‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 6 sur 182 · RÉGULARITÉ DU PROCÈS · texte numérisé non relu

RÉGULARITÉ DU PROCÈS

Le Procès de Condamnation de Jeanne d'Arc est un chefd'œuvre^ de partialité sous l'apparence de la plus régulière des procédures ".

Rarement l'injustice a pris à ce point figure de justice; rarement une assemblée a paru possédée d'un zèle aussi feint pour le salut de l'âme et du corps d'une pauvre et sainte fille; rarement elle a invoqué avec autant d'hypocrisie sa propre impartialité ^ et montré une aussi fausse bien-

1. « Ne processus, ita beiie factus, proiit fiierit, -valeat cahimpuiari. » (Opinion de Me Raoul Roussel sur la torture.)

2. Ouo peracto,eide))i Jolkiiime dixiiiiiis quod oiimes ibi adstantes erant ecclesiastici et perdocti vlri, in jure divino et huinano experti, qui cuin oinni pietate et mansuetiidine volebant et tntendebant procédera cum ipsa, prout seniper parati fuerant, non quaerendovindictamaut punitioneincorporaleni, sed instructioneiii et rediictioneiii ejus ad viani veritatis et salutis. (Séance du 27 mars.)

veillance à secourir dans sa défense une femme illettrée. Et les juges de Rouen se couvraient encore de l'opinion de cette lumière quasi-céleste qu'était alors, dans le monde entier, la scientifique Université de Paris, due de lâches opinions s'abritèrent derrière les décisions toutes politiques, mais si savamment déduites, des Facultés de Théologie et de Décret !

Ce fut un bon procès, une machine de procédure superbement agencée, mise en mouvement sous l'autorité de la plus haute, de la plus redoutable des autorités d'alors, de la justice d'Église. Jamais tant de témoignages et de preuves formelles n'ont été recueillis avec un tel soin ; nul procès de ce temps, sauf celui de Jean, duc d'Alençon, jugé par ses pairs, n'a été conduit de façon aussi solennelle. (Trois ou quatre chanoines désignés par le chapitre suffisaient en ce temps-là pour instruire les procès en matière de foi.)

Aucun procès, enfin, n'a reçu une telle publicité: cinq copies authentiques furent tirées de ce grand monument; des circulaires en firent connaître immédiatement la conclusion aux princes de l'Europe, aux ecclésiastiques, aux cités ; et il ne faisait pas bon mal parler des juges de la Pucelle!

Ce monument d'iniquité, ce chef-d'œuvre de procédure a finalement porté ses fruits.

Comme le voulaient ses juges, Jeanne a été condamnée comme hérétique; les Anglais l'ont fait brûler, comme ils le désiraient, et ils pouvaient dire, chez eux, qu'une sorcière avait mené Charles, roi de France, au sacre de Reims ; mais surtout la régularité formelle du procès solennel fit que nul n'osa plus prononcer le nom de la Pucelle en pays de France.

Sauf à Orléans, où persistera le culte de Jeanne, associé surtout au souvenir de la délivrance de la ville, le procès a endormi l'opinion. Celle à qui un culte avait été rendu de son vivant; celle devant qui l'on avait brûlé des chandelles, dit des oraisons; celle dont on avait touché l'anneau et embrassé les vêtements; celle-là qui avait ouï sa légende bruire immédiatement d'un bout à l'autre de l'Europe, elle est oubliée. Le grand procès, le procès régulier est là ; l'Uni-

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