DÉFENSE A JEANNE DE SORTIR DE SA GEÔLE
Après quoi nous, évêque susdit, avons défendu à Jeanne de sortir des prisons à elle assignées, dans le château de Rouen '°^, sans notre autorisation, sous peine d'être convaincue du crime d'hérésie. Elle nous a répondu qu'elle n'acceptait point cette défense, ajoutant que, si elle s'évadait, nul ne pourrait la reprendre d'avoir enfreint ou violé son serment, puisqu'elle n'avait donné sa foi à personne. Ensuite elle se plaignit d'être incarcérée avec chaînes et entraves de fer. Nous lui dîmes alors qu'elle s'était efforcée ailleurs et par pKu sieurs fois de s'évader des prisons ""' ; et c'est à cette fin qu'elle fût gardée plus fidèlement et plus sûrement que l'ordre avait été donné de l'entraver de chaînes de fer. A quoi elle répondit :
— Il est vrai que je l'ai voulu et le voudrais encore, ainsi qu'il est licite à tout détenu ou prisonnier de s'évader.
Nous avons ensuite commis à la garde sûre de ladite Jeanne noble homme John Grey ''°, écuyer du corps du roi notre sire, et avec lui John Berwoit'" et William Talbot''^, en leur enjoignant de bien et fidèlement la garder, sans permettre à quiconque de conférer avec elle sans notre autorisation. Ce qu'ils jurèrent solennellement
de faire, la main sur les saints Evangiles. Enfin, après avoir accompli tous ces actes préliminaires, nous avons assigné Jeanne à comparaître le lendemain jeudi, à huit heures du matin, en la chambre de parement située au bout de la grande cour du château de Rouen "^.