‹ Procès de condamnation de Jeanne d'Arc. Texte, traduction et notes [par] Pierre ChampionChapitre 69 sur 183 · JEAN DE LUXEMBOURG, CHEVALIER · texte numérisé non relu

JEAN DE LUXEMBOURG, CHEVALIER

Très noble, honoré et puissant seigneur, nous nous recommandons très affectueusement à votre haute noblesse. Votre noble prudence sait bien et reconnaît que tous les bons chevaliers catholiques doivent employer leur force et leur puissance au profit de la chose publique. Tout spécialement le premier serment de l'ordre de chevalerie est de garder et de défendre l'honneur de Dieu, la foi catholique et sa sainte Église. De ce serment vous vous êtes bien souvenu quand vous avez employé votre noble puissance et présence personnelle à appréhender cette femme qui se dit la Puceîle, au moyen de laquelle l'honneur de Dieu a été offensé sans mesure, la foi excessivement blessée et l'Eglise très fort déshonorée ; car, à son occasion, idolâtries, erreurs, mauvaises doctrines et autres maux et inconvénients inestimables s'ensuivirent en ce royaume. En vérité, tous les loyaux chrétiens doivent vous remercier grandement d'avoir rendu un si grand service à notre sainte foi et à tout le royaume ; quant à nous, nous en remercions Dieu de tout notre cœur, et votre noble prouesse, certes autant que nous pouvons le faire. Mais ce serait peu de chose d'avoir fait une telle prise s'il ne s'ensuivait ce qu'il appartient pour apaiser l'offense perpétrée par cette femme contre notre doux Créateur, sa foi et sa sainte Église, avec ses autres innombrables méfaits, comme on le dit. Et ce serait un plus grand inconvénient que jamais ; une erreur plus grande qu'auparavant demeurerait parmi le peuple ; ce serait une offense intolérable contre la Majesté divine si la chose demeurait en ce point, ou qu'il arrivât que cette femme fût délivrée, perdue pour nous, comme on dit que certains de nos adversaires veulent s'efforcer de le faire, appliquant à cela tout leur entendement, par les moyens les plus subtils, et qui pis est, par argent ou rançon. Mais nous espérons que Dieu ne permettra pas qu'il arrive un si grand malheur à son peuple, et qu'aussi votre bonne et noble prudence ne le souffrira pas, mais qu'elle saura bien y pourvoir convenablement 35; car si sa délivrance avait lieu, sans réparation convenable, ce serait un irréparable déshonneur pour votre grande noblesse, ainsi que pour tous ceux qui s'en seraient entremis : un tel scandale doit cesser le plus tôt que faire se pourra, comme il est nécessaire. Et parce qu'en cette matière le délai est très périlleux et très préjudiciable à ce royaume, nous supplions, très humblement et cordialement, votre

puissante et honorée noblesse, en faveur de l'honneur divin, pour la conservation de la foi catholique et pour le bien et exaltation de tout ce royaume, de vouloir bien mettre cette femme en justice et l'envoyer par deçà à l'inquisiteur de la foi, qui l'a requise et demandée instamment pour discuter les grandes charges qui pèsent sur elle, afin que Dieu en puisse être content et le peuple édifié dûment, suivant bonne et sainte doctrine ; ou qu'il vous plaise de la faire rendre et délivrer à révérend père en Dieu, notre très honoré seigneur l'évêque de Beauvais, qui l'a pareillement requise, et en la juridiction duquel elle a été appréhendée, comme on l'a dit. Lesquels prélat et inquisiteur sont ses juges en matière de foi ; et tout chrétien est tenu de leur obéir, de quelque état qu'il soit, en ce présent cas, sous les peines de droit qui sont grandes. En ce faisant vous acquerrez la grâce et l'amour de la haute Divinité ; vous serez l'instrument de l'exaltation de la sainte foi, et aussi accroîtrez la gloire de votre haut et noble nom, et celui de très haut et très puissant prince, notre très redouté seigneur et le vôtre, monseigneur le duc de Bourgogne. Et chacun sera tenu de prier Dieu pour la prospérité de votre très noble personne ; laquelle veuille notre Sauveur, par sa grâce, conduire et garder dans toutes ses affaires, et finalement la rétribuer d'une joie sans fin. Écrit... (à Paris, le quatorzième jour de juillet mil quatre cent trente) H.

ITEM s ENSUIT LA TENEUR DE LA LETTRE DU VICAIRE GÉNÉRAL DE l'inquisiteur adressée AUDIT SEIGNEUR DUC DE BOURGOGNE.

A très haut et très puissant prince Philippe, duc de Bourgogne, comte de Flandre, d'Artois, de Bourgogne et de Namur, et à tous autres à qui il appartiendra, frère Martin, maitre en théologie et vicaire général de l'inquisiteur de la foi dans le royaume de France, salut en Jésus-Christ, notre vrai Sauveur. Puisque tous les loyaux princes chrétiens et tous les autres vrais catholiques sont tenus d'extirper toutes les erreurs venant contre la foi, ainsi que les scandales qui en résultent parmi le simple peuple chrétien, et qu'à présent il est voix et commune renommée que, par certaine femme nommée Jeanne, que les adversaires de ce royaume appellent la Piiccllc, â son occasion en plusieurs cités, bonnes villes et autres lieux de ce royaume, plusieurs et diverses erreurs aient été semées, dogmatisées, publiées et répandues, et le sont encore présentement, dont plusieurs lésions et scandales contre l'honneur divin et contre notre sainte foi ont résulté et résultent, causant la perte des âmes de plusieurs simples

chrétiens ; lesquelles choses ne peuvent ni ne doivent être dissimulées, ni passer sans une bonne et convenable réparation. Or, puisqu'il en est ainsi, par la grâce de Dieu, que ladite Jeanne soit présentement en votre puissance et sujétion, ou en celle de vos nobles et loyaux vassaux : pour ces causes nous vous supplions, en bonne affection, très puissant prince, et nous prions vos dits nobles vassaux d'envoyer ladite Jeanne, par vous ou par eux par deçà, sûrement et brièvement ; et nous espérons que vous le ferez, comme de vrais protecteurs de la foi et défenseurs de l'honneur de Dieu, et que nul n'y mettra empêchement ni délai (ce que Dieu ne veuille). Usant des droits de notre office, de l'autorité à nous commise par le saint siège de Rome, nous requérons instamment et enjoignons en faveur de la foi catholique, sous les peines de droit, aux dessusdits, et à toute personne, de quelque état, condition, prééminence et autorité qu'elle soit, le plus tôt que sûrement et convenablement se pourra faire, d'envoyer et d'amener prisonnière par devers nous ladite Jeanne, soupçonnée véhémentement de plusieurs crimes sentant l'hérésie, afin de comparaître devant nous contre le procureur de la sainte inquisition, et pour répondre et procéder comme de raison, au bon conseil, faveur et aide des bons docteurs et maîtres de l'Université de Paris et des autres notables conseillers étant par deçà. Donné à Paris sous notre sceau de l'office de la sainte inquisition, l'an 1430, le 26'^ jour de mai. Ainsi signé : Le Fourbeur3S. Hébert 36.

ITEM s'ensuit la TENEUR DE LA SOMMATION FAITE PAR NOUS, ÉVÊQUE,

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