INTRODUCTION LXXXVII
la nuit, ni les bois, ni la chaumière ne sont alors sûrs au compagnon d'armes '. Le laboureur saura bien tirer vengeance du blé, de la pipe de cidre, du porc gras, de la bête aumaille qu'il a dû livrer à la garnison des compagnons étrangers \
A Ambleville, comme les bonnes gens venaient de travailler à leurs vignes, ils appréhendent les trois Anglais qui sont venus les piller; et ils savent reprendre leurs deux grands sacs de linge et de laine '. Un laboureur de La Londe en Vexin, de complicité avec le curé de ce lieu, dépouille et jette dans un puits l'Anglais qîTi s'est logé en son hôtel, un pillard d'ailleurs qui menait avec lui trois bœufs et un cheval "^. A ces compagnons de Galles, tout est bon : draps de lits, chevaux, juments, chaperons d'homme, cottes de femme K
Et puis, ils souffrent, ces Anglais, de n'avoir pas de jeunes femmes; ils frappent souvent et fort à l'huis des filles. Il y a des rixes où ils n'ont pas toujours l'avantage. Ces femmes de France, comme ils les ont regardées et désirées! Dans cette longue guerre, on dirait qu'ils ont voulu les prendre pour épouses.
Voici Judette de Montigny qui, n'ayant point parfaite certitude de la mort de son mari, Henri de Trousseauville, a donné sa foi pour un second mariage à un Anglais, Henri Tourneboule, et l'a épousé à Saint-Godard de Rouen. On la condamne à l'amende, car elle allègue sa merveilleuse pauvreté ^ On poursuit Pierre Louel, curé d'Esquimbosc, qui a marié en la chapelle Sainte-Geneviève de Foville un Anglais dont les noms et surnoms lui étaient inconnus. Il a cédé à la violence, dit-il ; l'Anglais, pour