INTRODUCTION LXXXIX
transformés en écuries. Le service divin a cessé. Les cloches sont à terre, brisées et silencieuses. Les incendies ont fait leurs ruines noires.
Même spectacle, plus sombre encore, entre la Somme et l'Oise, dans ce pays frontière, aux confins de la Picardie bourguignonne où les Anglais ont tout fait pour ralliera eux la noblesse locale. Moûtiers incendiés, bonnes gens grillés, reliques emportées, églises transformées en étables ou en maisons publiques, laboureurs ou notables qu'on oublie aux fers dans des basses fosses et qui y dépérissent de faim, femmes enceintes qui avortent et meurent, et dont on jette les enfants à la rivière, loups dévorants qui rôdent autour des villages, gens d'armes, non moins féroces que les loups, anglais ou partisans de France, famine, voilà ce que nous montrent les documents contemporains. Eh bien, au témoignage de Jean Jouvenel qui nous fournit les traits de ce sinistre tableau de la guerre en Bcauvaisis, pas une plainte inutile chez les bonnes gens de ce pays. Leur cœur est au roi, fidèlement. Et si l'évoque de Beauvais fait entendre une doléance, c'est pour reprocher au roi de ne pas poursuivre sa querelle, de s'endormir sur les rives de Loire dans de petites chambrettes, de se réfugier trop dans la prière, c'est pour affirmer la fidélité de sa cité, pour la confirmer dans la résistance à toutes les fallacieuses promesses de l'ennemi et de ses partisans'.
Et si nous passons maintenant dans les marches de Lorraine, au pays de Jeanne d'Arc, qui n'est ni la Champagne, ni leBarrois, ni la Lorraine, mais bien plutôt terre de France, les villes cherchent surtout leur autonomie municipale^ et les gens des villages, foulés par tous les tyrans locaux, parles hommes d'armes de trois provinces, qui descendant dans cette riche vallée dont les prairies d'émeraude sont la