I . Déposition d'Andrc Margucrie
Mais l'évêque, lui-même, a-t-il exercé une pression sur le tribunal ?
Des témoins au Procès de Réhabilitation l'ont affirmé (Massieu et Manchon); mais leur témoignage paraît au moins exagéré et demande à être vérifié de près.
Manchon, qui n'avait plus devant lui Cauchon lors du Procès de Réhabilitation, tint à se donner un beau rôle. Il rapporta par exemple l'histoire de ce religieux, Jean Lohier, solennel clerc normand, qui estimait le procès sans valeur; il l'avait dit à l'évêque et jugeait sainement qu'en rapportant, avec certaines formes d'affirmation, des propos de Jeanne touchant ses apparitions, elle serait certainement perdue : et Manchon croit que Lohier se réfugia alors à la cour de Rome.
Or M'^ Jean Lohier, docteur en l'un et l'autre droit, fut envoyé seulement au mois d'octobre 143 1 comme ambassadeur de l'Université de Paris auprès du pape, où il ne soufiîapas mot de l'affaire de Rouen. On le retrouve à Paris, en 1432 et 1433 : le 9 mai, il était auditeur des causes du palais apostolique '. Les maîtres universitaires ne lui avaient donc pas gardé rancune ; et il n'a sans doute pas été obligé de se sauver de Rouen, comme l'a dit Guillaume de La Chambre, par crainte d'y être noyé.
Manchon (avec d'autres témoins qui reproduisent peutêtre son témoignage) assure encore que Nicolas de Houppeville, sommé de donner son avis au procès, refusa d'y prendre part et qu'il fut pour cela en grand péril (Boisguillaume déclare qu'il quitta Rouen ; Guillaume de La Chambre, qu'on menaça de le noyer).
Or nous possédons le témoignage de Nicolas de Houppeville- lui-même, qui ne peut être suspect en cette circonstance.
Sur le fait même, la déposition primitive n'est pas d'accord avec la collation : Houppeville n'aurait pris aucune part au