du siège
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Kt quand on voit le gouvernement anglais acheter à un prix considérable la Pucelle aux Bourguignons, faire les frais du procès; quand on sait que, le 3 janvier 143 1, le conseil écrit : « C'est nostre entencion de ravoir et reprendre par devers nous icelle Jehanne, se ainsi estoit qu'elle ne fust convaincue ou actainte des cas dessusdiz », il est hors de doute que l'affaire que les Anglais feront instruire sera bien conduite en leur nom.
Ils en auront pour leur argent. Ils garderont Jeanne rigoureusement, dans leur château de Rouen, d'abord dans une cage de fer, attachée par le cou, par les pieds et les mains; puis les fers aux mains. Lorsqu'elle vient à tomber malade, ils tremblent de la voir mourir avant le solennel jugement; et quand un garde a tenté de lui faire violence, Warwick le destituera. La voir s'évader avant son jugement était pour eux un grand souci (il s'explique après le saut de Beaurevoir et le refus de Jeanne de prêter serment à l'évêque qu'elle ne chercherait pas à se sauver).
Canoniquement, légalement, la chose allait fort bien. « Farewell », avait dit Cauchon après que Jeanne eut repris les habits d'homme : mot déjà vrai antérieurement, sans doute. Ce que les Anglais de Rouen ne comprenaient pas en général : car le procès leur semblait beaucoup trop long. Ils insultaient Jeanne et croyaient la voir leur échapper après l'abjuration ; ils murmuraient contre Cauchon ; ils parlaient de tous ces gens d'Eglise, comme de faux traîtres et d'Armagnacs! (Déposition de G. Manchon.)
Mais faut-il croire que les Anglais exercèrent des menaces sur les membres du tribunal, comme l'ont dit les témoins du Procès de Réhabilitation ?
Après l'abjuration, qu'ils reprochaient à Cauchon comme une faiblesse' : oui. Auparavant, c'est peu croyable. Des gardes anglais s'assuraient seulement de la personne de Jeanne, qui demeurait ainsi dans un strict secret.