Étoffe de lin
121. La réputation des femmes de Rouen dans ce genre de travail n'est pas attestée par les proverbes. Mais tisserands et toiliers de Rouen étaient célèbres (Ch.Ouin-Lacroix,///^/. des anciennes corporations... de la capitale de la Normandie, 1850, p. 107-108).
122. Neufchâteau, ville de transit en Lorraine, aux confins de trois frontières, qui tenait ses libertés communales d'une confirmation du duc Mathieu II (M. de Range, Les Lorrains et la France au moyen di^e, p. 13); rattachée féodalemente et judiciairement à la Champagne, le roi de France y comptait des bourgeois dévoués qui avaient fait apposer ses armes sur leurs maisons. Les panonceaux du roi furent arrachés au temps de Charles II qui appelait les gens de Neufchâteau des « Jaques » (Aug. Digot, Essai sur l'histoire de la commune de Neufchâteau, Nancy, 1847, p. 51). C'était de temps immémorial le marché de Domremy (Siméoti Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, p. xxxi). Les gens de Neufchâteau confiaient à ceux de Domremy des bestiaux à nourrir pendant l'été. On en exportait, dans les pavs de Basse Meuse et jusqu'en Flandre, les vins de Bourgogne. — L'église du Couvent des Cordeliers, où Jeanne se confessa, a disparu à l'époque révolutionnaire.
123. Au témoignage de tous les paysans qui déposèrent au procès de réhabilitation, Jeanne allait à la charrue avec son père, bêchait, 'gardait les vaches et les porcs, vaquait aux soins du ménage comme toutes les autres filles du village. Aussi la légende de Jeanne, bergère, se forma de bonne heure (Journal d'un Bourgeois de Paris, Perceval de Boulainvillier, correspondants de Morosini, etc.). Elle fut surtout répandue, au moment du procès de réhabilitation, parles théologiens favorables à la cause française intéressés à exalter l'œuvre de Dieu par la simplicité de celle qui l'accomplit. Jeanne d'Arc est représentée sous l'aspect d'une bergère dans le manuscrit du procès de réhabilitation dit de Saint-Victor(Bibl. nat.,ms. lat. 1466)! Cf. Martv, L'histoire de Jeanne d'Arc d'après les documents origiuau.x, n" 55.)
124. Messire Guillaume Frontey de Neufchâteau, mentionné dans un acte de 1423 (S. Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, p. 100 n.).
125 . Sur cette vague déclaration a été édifiée par Siméon Luce toute sa théorie rattachant Jeanne d'Arc au mouvement des ordres mendiants, thèse dont le père Denifle a fiiit justice. Cf. G. Hanotaux, Jeanne d'Arc, p. 74 n.
126. La négation a ici son importance. Omise par Quicherat (qui l'avait rétablie seulement dans ses errata), elle a servi de point de départ à toutes sortes d'explica-
tions physiologiques qui n'ont pas plus de fondement. Cf. article X du réquisitoire (Le P. Ayrolles, Lii traie Jeanne d'An, la paysanne et Vinspirée, p. 137, 503).
127. Robert de Baudricourt, fils du lorrain Liébaud, chambellan du duc de Bar, et d'une dame champenoise, Marguerite d'Aunoy. Capitaine deVaucouleurs au temps de Jeanne d'Arc, puis bailli de Chaumont pour le roi Charles VII, le 17 octobre 1437, ce personnage, avisé et riche, très fort en faveur auprès de René d'Anjou, qui l'avait fait son conseiller et chambellan, vivait encore en 1450. Écuyer. puis fait chevalier, il était seigneur de la terre de Baudricourt dans les Vosges, niouvant du duché de Lorraine. Cette famille avait déjà servi contre les Anglais • Jean, fils de Robert, sera le premier lorrain qui ait porté le bâton de maréchal de France (M. de Pange, Le Pays de Jeanne d'Arc, le Jiejet Varrière-Jïef, les Baudricourt, Paris, 1903 ; Les Lorrains et la France au moyen âge, 1919, p. 91 et s.; S. Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, p. CLXii et suiv.).
128 . Durand Laxart, et mieux Lassois, laboureur, de Burev-le-Petit (aujourd'hui Burey-la-Côte), l'oncle de la Pucelle qui la conduisit à Vaucouleurs, puis à Saint- Nicolas-du-Port. C'était alors un homme de 34 ans. Il déposera au procès de réhabilitation (Procès, t. II, p. 443). — Au bourg de Bure}' on voit une maison ancienne, avec porte à arc surbaissé, ornée de fleurs de lys, qui passe pour être celle de l'oncle de la Pucelle (Cf. H. ^aWon, Jeanne d'Arc, p. 267 (planche); C. Chevelle, Jeanne d'Arc à Burey-le- Petit, Nancy, 1899, in-8 ; S. Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, p. CLXXXili et ss. ; Le P. Ayrolles, La vraie Jeanne d'Arc, la paysanne et l'inspirée, p. 320).
129. Vaucouleurs, châtellenie française, avec un fort château, le dernier lambeau de terre que possédât Charles VII à l'extrémité orientale du royaume. Les habitants de Vaucouleurs étaient bourgeois du roi depuis l'an 1365. C'est pourquoi Jeanne dira qu'elle y vint à « chambre du roi » pour parler à Robert de Baudricourt (Déposition ,de Jean de Metz).
\'aucoulcurs était une ville de transit, avec son port, pour le passage des marchandises vers Chaumont et l'Empire. Mais pressé par les Anglo-Bourguignons, par le seigneur de Commercy, entre les possessions des ducs de Bar et de Lorraine, toujours en lutte avec leurs voisins, le pays d'alentour était alors ravagé par des chefs de bande, les Lorrains aussi terribles pillards que les Bretons (cf. Siméon Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, p. LXii). — On montre à Vaucouleurs, dans la chapelle Sainte-Marie, la crypte dans laquelle Jean Le Fumeux nous a dit que Jeanne allait prier (P. Lanéry d'Arc, Le Livre d'or, p. 357, 358; H. Wallon, "eanne d'Arc, p. 41).
130. Charles II, duc de Lorraine, qui fit venir Jeanne à Nancy. Mais il ne la reçut, point avec Baudricourt. Ce prince, qui avait fait échec aux tentatives d'un établissement de Louis d'Orléans sur le Rhin, était absolument inféodé à la puissance anglo-bourguignonne. Il avait épousé la très pieuse Marguerite de Bavière qui ne lui donna que des filles. — La remontrance de Jeanne vise la passion du vieux prince pour Alison May, de Nancy, sa maîtresse, dont la mère vendait des légumes dans une échoppe voisine du palais ducal et dont le père était un chantre de la collégiale de Saint-Georges. Le 11 janvier 1425, Charles II lui avait
cédé la maison qu'elle habitait, avec les meubles, la vaisselle d'or et d'argent, rue de la Bouduté. Quand il mourut, Alison fut promené e par les carrefours et mise à mort par le populaire.
On sait que Charles II écouta Jeanne avec étonnement, qu'il luidonnaune somme de 4 francs pour l'indemniser de son voyage (déposition de Durand Laxart) et qu'il lui fit présent d'un cheval de robe noire (déposition de Jean Morel). Sur quoi la Pucelle revint de Nancy à Vaucouleurs (début de février 1429).
La fabuleuse Chronique de Lorraine, qui ne peut guère être suivie, affirme que Jeanne fut armée par Charles II, qu'elle courut une lance sur la place du château à Nancy (cf. Ch. Pfister, Histoire de Nancy, t. I, 1902, p. 501-506).
151. Il s'agit non pas du fils de Charles II (il n'en eut point de légitime), mais bien de son gendre, René d'Anjou, alors âgé de vingt ans.
CefilsdeLouis II (-{-1417), roi de Sicile, duc d'Anjou, comte de Provence, et d'Yolande d'Aragon, élevé avec le dauphin Charles, avait épousé Isabelle, l'héritière de Lorraine, en 14 19. C'était alors un bel et robuste adolescent. Après avoir vu son comté d'Anjou passer aux mains deBedford, il avait dû endurer, bien à contre-cœur, quejeande Luxembourg, allié des Anglais, s'emparât dcson comté deGuise (1424). Il avait pris part au siège de Vaudémont, puis à l'expédition, dirigée contre Metz.
On peut croire qu'il était en sympathie secrète avec Jeanne. Mais on trouve que le 15 avril 1429, il rendait encore hommage au lieutenant du roi d'Angleterre; et le 5 mai, en son nom, le duc de Lorraine prêtait serment à Bedford : de même, il est porté sur une liste de seigneurs soumis au roi anglais, hommage qu'il ne tarda pas à désavouer (5 août). On croit qu'il arriva trop tard à Reims pour assister au sacre ; René figure désormais dans les rangs de l'armée royale, demandant, à la suite de la Pucelle, la marche en avant. Mis en possession du duché de Bar, puis du duché de Lorraine, René est fait prisonnier à la bataille de Bulgnéville, le le 50 juin 145 1. Prisonnier à Dijon, il ne fut délivré par Philippe le Bon qu'en 1457. Malheureux dans ses efforts chevaleresques pour conserver son royaume de Naples, le roi René vécut désormais en épicurien, dans son Anjou et sa Provence, se montrant ami des livres, des poésies, des femmes, composant des bergeries et peignant de petits tableaux suivant la manière des peintres Flamands (-J- 10 juillet 1480). Cf. A. Lecoy de la Marche, Le Roi Retié, sa vie, sou administration, ses travaux artistiques et littéraire^, Paris, 1875, 2 vol. in-80.
152. Jean de Nouvilonpont, aujourd'hui Nouillonpont, sur la rive droite de rOthain, arrondissement de Montmédy, dit aussi Jean de Metz, écuyer.
C'est lui qui découvrit Jeanne, alors qu'elle était vêtue de pauvres vêtements rouges de femme, et qu'elle était logée dans la maison d'Henri le Royer. Et il lui dit : « Ma mie, que faites-vous là ? Faut-il que le roi soit chassé du royaume et que nous soyons Anglais ? » Et la Pucelle lui répondit : « Je suis venue ici à chambre de roi pour parler à messire Robert de Baudricourt, afin qu'il veuille me mener ou faire mener au roi. Or il n'a cure de moi ni de mes paroles. Toutefois, avant que soit la mi-carême, il faut que je sois vers le roi, dussé-je user mes pieds jusqu'aux genoux. Car il n'y a au monde ni rois, ni ducs, ni fille de roi d'Ecosse ou autres qui puissent recouvrer le royaume de France ; car il n'y a secours que de moi-même, quoique j'aimasse mieux me noyer devant les yeux de ma pauvre mère, car ce n'est pas de mon état. Mais faut que j'y aille, et que
je le fasse, car Notre Seigneur veut qu'ainsi se fasse « (Déposition de Jean de Nouvilonpont). Alors le jeune écuyer crut en elle, lui fit promesse de la mener vers le dauphin, lui bailla les vêtements de ses serviteurs.
On voit qu'à l'arrivée de la Pucelle en France, le 21 avril 1429, Jean de Nouvilonpont reçut de Guillaume Charrier, receveur général du roi, 100 livres pour ses dépenses et celles des gens de la compagnie de la Pucelle en la ville de Chinon (Quicherat, Procès, t. V, p. 257). Ce même mois, il reçut encore zoolivres « pour la despense de la Pucelle » et 125 livres pour se procurer des harnois {Ibid., p. 258). Il fut logé chez Jacques Boucher, le trésorier d'Orléans, et anobli parle roi au mois de mars 1441, « considéré les louables et très gratuits services qu'il nous a faits dans nos guerres et ailleurs » {Ibiâ., p. 364). Gobert Thibault, écuyer d'écurie du roi et élu de la ville de Blois, qui déposa au procès de réhabilitation en faveur de Jeanne, le comptait au nombre de ses amis (Ihid., IV, p. 153).
Jean de Nouvilonpont fut interrogé comme témoin au cours du procès de réhabilitation en 1455. Il est dit noble homme, demeurant à Vaucouleurs et âgé de 67 ans environ.
133. Ce ne peut être que Bertrand de Poulengy. On voit qu'il fut armé aux frais du roi, qu'il fut logé à Orléans chez le trésorier Jacques Boucher et qu'il eut pour ami Gobert Thibault, l'élu de Blois. Il fut iiiterrogé à Toul, lors de la réhabilitation de Jeanne, en 1455. Il est dit noble homme, écuyer d'écurie du roi de France, âgé de 68 ans environ.
Jeune homme, il avait connu les parents de Jeanne et demeura plusieurs fois dans la maison de ces « bons laboureurs ». Il la dira une bonne fille, « aussi bonne qu'une sainte » et bien dévote, gardant parfois les animaux et les chevaux de son père. Bertrand rencontra Jeanne à Vaucouleurs-. Avec Jean de Metz, il lui procura un équipement militaire. Puis, ils prirent le chemin de France, avec son serviteur Julien, Jean de Honnecourt, serviteur de Jean de Metz, Colet de Vienne et Richard, l'archer.
134. Saint-Urbain, en Champagne, abbaye où Jeanne passa une nuit, vers le 25 février 1429, avant d'atteindre la grand'route de Langres. (Cf. M'^ de Pimodan, La première étape de Jeanne d'Arc, p. 50-51.)
135. C'est-à-dire la cathédrale d'Auxerre dont le chœur remonte au xiii^ s. (Max Q.uantin, Congrès archéologique de France, XVII, 1850, p. 55).
136. Charles d'Orléans (i 394-1465), fils de Louis d'Orléans et de Valentine Visconti. L'assassinat de son père par Jean sans Peur (23 novembre 1407) avait fait dé cet enfiint le chef de la faction pour qui combattaient les Armagnacs et le parti national (ses ennemis iront jusqu'à dire qu'il aspira à se faire roi et qu'il avait été sacré tel, à Saint-Denis). Charles dépensa toute sa fortune à poin-suivre la vengeance du meurtre paternel, tomba aux mains des Anglais, que les factions Orléanaises et Bourguignonnes avaient tour à tour appelés en France, au triste jour d'Azincourt, en 141 5. Délivré seulement en 1440, grâce aux efforts de la duchesse de Bourgogne, inféodé dès lors à Philippe le Bon, fait chevalier de la toison d'or, pacifique de nature et en partie ruiné, après une tentative vaine en Italie pour recouvrer l'Astesan, il coula à Blois des jours nombreux, remplis de douces méditations, s'occupant à composer de mélancoliques poésies.
C'était en somme un épicurien celui que Jeanne, la fille au grand cœur, savait aimé de Dieu, celui-là qu'elle avait charge d'aller délivrer en Angleterre : mais elle voyait toujours en lui, avec tout le bon peuple de France, le prince malheureux, le chef de parti très actif qu'il avait été jusqu'en 1414, le prisonnier dépouillé de ses états et qui ne pouvait les défendre. (Cf. le passage de Jouvenei des Ursins qui traduit si bien le sentiment populaire : « Hélas! Sire, considérez la grand charité que vous ferez de délivrer vostre cousin germain qui, si longuement, a esté faict prisonnier pour le faict de la chose publique de ce royaume, c'est à scavoir vingt cinq ans, lequel est la tierce peisonne de ce royaume. Car après vous et Monsieur le Daulphin, vostre fils, c'est le plus prochain delà couronne... » Bibl. nat., ms. fr. 1(5259, P- ^99- — C'est exactement ce que nous dit Jeanne qui est venue pour « reclamer le sang roval ».)
Charles d'Orléans sutril tout ce que Jeanne avait fait pour lui, sa ville d'Orléans délivrée ? C'est possible, car de nombreux messagers passèrent en ce temps-là en Angleterre pour lui porter de l'argent. Mais il ne faut pas oublier, d'autre part, que Charles était au secret. Tout ce que nous pouvons savoir c'est qu'après la prise delà Pucelle un écolier de Pavie, Antonio Astesano, adressa au duc au sujet de Jeanne des vers latins développant les termes d'une missive que Perceval de Boulainvillier avait adressée au duc de Milan ; mais il demeure douteux que Charles reçût jamais ces vers (Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 193 n. i).
On peut penser cependant que le duc d'Orléans attendait sa délivrance de voies pacifiques. Dans la suite il n'a jamais parlé de la Pucelle, tandis que la bonne ville d'Orléans né cessa jamais d'honorer sa mémoire par la procession annuelle du K mai (dès 1435 la municipalité fit les frais de la fête). Il laut avouer que Tindiftérence de Charles d'Orléans, si nonchalant mais si bon, est pour nous un grand sujet de scandale. On doit noter toutefois que la donation de Charles d'Orléans à Pierre d'Arc de la jouissanceà titre héréditaire de l'Ile aux Bœufs, le 29 juillet I443> fut faite « en faveur et contemplation de Jeanne la Pucelle sa sœur ». Cf. Etienne Pasquier, Recherches, 1. VI, ch. V (Œuvres, Amsterdam, 1723, col. 544).
137. Voir l'Introduction. — J. Quicherat a déjà fait remarquer queces altérations ne doivent pas être imputées aux ennemis de la Pucelle et qu'elle se trouvent dans toutes les copies de ce document dont Jeanne a reconnu l'authenticité. Cf. G. Lefèvre-Pontalis, Les sources allemandes de l'histoire de Jeanne d'Arc, p. 42 et s.
138. Au début du mois de mars 1429. —On sait qu'il y avait à Fierbois un sanctuaire renommé sous l'invocation de Sainte-Catherine, et très visité par les pèlerins (H. Wallon, Jeanne d'Arc, p. 59). Il avait été restauré, à la fin du xive siècle, par un saint homme, aveugle et paralytique, Jean Godefroy. La sainte y accomplit force miracles ; les gens d'armes prisonniers et rendus à la liberté y déposaient leurs harnois (cf. l'abbé J.-J. Bourassé, Les Miracles de Madame Sainte Katerine de Fierboys en Touraine, 1858).
139. Jeanne arriva au château de Chinon, séjour accoutumé du roi Charles VII, le 6 mars 1429. On voit encore les ruines de cette grande et forte demeure. Un dessin, conservé dans la collection de Gaignicres, donne une vue de la « chambre du roi Charles 7e dans le chasteau de Chinon, ou il receut la Pucelle d'Orléans, M. le duc de Richelieu, à qui appartient ledict chasteau, a donné ordre pour le démolir. 1639 ». Cf. P. Lanér\- d'Arc, Le Livre d'Or, p, 577, H. WàWon, Jeanne d'Arc, p. ) I .
140. Ceci ne doit pas être entendu trop rigoureusement, car plusieurs témoins, dont Dunois, assurent que Jeanne attendit deux jours avant d'être reçue par le roi.
141. Charles de Bourbon, comte de Clermont, puis duc de Bourbonnais, qui livra la bataille des Harengs. Il demeura à Blois pendant le siège d'Orléans ; mais il contribua à la défense de cette place, figura au siège de Troyes, assista au sacre de Reims où il remplit les fonctions de pair. Il communia avec Jeatine à Senlis. Mécontent du retour de Reims, il assista à la journée de Montépillov, à l'attaque de Paris, et il fut établi lieutenant généralde l'Ile-de-France. Mais Charles de Bourbon renonça à cette fonction et perdit le château de Gournay-sur-Aronde .
Beau comme Absalon, fort adonné aux aventures et plein de faconde, il avait été fort rigoureux envers Philippe le Bon qui le contraignit à plier devant lui. On le tint dans la suite pour fort suspect, ayant pris part à la brouille de Charles VII et de son fils. Il mourut en 1456, en ses pays, « martirdoloureux tout impotentde goûtes » (Chastellain, II, p. 163).
Un de ses maîtres d'hôtel donna à Lyon des renseignements sur la Pucelle (Relation du greffier de la Chambre des Comptes de Brabant, ap. Qiiicherat, IV, 425).
142. Jeanne demeura à Saint-Denis entre le 9 et le 13 septembre 1429. — Elle avait demandé dès le matin du 9 au duc d'Alençon de faire sonner les trompettes et à retourner devant Paris (Perceval de Cagny, p. 168). Le sire de Montmorency était venu se joindre aux assaillants : l'armée se rendait à nouveau devant Paris quand le comte de Clermont et le duc de Bar vinrent arrêter cette marche, par ordre du roi qui restait à Saint-Denis. Sans doute Charles VII espérait recouvrer la capitale autrement que par assaut (cf. G. Lefévre-Pontalis, Un détail du siège de Paris par Jeanne d' Arc, dans la Bihl. de l'Ecole des chartes, 1885).
Jouvenel des Ursins, qui a fait un si triste portrait de la timidité et delà nonchalance du roi, toujours caché en « petites chambrettes », commente ainsi cette retraite : « Et après vostre parlement, combien que les ennemis ayent tousjours esté forts, toutesfois y avez vous résisté tellement que avez honorablement esté consacré en vostre ville de Rheims de la saincte Ampolle, et vostre povre et loyal peuple, joyeux de vostre venue, vous fesoit ouverture de vos villes comme Troyes, Chaalons, Laon, Rheims, Senlis, Compiegne, Beauvais, Melun, Lagny et plusieurs autres ; et se la chose eust esté bien conduicte, vous ariez sans difficulté recouvré toute vostre seigneurie : lesquelles obeyssances à vous faictes, sont retournées comme à leur totale destruction et perdition. Car de présent elles sont comme toutes depopulées, désolées et destruites, et tout par faute de justice, laquelle vous devez faire. Mais en ce vous en bstez vostre face, et mettez leurs povretez et tribulacions en oubli... » (Épître aux États d'Orléans, 1440. Bibl. nat., fr. 16259, P- T^-)
143. Le 8 septembre 1429, à l'assaut de la porte Saint-Honoré, où Jeanne eut la cuisse traversée d'un trait d'arbalète (cf. Journal d'un bourgeois de Paris, éd. Tuetey, p. 245, et la relation du greffier du chapitre de Notre-Dame, Ihid . p. 244 n.).
On sait que l'on vient de mettre à jour cette partie de l'enceinte de Paris. — La Porte Saint-Honoré se voit sur les plus vieux plans de Paris, ceux de Truschet et Hoyau entre autres. Cf. A. Marty, VHistoire de Jeanne d'Arc..., n»» 12, 93.
144. Au chapitre 50 de son Arbre des Batailles, Honoré Bonet fait observer que les fêtes sont ordonnées pour servir Dieu et qu'on doit s'abstenir de livrer bataille ces jours-là. «Mais je puis bien prouver tout le contraire; car tout premièrement je treuve en l'anchien testament comment tout le peuple ordonne que, se aulcune gent venoit contre eulx, que ilz ississcnt pour faire bataille. Or sus cestuy débat je dy vraiement, pour cause de nécessité, au jour de feste l'on peult faire bataille... »
145. La chambre de parement, c'est-à-dire la salle d'honneur, au bout de la grande salle du château, près de la chambre du roi (F. Bouquet, Jeanne d'Arc au château de Rouen, p. 39).
146. Erard Emengart, originaire du diocèse de Rouen, maître es arts et bachelier en théologie en 1403, licencié dès 1410, figura de longues années parmi les maîtres régents en théologie (Denifle et Châtelain, Chartiilarium Univ. Paris., IV, p. 98, 195, 279, 530). Au mois de février 1414, il fut au nombre des docteurs qui demandèrent le renvoi de l'affaire de Jean Petit devant le pape. En 143 1, au mois de septembre, il professait encore à Paris. — En 1434, un Robin Emengart, voiturier, transporte de Caen à Rouen, sur six chevaux de bât, la somme de 9.600 livres pour Michel Durand (Bibl. nat., p. 26058, p. 2320).
147. John Carpenter, Carpentarii, Anglais, clerc du roi, qualifié de maître en théologie. En 1429, il était recteur de l'église paroissiale de Beaconsfield au diocèse de Lincoln; en 1435, gardien de l'hôpital Saint-Antoine à Londres ( Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 23; Chartularium Univers. Paris., IV, p. 529; Calendar oj patent rolls, Henry VI, III, 262, 466).
148. Denis de Sabrevois (Sabrevays Sabreuvras) étudia à Paris. Reçu bachelier en théologie en 1422, en même temps que Guillaume Adelie, licencié en théologie à Paris en 1426, et ses condisciples Jean Le Fèvre et Jean Gravestain, il est dit maître, le 30 mars 1430, et enseigna la théologie aux côtés de Jean Beaupère, d'Érard Emengart, de Jacques de Touraine, de Nicolas Midi, de Guillaume Adelie. Le 23 décembre 145 1, à Bâie, Denis de Sabrevois était chargé de recevoir le nonce du pape. En 1433, on le voit, avec J. Beaupère, intervenir contre la présence des présidents apostoliques au concile. Au mois d'octobre 1437, la Faculté le nomme son ambassadeur et le charge d'obtenir du concile de Bâle que nul ne puisse obtenir l'office de chancelier de Notre-Dame s'il n'est maître en théologie. En 1438, arrêté près de Bàle par ordre d'Eugène IV, Denis de Sabrevois est relaxé grâce à l'intervention d'Albert, duc d'Autriche, gendre de Sigismond. Cette annéelà, il écrit aux Pères que le roi Charles VII irait jusqu'à verser son sang pour la défense de l'autorité conciliaire, ce qui était exagéré. Avec Thomas de Courcelles, Denis de Sabrevois demeura à Bâle, en dépit de la peste. Il y était de nouveau, à la date du 10 novembre 1439. L'année suivante, dans l'assemblée générale de l'Université, il joua un rôle important ; et le gouvernement français, y compris le chancelier et le prévôt, durent se résigner à voir l'Université prendre parti pour Félix V. En 1444, Denis de Sabrevois argumentait encore en faveur du concile. Il figure parmi les maîtres régents de l'année 1452. Il est dit doyen de la Faculté de 1456 à 1472 (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 23 ; Chartularium Univ. Paris., t. IV, passim ; N. Valois, Le Pape et le Concile, t. I, p. 130, 132; t. II, p. 138, 141, 177, 225, 238-241, 302).
j66 Procès de condamnation de jeanne d'arc
149. Guillaume de Baudribosc, originaire de Rouen, maître es arts, bachelier en théologie dès 1403, chanoine de la cathédrale de Rouen en 145 1. Scelleur de la Cour de l'église en 1422, on voit qu'il est chargé du soin des archives du chapitre (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 2123) ; pénitencier du chapitre en 1424, il procédait à l'inveataire des biens de l'hôtel de la fabrique, avec le chancelier Gilles Deschamps, en 1425 (Arch. de la Seine-Inférieure G. 2094); il était dispensé par ses confrères, en 1439, ^^ ^^^^^ ^ l'église à cause de sa vieillesse et de ses infirmités. Il mourut vers le 15 janvier 1447, en son hôtel de la rue aux Oues (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 56-57; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 23; Chariularium Univ. Paris., p. 98).
On peut croire que Guillaume de Baudribosc était lettré puisqu'il légua trois livres à la librairie de la cathédrale ; éloquent, puisqu'il fut chargé par le chapitre de féliciter le duc de Bedford, lors de sa joyeuse entrée à Rouen en 1424, et de réclamer de lui justice en termes généraux. Mais il était à coup sûr fort dévoué au parti anglais : il laissa pour héritière une nièce qui avait épousé un Anglais.
Guillaume de Baudribosc, juge assidu au procès, se réfugia derrière l'autorité de l'abbé de Fécamp lorsqu'il prononça sa sentence. — On trouve un Adam de Baudribosc, exécuteur du testament du cardinal Gilles Deschamps en 1408 (Bibl. nat., lat. 17025, fol. 148).
150. Nicolas Lemire, Medici, qualifié ici de bachelier en théologie et ailleurs (27 mai) de maître.
Denifle et Châtelain ont proposé la correction de Nicoîaus en Petnis. On trouve eu eflFet à l'Université de Paris un « Petrus Medici », clerc d'Evreux, maître es arts en 1403, licencié en théologie en 1428, maître la même année, prêtre du diocèse d'Evreux et qui ambitionnait, d'obtenir, en 1425, un vicariat dans cette église (Denifle et Châtelain, C/;ar;M/arnm Univ. Paris., t. IV, p. 518). Mais il convient d'être prudent dans ce genre de correction; et il faut admettre que Thomas de Courcelles devait bien connaître ses comparses.
151. Richard Le Gagkeux, Lucraîoris, originaire de Coutances, qualifié ici de bachelier en théologie ? On le trouve seulement maître es arts et bachelier en décret à Paris, licencié en droit canon le 3 décembre 1456 (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 24).
152. Jean Duval, de Valh, prêtre du diocèse de Rouen, maître es arts à Paris, en 1403, puis étudiant en théologie sous l'abbé de Fécamp ; il demandait, en 1422, un canonicat à Meaux ; en 1425, l'église d'Estrain, au diocèse de Rouen. En 1439, il ^st dit maître en théologie et prenait part à l'élection de l'antipape à Bâle (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 24).
153. GuiLLAU.ME Le Maistre, Magisiri, nommé parmi les maîtres en théologie, personnage inconnu.
154. Guillaume Le Mesle, Bénédictin, qui professa le droit canon à Paris en 1418, abbé de Sainte-Catherine à Rouen, puis, en 1428, abbé de Saint-Ouen (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 24 ; Ch. de Beaurcpaire, Wotes, p. 108 ; Gai. Christiana, XI, col. 152). Il prêta serment de fidélité ùréglise de Rouen, au mois de novembre (.A.rch. de la Seine-Inférieure, G. 2125). — Un Guillaume Le Meslc, en 1434, est dit lieutenant particulier du bailli d'Evreux(fr. 26058, p. 2365).
I5J. Jean Labbé, Bénédictin, abbé de Saint-Georges de Ëoschervillc depuis le Il novembre 141 7, suivant la Gallia Christiana, XI, p. 272. Son temporel ayant été saisi par les Anglais, il sollicita de la cour de Rome une restitution. Il abdiqua en 1444, sans avoir obtenu justice. Il mourut l'année suivante et fut enterré dans la chapelle de la Vierge.
156. Guillaume Le Bourg, chanoine régulier, prieur de Saint-Lô do Rouen après le décès de Guillaume Le Couette (1411). On voit qu'en 1442, l'official de Rouen le mettait à l'amende pour avoir, dans un procès avec l'abbaye de Saint- Ouen,fait intervenir un juge séculier. Il mouruten février i456(Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 133-134)-
Pierre Cauchon, dé|)uté par Martin V pour présider à la levée des décimes accordés à Henri VI, eut recours à ce religieux comme commissaire.
157. Le prieur de Sigy (Sagy dit le Procès) prés Neufchâtel, suivant Quicherat, I, p. 59 n., était Frère Pierre de La Criq.ue, bénédictin, licencié en décret à Paris en 1424 (Cf. Denifle et Châtelain, Chart. Univ. Paris., t. IV, p. 455 ; Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 24). — S'il s'agit du curé de Sagy, ce peuf être Georges Martel que l'on rencontre dans un procès en 1432 (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 5520).
1 58. Jean Duchemin, ou Du Quemin, deOucmiiio, licencié en décret à Pans en mars 1428. Il étudia sous Thomas Fiesvet, juge de la Pucelle,et eut pour camarade Jean Jolivet. Avocat à la Cour de Rouen, en 1432 il figure comme avocat en Cour d'église dans un procès à Rouen (xArch. de la Seine-Inférieure, G. 3 520) (Cf. Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 24 ; Chartularium Univ. Paris., IV, p. 475). Jean Duchemin est désigné par lechapitre, en 1436, pour assistera l'élection de l'archevêque (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 98). — On rencontre, en 1428, un Jaquet Duchemin, commis par le vicomte du Pont-de-Larche, pour examiner Pierre Le Bigordoys « traistre, larron et ennemydu roy » (Bibl. nat., fr. 26050, p. 896).
159. Richard des Saulx, de Salicilnis, est qualifié dans un rôle de 1403 de prêtre de Rouen, maître es arts et bachelier en décret (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc p. 24). En 1414, il est dit à.Roucn,Jurisperilus,advocalus curie ojficiatis. En 1423, les chanoines le condamnèrent à l'amende à cause d'une parole ordurière prononcée tandis qu'il plaidait contre le chanoine Jean de La Porte (Ch. de Beaurepaire, Notes, p: 98). On voit qu'en 1435 il fut, suivant une sentence de l'officialité de Rouen, débouté de ses prétentions à la cure de Theuville-aux-Maillots, à laquelle le roi Henri V avait présenté Aubcrt Morel, en 1419 (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 284).
160. Nicolasou NicoleMaulin, sur lequel lesdocumonts parisiens ne nous renseignent pas. Licencié en lois, il est dit chanoine de Notre-Dame-de-la-Ronde à Rouen, en 1432 (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 3525). On le trouve chapelain de lachapelle Saint-Honoré en l'église des Filles-Dieu en 1438 (Ibid., G. 4308).
161. Pierre CAKEL,et quelquefois Carré, CareJli, nommé dans une supplique « maitre es arts de Paris, clerc de Lisieux » (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 24) ; cité en 1452 dans un titre de la fabrique de Saint-Cande-le-Vieux à
Rouen (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 96). — Un nommé Pierre Quarré, avocat en Cour d'église, est mentionné dans un procès de 1452 (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 3520). Un Guillaume Carrel fut chanoine de Rouen (t 1414. — A. Deville, Tombeaux de la cathédrale, p. 218).
162. Bureau de Cormeilles, Burellus de Cormeliis, licencié en droit civil qui semble bien être l'étudiant de l'Université d'Orléans qui est dit, en 1394, « Burellus de Cormeilles, clericus Rothomagensis,licenciatus in legibus, Francis reginesecretarius », et qui convoitait un canonicat dans l'église d'Avranclies (Denifle et Châtelain, le Procès de Jeanne d'Arc, p. 24-25). Entre 1404 et 1420, Bureau avait le bénéfice de la cure de Touffreville-La-Corbeline (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 98). En 1426, il donne quittance au vicomte de Rouen de 20. s. t. pour la Saint- Michel à cause d'une rente (Bibl. nat., fr. 26049, p. 569). Sign. aut. Buryau.
163. Nicolas DE Foville, de Fovilla, peut être celui qui est cité comme maître es arts en 1435 (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 25). On trouve un Nicolas de Foville, curé d'Ecrainville, en procès devant l'officialité de Rouen, en 1451, au sujet des dîmes de cette paroisse (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 1608).
164. Sans doute une taçon proverbiale de parler. Nous savons que Jeanne ne buvait pas d'ailleurs de vin pur {Chronique de la Pucelle, ap. Quicherat,t.IV,p. 219, 231). Elle suivait en cela les enseignements que nous voyons Jean Gerson donner à ses sœurs en ce temps-là (éd. Ellies Dupin, t. III, col. 840).