‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 40 sur 182 · INTRODUCTION I.XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION I.XVII

Mais cet examinateur de la monnaie spirituelle doit être un théologien expérimenté dans sa science et par l'usage de la vie, différent de ceux-là qui, toujours apprenant, ne parviennent jamais à la connaissance de la vérité, tels les babillards, les verbeux, les imprudents, les batailleurs; ou ceux qui ont plus de discernement pour apprécier la table, les mets et les vins, que d'aptitude à juger les matières qui demandent de l'esprit et du soin, et pour lesquels tout discours sur un sujet de religion semble une fable ou un fardeau. Pour de tels changeurs, chaque nouvelle monnaie de la divine révélation demeure comme inconnue et étrangère; et ils la rejettent avec de grands rires et indignation ; et ils se moquent et accusent.

Il en est d'autres (et je ne nie pas qu'ils ne tombent dans un vice tout opposé) qui inscrivent au livre des révélations tous les faits, les rêveries des hommes délirants les plus vains, les plus superstitieux et les plus remplis d'illusions, les monstrueuses pensées des malades et des mélancoliques. Ceux-ci croient d'un cœur trop léger; les autres montrent un esprit par trop intraitable et âpre.

Ainsi, cette monnaie spirituelle de la révélation, nous devons l'examiner à cinq points de vue principaux, savoir : en poids, en flexibilité, en résistance, en configuration, en couleur. L'humilité donne le poids; la discrétion fournit la flexibilité; la patience indique la résistance; la vérité nous donne la configuration, et la charité, la couleur.

Et le bon logicien de développer, en les reprenant, chacun de ces signes.

I. — Le premier signe à examiner est donc la conduite de celui qui se dit favorisé de Dieu par les apparitions.

Celui qui, par orgueilleuse curiosité et vaine louange, ou par présomption de sainteté, désire avoir des révélations insolites et s'en répute digne, celui-là qui se délecte par gloriole de telles choses qu'on narre à son sujet, sache-le bien, il mérite d'être le jouet des illusions.

Et Gerson nous rapporte à ce sujet les exemples que l'on trouve dans les Vies des Pères '.

Le démon apparut à l'un d'eux, transfiguré non seulement en ange de lumière, mais en la personne du Christ ; et il lui dit qu'il était venu en ce monde pour être vu et adoré de lui. Ce saint père resta quelques temps pensif, à l'instar de la Vierge Marie, se demandant ce que voulait dire cette salutation. Il pensait en lui-même : « Est-ce que je n'adore point chaque jour le Christ? Que signifie une telle apparition? » Se réfugiant immédiatement dans l'humilité, il dit à ce démon : « Va vers celui par qui tu es envoyé. Car je ne suis pas digne devoir ici le Christ. » Sur cette humble parole le démon s'enfuit, tout couvert de confusion et de honte.

Un autre père ferma les yeux dans un cas semblable : « Je ne veux pas, dit-il, voir le Christ sur la terre; je me contenterai de le voir dans les cieux. »

Enfin, il y a lieu de distinguer si la révélation dont il s'agit est utile pour les moeurs, le bien de la République, l'honneur et le développement du culte, ou si elle a trait à des matières vaines, à d'inutiles récits. Ainsi, dans l'histoire des gentils, l'homme a pu tirer, sans vaine jactance, gloire de ses propres actes : comme le firent Tullius et Scipion l'Africain.

Ce poids d'humilité, nous le trouvons chez Zacharie, qui demeura comme stupide à l'aspect de l'ange et se refusa de croire à son annonce. Mais il y a lieu d'ajouter, comme le veut saint Grégoire en ses Dialogues, que « cette véritable humilité ne doit pas être obstinée, mais soumise et craintive ». Certainement aussi, il n'y a pas d'humilité mais marque orgueilleuse d'estime de soi-même, lorsqu'une personne, tout en alléguant son humilité, méprise le prélat qui s'informe d'un cas si ardu. Elle n'agirait pas ainsi si elle n'était savante à ses propres yeux, si elle ne s'en remettait

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