‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 39 sur 182 · INTRODUCTION LXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXV

Ce traité, Gerson l'adressait, sous forme de lettre familière , à un certain frère Célestin qui était son ami de cœur. Dans cette épître il se proposait de démontrer, par une métaphore continue, comment la vraie médaille de divine révélation peut être distinguée du denier fasifié de l'illusion diabolique, en sorte que l'ange de Satan ne nous déçoive pas en se transfigurant en ange de lumière.

Alors le théologien se plaçait au cœur de la question, en faisant allusion à la révélation faite par l'ange Gabriel à Zacharie au sujet du Précurseur. Il citait le texte de Marc, qu'il glosait mot par mot : « Jean parut baptisant dans le désert. » Mais voici qu'un curieux investigateur demande par quel moyen sait-on que l'annonce du nom de Jean fut plutôt un fait angélique qu'une illusion diabolique ?

Il convient donc de distinguer les révélations des anges de ces dernières illusions ; car de môme que la vérité de notre religion est combattue par les argumentations contestables et fallacieuses des hérétiques, de même l'autorité des vrais miracles et des saintes révélations est diminuée par le moyen d'anges menteurs, par des faits sophistiqués et les prodiges des magiciens.

Gerson dira ensuite qu'il n'y a pas une règle générale, une méthode que l'on puisse donner pour discerner toujours et infailliblement les vraies révélations des illusions. Car il n'y aurait plus de foi en nos prophètes, et conséquemment en toute notre religion, mais certitude et évidence.

Il n'y a donc pas lieu de demander à un catholique qu'il ait une vue évidente et claire de l'annonce du nom de Jean, ni comment il sait que la révélation a été faite par un ange à Zacharie ; c'est là une affaire de foi, et non de science.

Néanmoins, voici une autre question : pouvons-nous

t. I, col. 42 et suiv. (composé entre 139S et 1401). — A propos de la canonisation de sainte Brigitte, en 141 5, Gerson écrira un autre traité de Prohationc spirituuin où des idées analogues sont exprimées.

reconnaître que nous sommes de fidèles croyants? suivant la doctrine de Jean, pouvons-nous éprouver que les esprits viennent de Dieu, afin de n'être pas déçus (Jean, iv, i)?

Cette discussion, Gerson dira qu'il l'a abordée sciemment à cause de tant d'illusions qui se sont produites de son temps et en son siècle.

Au sujet de la venue de l'Antéchrist, par exemple, le monde s'est comporté comme un vieillard délirant; et il a souffert des fantaisies efdes illusions semblables à celles des songes'. Beaucoup disent : « Je suis Christ », et loin de la vérité, convertis à des fables, ils séduisent cependant les multitudes.

A bien des gens Gerson avait entendu dire qu'ils savaient certainement par révélation qui serait le futur pape : erreurs qui ont abusé des hommes lettrés et fameux dont il a eu les écrits entre les mains. Il est extraordinaire de constater que beaucoup de personnes de religion et de vie austère ont ajouté foi à de tels témoignages.

Si quelqu'un se présente et déclare qu'il a eu une révélation, semblable à celles de Zacharie et des autres prophètes, que ferons-nous? quelle conduite tiendrons-nous?

Si nous nions tout immédiatement, si nous nous moqfuons de lui ou l'inculpons, il semble bien que nous infirmions l'autorité de la révélation divine, qui est puissante, aujourd'hui comme autrefois. Nous scandaliserons les simples qui estimeront que nos prophéties ne sont que des fantaisies et des illusions.

Il faut donc observer une attitude moyenne, conformément au texte de l'apôtre Jean : il ne faut pas croire à tout esprit, mais nous devons faire la preuve que les esprits viennent de Dieu ; et, obéissant à l'Apôtre, il nous faut suivre le bon.

Ainsi nous serons comme des trésoriers et changeurs spirituels, commis à examiner soigneusement et diligemment la monnaie précieuse et étrangère de la divine révélation.

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