S. Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, preuves, p
2. Jean Jouvenel des Ursins fera grief à Charles VII de ne pas s'être montré tel : « Le roy Charles, vostre ayeul, faisoit il ainsy quant il tenoit les trois estats ? Il vouloit tout ouïr et savoir, et quelque desplaisance qu'il deust avoir, il avoit patience et enqueroit les noms de ceux qui estoient venus et la forme de les congnoistre et se les fesoit monstrer et parleurs noms; comme s'il leseust congneusde tout ttmns l.s nppelloit et leurdemandoit de leur estât et de leurs villes et pays, et leur
INTRODUCTION kcî
Rémi, alors inspiré par le Saint Esprit, lui annonça que sa c( roïale seignorie dureroit tant que vraie Foi et Justice domineroient en son roïaulme'. »
Cette domination royale se différenciait de la populaire, de nature tyrannique et cruelle, en ce qu'elle était communément douce et miséricordieuse.
Et Gerson dévoilait les erreurs que l'on rencontre chez les philosophes et les rois païens qui ont mis le but du gouvernement, non pas en Dieu, mais en vaine gloire, en renommée et fin temporelle, tels Platon, Socrate et Tulle. La seule cour du Parlement en France, la cour souveraine de justice, était tenue pour la sauvegarde de la France; elle suffisait pour que notre pays n'allât pas à sa perte, comme l'Allemagne et l'Italie de ce temps-là.
Le royaume de France est en un mot la terre où Justice et Sainteté, comme par un mystère angélique, descendirent du ciel pour s'y fixer.
Telle fut la splendeur de la sainte couronne de France -. Et l'on allait répétant les paroles du roi Charles V sur son lit de mort : « O couronne de France, ton office est précieux, considéré le mystère de justice lequel en toy tu contiens et doibs contenir vigoureusement, mais bien périlleusement '. »
donnoit lousjours confort affectuel, non mie illusoire et dérisoire. Et pareillement le fesoit le roy Henry d'Angleterre, dernier mort, vostre adversaire ; et le peuple estoit enclin, en tenant les dites manières, à ayder de cœur, de corps et de biens. Mais vous faites tout le contraire, qui m'est chose très piteuse à réciter. Car vous voulez estre muché et caché en chasteaux, meschantes places et manières de petites chambrettes, sans vous monstrer et ouïr les plaintes de vostre pouvre peuple ainsy tourmenté... Sire, pourquoy dormez vous? et que ne faites vous justice de ceux qui dient telles paroles de vos loyaux subjects qui s'acquittent loyalement envers vous... » (Bibl. nat.j.ms. fr. 16259, p. 74,76.)
1. Discours au roi, 141 3, parmi les œuvres de Gerson, IV, col. 657. — « Monsieur saint Remy, quand il baptisa le roy Clovis, premier roy chrestien, avant le baptisement, on dit que il vint une voix qui dit que le royaume dureroit tant que justice y regneroit. La quelle chose n'ai pas trouvé en la vie saint Remy ». Remontrance de Jean Jouvenel des Ursins. Bibl. Nat,, ms. fr. 16259, P- ^-4S-
2. Cf. The coronatioH bock of Charles V, éd. by E. S. Dewick, London, 1899. 5. Bibl. nat., ms. fr. 16259, p. 249.
XCll i^ROcàs DE CONDaMnATIONÎ h£ JËAXNÈ D ARC
Clovis, roi de France, est le premier roi chrétien; et il a combattu les Sarrasins. Ses armes, avec les fleurs de lis, lui furent apportées du ciel. Du ciel encore un ange amena la sainte ampoule qui reposait en l'abbaye de Saint-Remi. patron du village de Jeanne. La sainte bannière, l'oriflamme sont également venus du ciel \
Dieu a fait au saint royaume les plus grands honneurs : Charles Martel a arrêté l'invasion des mécréants ; Pépin a ramené le pape à Rome ; Charlemagne, mis au nombre des neuf preux, a recouvré le domaine de l'Église; Godefroy de Bouillon a conquis Jérusalem.
La France est le pilier de sainte Eglise, la terre des merveilleux moûtiers, des abbayes mères, des universités et de clergie : c'est le pays des saintes reliques et des pèlerinages-.
Au nom de cette sainteté, de cette justice, parla toujours Jeanne, la « fille au grand cœur ».
Le roi est, de droit, le régent du saint royaume : or Jeanne est « venue du Roy du ciel pour réclamer le sang royal ». Dans sa lettre aux « gentils loyaux » Français de Tournai, Jeanne parlera de la ce bonne querelle du royaume de France » ; dans la lettre aux habitants de Reims, elle mentionnera encore « la bonne querelle ' qu'elle mayne pour le sang royal ». Elle dira aux Anglais : « Et n'aiez point
1 . « Regardes doncq le roy de France, prens l'espéc et la prend sur l'autel, et de la main de l'archevesque de Rheims » (Bibl. nat., fr. 16259, p. 512). — « Car en signe que Dieu vouloit que le royaume vint à hoirs masles, et non mie femelles, et que il vouloit que il fust tenu de luy et de l'épée seulement, il envoia au roi Clovis, mon bon seigneur et maistre, les armes de Tescu d'asur à irois fleurs de lys d'or et la saincte ampoule et huilledont monseigneur sainct Remv, archevesque de Reims, le consacra. . . » {Ihid., p. 248.)