‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 89 sur 182 · MARS. SIXIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

MARS. SIXIÈME SÉANCE

Item le samedi suivant, troisième jour de mars, au lieu désigné plus haut, Jeanne comparut devant nous et en présence des révérends pères, seigneurs et maîtres : Gilles, abbé de la Sainte-Trinité de Fécamp ; Pierre, prieur de Longueville; Jean de Chastillon,

Erard Emengart, Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midi, Denis de Sabrevois, Nicolas Lami^^', Guillaume Evrard"**, Pierre Maurice, Gérard Feuillet, Maurice du Quesnay, Pierre Houdenc, Jean de Nibat, Jacques Guesdon, docteurs en théologie sacrée ; — Guillaume, abbé de Sainte-Marie de Cormeilles, docteur en droit canon ; — Guillaume Desjardins, Gilles Canivet "9^ Roland L'Escrivain^5° , Guillaume de La Chambre-''', docteurs en médecine ; — l'abbé de Saint-Georges, Tabbé de Préaux, le prieur de Saint-Lô ; et aussi Nicolas Couppequesne, Thomas de Courcelles, Guillaume Le Maistre, Guillaume de Baudribosc, Jean Pigache, Raoul Le Sauvage, Richard de Grouchet, Pierre Minier, bacheliers en théologie sacrée ; — Jean Le Doulx, bachelier en l'un et l'autre droit ; Jean Duchemin, Jean Colombel, Raoul Anguy, Aubert Morel, bacheliers en droit canon ; — Geoffroy du Crotay, Bureau de Cormeilles, Nicolas Maulin, licenciés en droit civil, — et Nicolas Loiseleur, chanoine de la cathédrale de Rouen.

En leur présence, nous avons requis Jeanne de jurer de dire la vérité sur ce qui lui serait demandé, simplement et absolument. Elle répondit : « Comme autrefois j'ai fait, je suis prête de jurer. » Et ainsi elle jura, les mains sur les saints Evangiles.

Ensuite, comme elle avait dit que saint Michel avait des ailes, et que cependant elle n'avait pas parlé du corps et des membres des saintes Catherine et Marguerite, elle fut interrogée sur ce qu'elle en voulait dire. A quoi elle répondit : « Je vous ai dit ce que je sais et ne vous en répondrai autre chose. » Dit également qu'elle a aussi bien va ledit saint Michel et les saintes qu'elle sait bien qu'ils sont saint et saintes du paradis.

Interrogée si elle vit rien d'autre que leur visage, répondit :

— Je vous ai dit tout ce que je sais sur cela; et plutôt que de dire tout ce que je sais, j'aimerais iliieux que me fissiez trancher le col !

Item dit que tout ce qu'elle sait, touchant le procès, elle le dira volontiers.

Interrogée si elle croit que saint Michel et saint Gabriel aient têtes naturelles, répondit :

— Je les ai de mes yeux vus, et crois que ce sont eux aussi fermement que Dieu est.

Interrogée si elle croit que Dieu les forma dans les mode et forme où elle les vit, répondit : oui.

Interrogée si elle croit qu'en ces mode et forme Dieu les a créés, dès le principe, répondit :

— Vous n'aurez autre chose pour le présent, fors ce que je vous ai répondu.

Interrogée si elle avait su par révélation qu'elle s'échapperait, répondit :

— Cela ne touche votre procès. Voulez-vous que je parle contre moi ?

Interrogée si les voix lui en dirent quelque chose, répondit :

— Ce n'est de votre procès. Je m'en rapporte à Messire. Et si tout vous concernait, je vous dirais tout.

Dit en outre que, par sa foi, ne sait l'heure ni le jour où elle échappera.

Interrogée si les voix ne lui en ont rien dit en général, répondit :

— Oui vraiment, elles me dirent que je serai délivrée ; mais ne sais le jour ni l'heure; et qu'hardim.ent, je vous fasse bonne chère -'^ !

Interrogée, quand pour la première fois elle vint devers son roi, s'il lui demanda si c'était par révélation qu'elle avait changé son habit, répondit :

— Je vous en ai répondu ; toutefois ne me rappelle s'il me fut demandé. Et cela est écrit à Poitiers.

Interrogée si elle se souvient que les maîtres qui l'examinèrent dans l'autre parti, les uns par l'espace d'un mois, les autres pendant trois semaines, l'aient interrogée sur le changement de son habit, répondit :

— Il ne m'en souvient. Toutefois ils me demandèrent où j'avais pris cet habit d'homme ; et je leur ai dit que l'avais pris à Vaucouleurs.

Interrogée si les dits maîtres lui demandèrent si elle avait pris cet habit suivant ses voix, répondit : '< Il ne m'en souvient. »

Interrogée si la reine ^'' ne s'enquit point du changement de son habit, quand la visita pour la première fois, répondit : « Il ne m'en souvient. »

Interrogée si son roi, ou la reine, ou autres de son parti ne la requirent point parfois de déposer son habit d'homme, répondit : « Ce n'est de votre procès. »

Interrogée si, au château de Beaurevoir ^54^ elle n'en a pas été requise, répondit :

— Oui, vraiment. Et j'ai répondu que ne le déposerais sans le congé de Notre Seigneur.

Item, dit que la demoiselle de Luxembourg ^'5 et la dame de Beaurevoir-'^ lui offrirent habit de femme, ou drap pour le faire, et lui requirent qu'elle le portât. Et elle répondit qu'elle n'en avait pas congé de Notre Seigneur, et qu'il n'était pas encore temps.

Interrogée sj messire Jean de Pressy et autres à Arras^'" ne lui offrirent point d'habit de femme, répondit : « Lui et plusieurs autres m'ont plusieurs fois demandé que prisse tel habit. »

Interrogée si elle croit qu'elle eût délinqué ou fait péché mortel en prenant habit de femme, répondit qu'elle fait mieux d'obéir à son souverain Seigneur, c'est assavoir Dieu, et de le servir. Item dit que si elle dût l'avoir fait, elle l'eût plutôt fait à la requête de ces deux dames que d'autres dames qui soient en France, sa reine exceptée.

Interrogée, quand Dieu lui révéla qu'elle changeât son habit, si ce fut par la voix de saint Michel, de sainte Catherine ou de sainte Marguerite, répondit : « Vous n'en aurez maintenant autre chose. »

Interrogée, quand son roi la mit premièrement en œuvre et qu'elle fit faire son étendard, si les gens d'armes et autres gens de guerre ne firent faire pannonceaux^'S à la manière du sien, répondit : « Il est bon à savoir que les seigneurs maintenaient leurs armes. » Item répondit : « Certains compagnons de guerre en firent faire à leur plaisir, et les autres non. »

Interrogée de quelle matière ils les firent faire, si ce fut de toile ou de drap, répondit : « C'était de blancs satins et il y avait en cer-

tains les fleurs de lis. » Et n'avait ladite Jeanne que deux ou trois lances ^59 en sa compagnie; mais les compagnons de guerre parfois faisaient faire des pannonceaux à la ressemblance des siens; et ne faisaient cela que pour reconnaître les siens des autres.

Interrogée si les pannonceaux étaient assez souvent renouvelés, répondit : « Je ne sais ; quand les lances étaient renouvelées, on en faisait faire de nouveaux. »

Interrogée si elle ne dit point que les pannonceaux qui étaient à la ressemblance des siens portaient bonheur, répondit qu'elle disait bien parfois aux siens : « Entrez hardiment parmi les Anglais » ; et elle-même y entrait.

Interrogée si elle leur dit qu'ils les portassent hardiment et qu'ils auraient bonheur, répondit qu'elle leur dit bien ce qui était advenu et adviendrait encore.

Interrogée si elle mettait ou faisait mettre l'eau bénite sur les pannonceaux, quand on les prenait de nouveau, répondit : « Je n'en sais rien; et si ce fut fait, ce n'a pas été sur mon commandement. »

Interrogée si elle n'y a point vu jeter d'eau bénite, répondit : « Cela n'est pas de votre procès » ; et si elle en a vu jeter, elle n'est maintenant avisée d'en répondre.

Interrogée si les compagnons de guerre ne faisaient pas mettre en leurs pannonceaux jhesus maria, répondit : « Par ma foi, je n'en sais rien. »

Interrogée si elle n'a pas tourné ou fait tourner toiles, par manière de procession, autour d'un autel ou d'une église, pour faire pannonceaux, répondit que non et n'en a rien vu faire.

Interrogée, quand elle fut devant Jargeau ^■'°, sur ce qu'elle portait derrière son heaume, et s'il n'y avait pas quelque chose de rond ^-^'j répondit : « Par ma foi, il n'y avait rien. »

Interrogée si elle ne connut pas frère Richard ^'^^ répondit : a Je ne l'avais jamais vu quand je vins devant Troyes ^^3, »

Interrogée quelle chère frère Richard lui fit, répondit que ceux de la ville de Troyes, comme elle pense, l'envoyèrent devers elle, disant qu'ils redoutaient qu'elle ne fût pas chose envoyée de par

Procès de Jeanne d'Arc. — II. 5

Dieu ; et quand frère Richard vint devant elle, en approchant il faisait le signe de la croix et jetait de l'eau bénite. Et elle lui dit : « Approchez hardiment, je ne m'envolerai pas ! »

Interrogée si elle n'a point vu, ou fait faire certaines images ou peintures à sa ressemblance, répondit qu'elle vit, à Arras, une peinture dans les mains d'un Écossais ; et il y avait son image, toute armée ; et présentait une lettre à son roi, et était agenouillée d'un genoux. Et dit qu'onques ne vit ou fit faire autre image ou peinture à sa ressemblance^''^.

Interrogée si, dans la m.aison de son hôte, à Orléans ^^s^ il n'y avait point un tableau, où il y avait trois femmes peintes et l'inscription : Justice, Paix, Union, répondit qu'elle n'en sait rien.

Interrogée si elle ne sait point que ceux de son parti aient fait dire services, messes et oraisons pour elle ^'^'^, répondit qu'elle n'en sait rien ; et si ils firent dire services, ils ne l'ont point fait par son commandement ; et s'ils ont prié pour elle, il lui est avis qu'ils n'ont point fait de mal.

Interrogée si ceux de son parti croient fermement qu'elle soit envoyée de par Dieu, répondit : « Ne sais s'ils le croient, et m'en attends à leur courage -+7 • mais s'ils ne le croient, je suis bien envoyée de par Dieu ! »

Interrogée si elle croit qu'ils aient bonne croyance, en croyant qu'elle soit envoyée de par Dieu, répondit: « Si ils croient que je suis envoyée de par Dieu, ils ne sont point abusés ^^s. »

Interrogée si elle ne savait pas le sentiment de ceux de son parti quand ils lui baisaient les pieds, les mains et ses vêtements, répondit que beaucoup de gens la voyaient volontiers ; et dit qu'ils lui baisaient les mains [et les vêtements] et «qu'elle n'en pouvait mais. Car venaient les pauvres gens volontiers à elle, pour ce qu'elle ne leur faisait point de déplaisir, mais les supportait à son pouvoir.

Interrogée quelle révérence lui firent ceux de Troyes, à son entrée, répondit: « Ils ne m'en firent point »; et dit, qu'à son avis, frère Richard entra en même temps qu'eux à Troyes. Mais n'a point souvenir si elle le vit à l'entrée ^^9.

Interrogée s'il ne fit point de sermon à l'entrée, lors de sa venue, répondit qu'elle ne s'y arrêta guère ^^o q^ ^'y coucha jamais; quant au sermon, elle n'en sait rien.

Interrogée si elle fut beaucoup de jours à Reims, répondit : « Je crois que nous y fûmes quatre ou cinq jours ^5 1. »

Interrogée si elle n'y leva point des fonts du baptême un enfant, répondit qu'à Troyes, en leva un ; mais à Reims, elle n'en a point mémoire, ni à Château-Thierry; et aussi en leva deux à Saint-Denis. Et volontiers donnait aux fils le nom de Charles, pour l'honneur de son roi, et aux filles, celui de Jeanne ; et parfois les nommait comme les mères le voulaient.

Interrogée si les bonnes femmes de la ville ne faisaient pas toucher leur anneau à l'anneau qu'elle portait, répondit : « Maintes femmes ont touché à mes mains et anneaux; mais ne sais point leur pensée et intention. »

Interrogée qui furent ceux de sa compagnie qui prirent papillons^5^ en son étendard, devant Château-Thierry ^53^ répondit que ce ne fut onques fait ou dit dans leur parti ; mais ceux du parti de deçà l'ont controuvé^54.

Interrogée sur ce qu'elle fit à Reims des gants ^5 5 avec lesquels son roi fut sacré, répondit : « Il y eut une livrée de gants ^^*^ pour bailler aux chevaliers et aux nobles qui étaient là. » Et il y en eut un qui perdit ses gants ; mais, elle ne dit point qu'elle les ferait retrouver.

Item dit que son étendard fut en l'église de Reims ; et lui semble que son étendard fut assez près de l'autel, et elle-même le tint un peu ; mais elle ne sait point que frère Richard le tint.

Interrogée, quand elle allait par pays, si elle recevait souvent le sacrement de confession et de l'autel, quand elle s'arrêtait aux bonnes villes, répondit que oui, l'un et l'autre.

Interrogée si elle recevait lesdits sacrements en habit d'homme, répondit que oui ; mais n'a point mémoire de les avoir reçus en armes. Interrogée pourquoi elle prit la haquenée de l'évêque de Senlis ^^^, répondit : « Elle fut achetée deux cents saluts-s^. » S'il les eut ou non, elle ne le sait; mais il en eut assignation et il en fut payé. Et

lui écrivit qu'il pourrait la recouvrer, s'il voulait, et qu'elle n'en voulait point, et qu'elle ne valait rien pour résister à la peine.

Interrogée quel âge avait l'enfant qu'elle ressuscita^ 59 à Lagny ^^°, répondit : «■ L'enfant avait trois jours » ; et fut apporté à Lagny devant Notre-Dame ^^'. Et lui fut dit que les demoiselles de la ville étaient devant Notre-Dame et qu'elle voulût y aller prier Dieu et Notre-Dame de rendre vie à l'enfant ; et elle y alla et pria avec les autres. Et finalement la vie apparut en lui et il bâilla trois fois; et puis fut baptisé : mais bientôt il mourut et fut enterré en terre sainte. Et il y avait trois jours, comme l'on disait, que dans cet enfant la vie n'était apparue ; et il était noir comme sa cotte. Mais quand il bâilla, la couleur commença à lui revenir. Et était ladite Jeanne avec les demoiselles à genoux devant Notre-Dame à faire sa prière.

Interrogée s'il ne fut point dit par la ville qu'elle avait obtenu cette résurrection , et que c'était fait à sa prière, répondit : « Je ne m'en enquis point ^^^ »

Interrogée si elle connut ou vit Catherine de La Rochelle ^^-, répondit que oui, à Jargeau et à Montfaucon en Berry ^^^^.

Interrogée si Catherine ne lui montra point une dame vêtue de blanc, qu'elle disait lui apparaître parfois, répondit que non.

Interrogée sur ce que lui dit cette Catherine, répondit que cette Catherine lui dit qu'une dame blanche venait à elle, vêtue de drap d'or, qui lui disait qu'elle allât par les bonnes villes et que le roi lui baillât des hérauts et des trompettes pour faire crier que quiconque aurait or, argent ou trésor caché, l'apportât bientôt ; et que ceux qui ne le feraient pas, et qui en auraient de caché, elle les connaîtrait et saurait bien trouver lesdits trésors; et que ce serait pour payer les gens d'armes de Jeanne. A quoi ladite Jeanne répondit qu'elle retournât vers son mari faire son ménage et nourrir ses enfants. Et, pour en avoir certitude, elle parla à sainte Catherine ou à sainte Marguerite, qui lui dirent que du fait de cette Catherine il n'y avait .que folie, et que c'était tout néant. Et écrivit à son roi qu'elle lui dirait ce qu'il en devait faire. Et quand elle vint à lui, elle lui dit que c'était folie et tout néant du tait de ladite Catherine. Toutefois

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frère Richard voulait qu'on la mît en œuvre. Et ont été très mal contents de ladite Jeanne lesdits frère Richard et ladite Catherine.

Interrogée si elle ne parla pas à Catherine de La Rochelle d'aller à la Charité-sur-Loire ^^5, répondit que ladite Catherine ne lui conseillait point qu'elle y allât, et qu'il faisait trop froid, et qu'elle n'irait pas.

Item dit à ladite Catherine, qui voulait aller devers le duc de Bourgogne pour faire paix, qu'il lui semblait qu'on n'y trouverait point de paix, si ce n'était par le bout de la lance.

Item dit qu'elle demanda à cette Catherine si la dame blanche qui lui apparaissait venait toutes les nuits, disant vouloir pour ce coucher avec elle en même lit. Et y coucha et veilla jusqu'à minuit, et ne vit rien ; et puis s'endormit. Et, quand vint le matin, elle demanda à Catherine si la dame blanche était venue. Elle lui répondit que oui, tandis que dormait alors ladite Jeanne, et qu'elle ne l'avait pu réveiller. Alors Jeanne lui demanda si elle ne viendrait pas une autre nuit ; et ladite Catherine lui répondit que oui. C'est pourquoi Jeanne dormit de jour, afin qu'elle pût veiller toute la nuit suivante. Et coucha cette nuit-là avec ladite Catherine, et veilla toute la nuit ; mais elle ne vit rien, bien que souvent elle demandât à Catherine si ladite dame ne viendrait point. Et ladite Catherine lui répondait : « Oui, bientôt ! »

Ensuite Jeanne fut interrogée sur ce qu'elle fit sur les fossés de La Charité : répondit qu'elle y fit faire un assaut ; et dit qu'elle n'y jeta ou fit jeter eau bénite par manière d'aspersion.

Interrogée pourquoi elle n'entra pas dans ladite ville de La Charité, puisqu'elle en avait commandement de Dieu, répondit : « Qui vous a dit que j'avais commandement d'y entrer ? »

Interrogée si elle n'eut point conseil de sa voix, répondit qu'elle voulait venir en France ^^^ ; mais les gens d'armes lui dirent que c'était mieux d'aller premièrement devant La Charité.

Interrogée si elle fut longuement en la tour de Beaurevoir, répondit qu'elle y fut quatre mois ou environ -^7; et dit que, quand elle sut que les Anglais devaient venir pour la prendre, elle fut

fort courroucée ; et toutefois ses voix lui défendirent souvent qu'elle ne sautât de la tour : et finalement, par terreur des Anglais, sauta et se recommanda à Dieu et à Notre-Dame, et fut blessée de ce saut. Et quand elle eut sauté, la voix de sainte Catherine lui dit qu'elle fît bonne chère ""^^ [et qu'elle guérirait] ^*^^^ et que ceux de Compiègne auraient secours.

Item dit qu'elle priait toujours pour ceux de Compiègne ^7° avec son conseil.

Interrogée sur ce qu'elle a dit quand elle eut sauté, répondit que certains disaient qu'elle était morte ; et sitôt qu'il apparut aux Bourguignons qu'elle était en vie, ils lui dirent qu'elle s'était sauvée ==7'.

Interrogée si elle ne dit point qu'elle aurait mieux aimé mourir que d'être entre la main des Anglais, répondit qu'elle aimerait mieux rendre son âme à Dieu que d'être en la main des Anglais.

Interrogée si elle ne se courrouça point alors, et ne blasphéma point le nom de Dieu, répondit qu'onques ne maugréa saint ni sainte, et qu'elle n'a point accoutumé de jurer.

Interrogée sur le fait de Soissons, et sur le capitaine ^7^ qui avait rendu la ville, et si elle avait renié Dieu [et dit que] si elle tenait ledit capitaine elle le ferait trancher en quatre pièces, répondit qu'elle ne renia onques saint ni sainte, et que ceux qui l'ont dit ou rapporté ont mal entendu.

Tout s'étant passé ainsi, Jeanne fut reconduite au lieu qui lui avait été assigné pour prison ; puis nous, évêque susdit, nous dîmes que, continuant le procès sans aucune interruption, nous appellerions quelques docteurs et gens expérimentés en droit canon et civil qui recueilleraient ce qui est à recueillir parmi les choses confessées par ladite Jeanne, ses réponses ayant été rédigées par écrit ; et après les avoir vues et recueillies, s'il y avait quelques points sur lesquels cette Jeanne semblait devoir être plus amplement interrogée, elle serait interrogée par certains que nous lui députerions, sans qu'il soit besoin de déranger toute la foule des assesseurs. Tout serait rédigé par écrit chaque fois qu'il serait

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opportun de le faire, afin que lesdits docteurs et experts pussent en délibérer et bailler leurs opinions et conseils. Nous leur dîmes alors qu'ils eussent dès maintenant à étudier et à voir chez eux, sur la matière et sur ce qu'ils avaient déjà entendu du procès, ce qui leur semblerait à faire, et qu'ils pussent en référer à nous ou à nos députés et commis, ou conserver à part eux leurs opinions, et, maturément et salubrement, en délibérer en lieu et temps opportuns et nous donner leur opinion. Nous avons défendu enfin à tous et à chacun des assesseurs de s'éloigner de cette cité de Rouen avant la fin du procès et sans notre congé.

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